‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 23 sur 121 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

LA VOGATION

La vocation! Mot tout chrétien qui nous dépeint le Créateur sous l’image d’un général d'armée assignant à chacun sa place dans le grand combat de la vie. Il appelle, il fait signe, et la créature, dès qu'elle a compris, n’a plus qu'un droit, celui d'obéir. C'est le meilleur usage qu'elle puisse faire de sa liberté. Obéir est doux, quand c'est Dieu qui commande; et d’ailleurs, quels que soient les sacrifices exigés par l'obéissance, la créature n’est heureuse qu'à ce prix. Malheur à la jeunesse frivole qui ne s'occupe pas de l'appel d'en haut! Malheur aux parents qui le contrarient sans motif et oppriment la conscience de leurs enfants! |

Ces anathèmes ne tombent pas sur la maison des Fidanza. Là Bonaventure n'hésite pas. Il entend une voix intérieure, suave, pénétrante, qui lui répète à tout instant : « Je l'ai donné mon cœur; donne-moi le tien (1). » Comment résister aux douces sollicitations de la grâce? Et puis, au matin de ses jours, le

4. « Dedi me tibi; da te mihi. » (Witis myslica, ©. xxIv, 5.) Edit. de Quaracchi, t. VIII.

Très-Haut n’a-t-il pas déjà pris possession de tout son être par un de ces bienfaits qui demandent une conclusion? Ses parents ne l’ont-ils pas voué au Patriarche d'Assise? « Je ratifie votre promesse, déclare-t-il un jour à sa mère : Je serai Frère-Mineur. »

Et ne croyons pas qu’en tenant ce.langage, il cède à la pression morale des engagements maternels ou à l’exaltation d’un sentiment irréfléchi. Non; il n'a que dix-sept ans, ilest vrai; mais sa nature sifranche, si loyale, et son inflexible persévérance dans la voie royale du sacrifice, une fois qu'il y est entré, ne permettent point de pareilles suppositions. Et d’ailleurs, il les réfute lui-même catégoriquement, comme s'il les eût prévues, dans une lettre écrite une quinzaine d'années après. Il y rappelle en deux mots les origines de sa vocation. Il a prié, il a étudié, comparé entre elles les différentes institutions monastiques, le vieil Ordre de saint Benoît avec les nouvelles milices de saint Francois et de saint Dominique; et voici quelle est sa conclusion, qui dénote une fermeté de jugement rare à cet âge : « Oui, je le déclare devant Dieu, c’est de mon plein gré que j'ai endossé la bure franciscaine; et ce qui ma attiré vers le Patriarche d'Assise, ce sont d’abord les humbles débuts de l'Ordre, si semblables à ceux de l'Évangile; c’est ensuite l'origine surnaturelle et l'excellence de la Règle, qui m'est apparue comme le fruit, non de la prudence humaine, mais de la sagesse divine (1).»

1. « Fateor coram Deo... » Ep. ad magistrum innominatum, éd, de Quaracchi,t, VIII, p, 336.

Page 1