Lacordaire, Vie de saint Dominique, ch
désastres, ruines accumulées, craintes et périls. En Orient, le Croissant, signe de la barbarie, dominait les minarels de Jérusalem; Géngis-Khän, à la tête de ses Tartares, semait partout la terreur et la mort; le trône de Constantin s'écroulait pour faire place à un empire aussi précaire de durée que d’étendue. L'état des nations occidentales n’était guère moins lamentable. Dans la Grande-Bretagne, les barons se soulevaient contre l'indighe Jéan sans Terre. En France, la secte des Albigeoïs ensanglantait la province du Languedoc. En Allemagne, FrédéricIImontait sur le trône et y installait une sorte d’athéisme hypocrite et violent qui tendait à faire revivre l’omnipotence des Césars. Pendant te temps; lIlalie était dé-
chirée par les factions; chaque jour, sur un point où
sur l’autre, le tocsin du palais communal faisait descendre la guerre dans la rue; etles sectes venimeuses des Vaudois; des Cathares; des Patarins, profitaient des troubles politiques pour propager dans les esprits l’érreur et les idées anarchiques.::
Partout le flot des passions montait; partout on foulait aux pieds les lois de la justice; qui sont le fondement nécessaire de toute société. La croix penchait, et la civilisation chrétienne élait menacée de disparaître dans un effondrement général. C’est sous éelte image que l'Église apparaissait aux yeux d’Innocént III dans une vision qui lui montrait à la fois le mal et le remède. « Il me semblait; racontaitil en présence des cardinaux, il me semblait que la basilique de Saint-Jean de Latran chancelait sur ses bases, et je m'efforçais vainement d'en conjurer la