CHAPITRE XXIX
En 1567, au lendemain des sessions du concile de Trente, Pie V déclarait Thomas d'Aquin « docteur de l'Église universelle », en raison des victoires remportées sur le protestantisme, par la force et l'éclat de sa doctrine, et il ordonnait de célébrer sa fêle avec la même solennité que celles des quatre premiers docteurs de l'Église latine : saint Grégoire le Grand, saint Ambroise, saint Augustin et saint Jérôme.
En 1588, un autre grand pape, Sixte-Quint, confère le même titre d'honneur, avec les mêmes privilèges, à saint Bonaventure, pour trois motifs qu’il énumère dans la bulle Triumphantis Hierusalem et que nous allons résumer succinctement.
« L'Église est saintement fière des élus qu’elle propose à la vénération des fidèles; car tous portent une couronne qui est le fruit de leurs labeurs, et en tous Dieu est admirable. Mais, parmi eux, le groupe des docteurs brille d’un éclat particulier, parce que leur : lumière s’est levée, radieuse, sur les ténèbres de l’er. reur, et qu’elle ne cesse de luire au firmament de l'Église. C'est parmi cette phalange d’élite que nous découvrons saint Bonaventure, inscrit par Sixte IV, notre prédécesseur, au nombre des saints et des doc:
teurs, en raison de la merveilleuse beauté de sa vie et de l’excellence de sa doctrine.
« Quoiqu'il n’ait aucun besoin de nos louanges ni de nos hommages, ayant la plénitude des délices dans la possession et la jouissance du souverain Bien,
nous nous sentons pressé, — et cette inspiration vient
d'en haut, pensons-nous, — d’exaller sa mémoire et de recommander sa doctrine. Plusieurs motifs nous y poussent : l'attrait que nous avons ressenti dès notre enfance pour ce grand Saint; l’étroite amitié de saint
Thomas et de saint Bonaventure, la similitude des mé-
rites et des vertus exigeant la similitude des honneurs ; et par-dessus tout les besoins de l'Eglise, actuellement en proie aux plus violentes attaques, et dont il sera le
boulevard. Les ennemis de notre sainte religion -
tournent, en effet, leurs batteries contre la théologie
Scolastique. Ils comprennent que la magie du style
et les habiletés du mensonge ne peuvent tenir devant une méthode si claire, où les preuves, s’enchaïnant et se prêtant un mutuel secours, comme des soldats sur un champ de bataille, vous aident à discerner le vrai du faux, la lumière des ténèbres, l'imposture des hérésiarques des enseignements de l'Évangile. Leur haine nous instruit. En marchant ainsi à l’assaut de cette imprenable forteresse de la théologie scolastique, ils nous avertissent de notre devoir, qui est de défendre courageusement cette citadelle, de conserver intact l'héritage de nos pères, et d’honorer, entre tous, les plus vaillants champions de la cause catholique. « À la tête de ces derniers brillent saint Thomas, que Pie V a élevé au faite des honneurs, et saint Bo-
naventure, dont Clément IV, Grégoire X et Sixte IV, ainsi que les conciles de Lyon et de Florence, ont tour à tour invoqué l’autorité.
*- « En conséquence, de l’avis unanime de nos frères les cardinaux, en vertu de la plénitude de l’autorité apostolique, nous décrétons que saint Bonaventure, déjà inscrit par Sixte IV au nombre des docteurs de
l'Église, sera vénéré à l’égal des maîtres qui ont
excellé dans l’enseignement de la théologie; et notre décret aura force de loi à perpétuité (1). »
Dans une dernière clause, Sixte-Quint fixe au 14 juillet la fête du Bienheureux.
En même temps qu’il le plaçait au rang des quatre
grands docteurs de l’Église latine, il faisait rechercher
et imprimer avec soin tous ses ouvrages, el créait au couvent des Douze-Apôtires, à Rome, une chaire et un collège spécialement affectés à l’enseignement Ge la théologie du Docteur séraphique.
La mémoire de ce dernier était noblement vengée, et ses ossements durent tressaillir, devant le surcroit de gloire qui les auréolait; car la bulle pontificale n'était pas seulement la consécration officielle des titres honorifiques décernés au Bienheureux dans les Écoles et les Universités; c'était aussi le plus impé-
rissable des monuments élevés à sa gloire. Bonaven-
ture demeurait ainsi à jamais la lumière de l’Église
militante.
Les faits sont d'accord, ici, avec la pensée du Saint-
Siège, et l’histoire nous montre saint Bonaventure con-