‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 38 sur 121 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

UNE SAINTE ÀAMITIE

L'amilié est uri nom fascinateur, un nor qüi semble un baume pour le cœur meurtri dans la mêlée de la vie huïnaine, mais, hélas ! un nom souveñt profané, par suite des passions humaines. Tout dépend du sentiment qui én est le principe. Quand l’amitié naît Seulement de lä beaäülé ou de la puissance, elle crée des Sÿmpathies fragiles comme les charmes du visave, inconSlantes comiie la fortune. Mais quand elle à sa source dañs le plus noble des instincts de là nälure humaine, qui est la bonté, quand elle à pour base uñié estie réciproque et pour ciment l’ämour de la vertu, alors éllé participe aux excellences de la vértuü elle-même et embellit vraiment le ciel de notre exil. C'est dans ce sens que le Sage à dit : « L'amitié fidèle est un trésor. Ni l'or ni l'argent ne peuvent lui être comparés ; il ést une protection puissante, uñ gage de vie et d’immiortalité. 5 (Ecclesiastic., vi.)

Bonaveñture a trouvé ce trésor, ou plutôt c'est la Providence qui le lui a préparé : cette mêiné Provi: dence qui se trouve au fond de tous les événements, et qui sème les harmonies dans le monde moral aussi

UNE SAINTE AMITIÉ 51 bien que dans 18 monde sensible { Ce trésor, cet ami fidèle, noûs l'avons nommié ; mais il faut le connaitre : c’est saint Thomas d'Aquin. Lä même patrie s’honore d'avoir donné le jour à l’un et à l’autre, et il y a entre eux d’étonnantes similitudes.

L'histoire place le berceau de Thomas au château féodal de Roccä-Seccä, pres d'Aquin, sur les confins de la Campañie, en face du massif sourcilleux que domine l’abbaye du Mont-Cassin. Vers l’âge de douze ans, il paït pour Naples, Suit les cours de l’Université nouvellement fondée par Frédéric Il, et sait

garder intacte la pureté de son cœur, au milieu des

entraiiements d’une jeunesse volage et malgré la licence d'une ville aü sujet de laquelle courait un proverbe connu de toute l'Italie : « Naples est un paradis sur lerre,; mais un paradis habité par des démons. »

À dix-sept ans, il Se sent appelé à une vie plus parfäité, renoncé à tous les avantages que lui offre le monde, se réfugie au couvent de Sainte-Sabine, à Rome, el endosse les livrées dominicaines. Mais, à l'encontre de saint Bonaventure, sa vocation suscile les plus violentes tempêtes. La colère de ses parents est extrême; et, pour échapper à léur fureur, il se - voit obligé de quitter la Ville éterñelle. Ses frères, apostés dans les gorges d’Aqua-Pendente, l’arrètent dans Sa fuite, le retiennent pendant un an dans une dure captivité, au fond d’une lour du château paiérnel de Monte-San-Giovani, et imaginent, pour lui faire perdre sa vocation, un genre d'attaque vraiment satanique, « où lo trouve beauévuüp de cofibattänts,

mais peu de vainqueurs », selon la réflexion d’un de ses historiens (1). Ils introduisent furtivement dans sa chambre une courtisane chargée de lui enlever, avec l'honneur, le trésor de son innocence. Alors le saint jeune homme a compris le danger : il frémit, lève les yeux au ciel, et, s’armant d’un tison, il chasse le suppôt de l’enfer! Victoire sans égale, dé-

passant toute louange humaine et récompensée, la nuit suivante, par un songe mystérieux où deux anges lui ceignent les reins du cordon de la chasteté perpétuelle (2).

La vertu a triomphé. Les chaînes du noble captif sont brisées ; et lui, dans la plénitude de sa liberté, s'engage pour toujours au service des autels, sous la blanche robe de saint Dominique.

En 1245, il arrive, en compagnie d'Albert le Grand, au couvent de Saint-Jacques, à Paris, dans le dessein d'y achever ses études théologiques. C’est l'heure choisie de Dieu pour unir ces deux cœurs faits pour s'aimer : Thomas et Bonaventure. Le premier n’est encore qu'étudiant; le second est déjà bachelier.

« Dans la foule des étudiants qui remplissent les écoles, le jeune Frère-Mineur a distingué un jeune Prècheur, vers lequel son âme se sent portée, comme autrefois l’âme de David était attirée vers l’âme de Jonathas. Le Docteur angélique et le Docteur séraphique se sont rencontrés : le baiser de saint Dominique et de saint François se retrouve sur leurs lèvres, et leur indissoluble amilié rappellera l’union toute

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