‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 51 sur 121 · TO TUE SAINT BONAVENTURE · texte numérisé non relu

TO TUE SAINT BONAVENTURE

Crévier, l’obstination de Guillaume de Saint-Amour ne lui fait point honneur. L'art de diffamer n’a jamais été une gloire pour personne!

Le professeur insoumis essaya de prendre sa re-. vanche, en dénonçant à son tour un livre anonyme, plein d’extravagances et bien autrement répréhensible que le sien : l'Évangile éternel. I1 en attribuait hautement la paternité aux deux Ordres mendiants qu'il enveloppait de sa haine, les Dominicains et les Frères-Mineurs. Mais l’ouvrage avait déjà été condamné par un bref du 4 novembre 1955, et Alexandre IV se contenta de prescrire une enquête pour la recherche du coupable.

Le sophiste franc-comtois ne réussit pas davantage à rallumer le feu de la discorde au sein de l’Université de Paris. Dépouillé de son canonicat, dépossédé de sa chaire et banni du royaume, il alla cacher son dépit et sa honte à Saint-Amour en Franche-Comté, son village natal, et y mourut en 1272, après avoir donné des signes non équivoques de soumission et de repentir (1).

Ne lui soyons pas trop sévères, et imitons ses deux vainqueurs, qui ne connurent jamais d’autre vengeance à son égard que celle des saints : le pardon, la prière et l'amour.

Bonaventure et Thomas d'Aquin rentrèrent promptement à Paris, se félicitant l’un et l’autre de l'issue

4. Féret, t. Il, p. 221. — Vers 1269, un autre pamphlétaire, Gérard d’Abbeville, tenta de rouvrir les hostilités contre les Ordres mendiants. Mais saint Bonaventure, alors à l’apogée de sa gloire, termina brillamment d’un coup d’estoc, par son Apologie des Pauvres, cette seconde prise d’armes.

du procès d’Anagni, mais sans se prévaloir autrement d’une victoire qu'ils ne considéraient pas comme un triomphe personnel, mais comme le triomphe des deux grandes causes qui étaient en jeu : la suprématie pontificale et la liberté de l’enseignement. En signe de réconciliation, l'Université leur rouvrit ses portes, et conféra à l’un et à l’autre, le même jour (23 octobre 1257), le bonnet et les insignes de docteur. Ce jour-là, s’il faut en croire les chroniques franciscaines, elle fut encore témoin d’un conflit, mais d’un conflit d'humilité, cette fois, entre les deux candidats. C'était à qui des deux céderait le pas à son ami. Bonaventure l'emporta, et Thomas d'Aquin, quoique le plus jeune, cueillit le premier les lauriers académiques (1).

Cette séance, épilogue obligé du procès d’Anagni, marque la fin d’une querelle scandaleuse qui n'avait que trop longtemps duré. Ajoutons pour terminer ce chapitre, que la fâcheuse campagne entreprise par

les fanatiques de l'Université eut un résultat diamé-

tralement opposé à leur attente. Elle affermit la popularité des Ordres mendiants, mit en relief le mérite des deux candidats qu'on voulait évincer, et resserra l’union fraternelle des enfants de saint Dominique et de saint Francois. Elle valut à notre Bienheureux, en particulier, l'honneur d'entrer dans les conseils d’un monarque ami du mérite et de la . vraie piété, et de jouir près de lui d’une intimité des plus enviables. Nous avons nommé saint Louis.

4. Fleury, Hist. eccl., 1. 84. — Cf. Cantimpré, De apib. — Wadding, ann.-1256. — Du Boulay, Æist. de l’Univ. de Paris,

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