Rigord, Gestes de Philippe- Auguste
Théologie, Droit, Médecine et Arts libéraux (1). Celle des Arts, la plus nombreuse (elle compta jusqu’à trente mille élèves), se partageait en quatre branches ou nations : France, Angleterre, Picardie et Normandie. Chacune d'elles avait son procureur; chaque Fa- . culté, son doyen. Le recteur ou chef de l’Université était toujours choisi parmi les docteurs ès-arts. Au chancelier, représentant du Pape, appartenait la collation des grades (2).
Le cloître Notre-Dame, Sainte-Geneviève, l’abbaye de Saint-Victor, avec les écoles conventuelles des réguliers établis dans la capitale, formaient les principaux groupes de cette vaste corporation, qui ne sera pas sensiblement modifiée par l’adjonction de la Sorbonne (1256) et de quelques autres collèges séculiers. On le voit, c’est l’esprit chrétien qui préside aux origines comme à l'épanouissement de cette floraison littéraire; ce sont les clercs qui en ont été les premiers promoteurs, et si l'institution médiévale compte tant de belles pages dans l’histoire, c’est que . l'Église lui a communiqué la vie, la considération el la fécondité.
Telle est la physionomie de l’Université de Paris, dès la première période de sa fondation. On concoit dès lors la joie d'Alexandre de Halès et de Bonaventure, du vieux docteur et du jeune bachelier, l’un
1. Les Arts se subdivisaient en deux cours : le érivium (grammaire, logique ou dialectique et rhétorique); et le quadrivium (arithmétique, géométrie, musique et astronomie).
2. Voir la Vie de saint Thomas d'Aquin, par le R. P. Joyau, Chxu.
ù AE De At Auf MTS 2 qe d'a 7 LDC us ADR ELA NE dre Di D fable EE Sue Nb ARS
s’applaudissant de donner à l’A/ma Mater un talent dont il entrevoit toutes les richesses, l’autre, d’être affilié à une corporation préconisée par les papes eux-mêmes comme la source de la sagesse et la lumière de l’épiscopat. Joie de courte durée, comme toutes les joies de la terre, et bientôt traversée par une cruelle épreuve! Le 21 du mois d'août de cette année 1245, Alexandre de Halès était inopinément enlevé à l'affection de ses élèves et de ses nombreux amis. Sa mort fut un deuil public pour la capitale. L'Université lui rendit de grands honneurs. Elle assista en corps à ses funérailles. Eudes de Châteauroux, légat du Saint-Siège, célébra la sainte messe, entouré de plusieurs prélats qui s’en retournaient du concile de Lyon; et, sur sa tombe, on grava son portrait, avec une épitaphe en vers qui salue en lui « la gloire de l’Université, l'honneur de la philosophie, la colonne de l’Église, une voix puissante, un encensoir aux parfums suaves (1) ».
La perte était immense. Personne ne la sentit plus vement que notre jeune bachelier :, personne ne pleura plus amèrement celui qu’il nomme avec émotion « son illustre maître et son père (2) ». Maisil ne
4. Gloria doctorum, decus et fios philosophorum, .… thuribulum redolens, campana sonora.
Nul doute sur la mort d'Alexandre de Halès et de Jean de la Rochelle en 1245. Robert Grossetête, évêque de Lincoln, fait mention du décès de l’un et de l’autre dans une lettre adressée au Provincial des Franciscains d'Angleterre. —Voir Monumenta Franciscana, p. 627 ; la Chronique des vingt-quatre Généraux ; et Pamphile de Magliano, t. I, p. 552-558.
2. Magistri et patris nostri bonæ memoriæ Alexandri. (In libr. Sentent., Prolegomena.)
46 | SAINT BONAVENTURE se découtagea pas. Il lui restait son génie, les manuscrits de son maitre, les écrits des Pères de l'Église. C'était plus qu'il ne lui en fallait pour réussir ; et à la fleur de l’âge, à vingt-quatre ans, il se lancait résolument dans la carrière professorale que lui ouvrait l’obéissance.
Dès lors, en se reportant aux usages du temps, il
est facile de le Suivre à travers les évolutions du professorat. En 1245, simple bachelier, il explique le Livre des Sentences; et c’est le collège des Cordeliers, ce Sorit ses frères en religion qui ont les pré-
mices de Son enseignement. Au bout d’un an, il
recoit du chancelier de l’Église de Paris la Licence, c'est-à-dire la permission d'enseigner comme maitre. Il Continue ses lecons de la sorte, dans l’intérieur du couvent, jusqu’en 1248, où Jean de Parme, le pre: mier Frère-Mineür italien qui ait pris Ses grades el enseigné à l'Université de Paris, élu Général de l'Ordre au chapitre de Lyon (1247), l'appelle, malgré sa jeunesse, à prendre sa succession, c’est-à-dire la chaire de théologie d'Alexandre de Hälès. Il occupe ce poste d'honneur de 1248 à 1957.
Tel est l'éclat de ses débuts, que ses contemporains ont soin de nous signaler le sujet de ses premières conférences. Il inaugure son cours, selon la coutume, par un discours solennel, en présénce du recteur, du chancelier et des maitres de l’Université.
L'Évangile selon saint Jean ét lé Livre des Señlences
lui servent de thème. Sa paraphrase enlève l’admiration; et, dès le premier jour, il se révèle « un maitre incomparable, admirable d’éloquenée, d’éruditiôn