‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 37 sur 121 · PTE OL UE EX · texte numérisé non relu

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JOIES ET TRISTESSES 47 ét de docirine dans Îles stleñces sacrées (1) ». Les añnées s’écoülent, les élèves affluent, et le succès va grandissant. Mais l’ivraie croît toujours à côté du froment, et l'envie, la jalousie, à côté des plus légitimes succès. Notre jeune licencié n'échappe pas à cette loi. Il est enveloppé dans la formidable tempête qui sé déchaine, vers 1250, contre les Ordres mnendiants, et voit son admission au doctorat retardée jusqu’en 1257. Conséqueñce des passions humaines! Nous raconterons plus loin les causes et Les süiles de cet orage universitaire ; mais, pour le monient, éloignons-nous de ces régions troublées, et cherchons uné atmosphère plus sereine. Nous la irouverons dans l’intérieur du couvent des Cordeliers, däns la cellule de Bonaventure. Là règne la paix la plus profonde. C’est le soir, le jeune professeur est seul, à genoux, abimé dans la contemplatioti des miséricordes divines. Il à entendu l'appel d’en-haut ét la voix de ses supérieurs lui répétant avec aütorilé : « Démain, tu seras prêtre. »

Prêtre! Bonaventure sait que c’est la dignité la plus haute à laquelle puisse être élevée une créature humaine. Il sait qu’il ne suffit pas d’y être convié et qu'il faut encore s’en rendre digne; et il médite en son Cœur ce solennel avertissement de saint Jean Chrysostome : « Songe à ce que doivent être ces

1. Fecit lecluram super totum Evangelium Lucæ, quæ pulchra el optima est. Currebat tunc annus 1248. (Salimbéné, p. 129.) Vir eloquentissimus fuit, mirabilis in intellectu sacræ paginæ et lorius theolügiæ. (Fränciscus à Fabriano.) — Voir la Scolas-

tique, par le R. P. Prosper, p. 85.

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lèvres d’où sortiront les paroles sacramentelles, ces mains qui porteront la Victime sans tache, cette âme qui doit recevoir l'Esprit-Saint. »

Le lendemain il était prêtre, sacrificateur et victime, s’immolant avec le Christ, épousant les âmes au fond de la sienne, — toutes les âmes, — et leur promettant tout bas la plus inviolable fidélité (1). Rentré dans sa cellule, il se prosterna à deux genoux pour remercier et bénir « l’'Auteur de tout don parfait ». Son cœur était comme un vase rempli d’une liqueur exquise et qui déborde; il s’épancha en soupirs enflammés, en cris d’adoration, qu'écoutèrent avec ravissement ses frères du ciel les séraphins, et dont nous entendons un écho, bien affaibli sans doute, mais harmonieux encore, dans la belle prière du Transfige (2), prière que nous voudrions voir intégralement insérée, sans les modifications qui en atténuent la flamme, dans nos recueils liturgiques pour l’action de grâces. En voici une traduction aussi littérale que possible, mais nécessairement infidèle ; car comment traduire de pareils sentiments ?

« Transpercez mon cœur, à miséricordieux Jésus, du glaive salutaire de votre amour! Que mon âme brûle de saints désirs, qu’elle languisse et se fonde d'amour, ne pensant qu'à vous et soupirant après la mort pour s'unir à vous! Qu'elle ait faim de vous, de vous seul, toujours, à Pain de vie descendu du ciel!

1. En quelle année le Saint fut-il ordonné prêtre? Rien de. précis sur ce point. D’après les PP. Gaspard de Monte-Santo et Antoine-Marie de Vicence, ce fut en 1245 ou en 1246.

2. Tirée du Soliloquium, c. 1, n. 19. Voir le texte à l’Appendice, I. |

Qu'elle ait soif de vous, à source de vie, source de l’éternelle lumière, torrent des impérissables vo- . luptés! Soyez l’unique objet de ses ambitions ; qu’elle vous cherche, qu’elle vous trouve et goûte en vous un doux repos! » | On peut augurer, par ces élans d'âme, de la fer-

veur d’un religieux si profondément saisi du sentiment de la bonté de Dieu. :

. La suite de sa vie répondra à de si beaux commencements. Prètre, il gardera intact le divin parfum de l’onction sacerdotale, et se dépensera jour et nuit au service des âmes, toujours, partout, et tout d'abord dans cette ruche écolière qui réclame son dévouement. | __ Professeur, il charme la jeunesse par l’aménité de son caractère non moins que par l'éclat de sa parole. Il aime et ïl est aimé. Nous en avons pour

garant le témoignage de ses contemporains et la re:

connaissance de deux de ses disciples les plus distingués : Jean Peckam, archevêque de Cantorbéry, et Théobald Visconti de Plaisance, archidiacre de Liège (1). Religieux, il semble ne vivre que pour ses frères, s’oubliant lui-même et répandant autour de lui un parfum qui ne trompe pas, le parfum de l’humilité; et les saints viennent à lui. Ces grandes âmes, qui se lient ainsi à la sienne d’une amitié aussi pure qu'inaltérable, méritent plus qu'une simple mention; car elles se nomment Thomas d'Aquin, le prince des théologiens, et Louis IX, le plus admirable des rois.

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