‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 52 sur 121 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

La première entrevue de notre Bienheureux avec le vainqueur de Taïillebourg ne date, pensons-nous, que de l’année 1244.

En cetté année, le fils dé Blanche de Castille, conduit aux portes du tombeau par la fièvré et une affection dysentérique, avait fait vœu, s’il recouvrait la santé, dé volér äu secours de la Terre Sainte. Providentiellèment guéri, il tint sa promésse, recut la croix des mains de Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, et hâta les préparatifs de l'expédition d'outre-mer. Son premier soin, pourtant, fut d’altirer sur ses armées les bénédictions du ciel et dé réclamer le secours des prières des communautés religieuses. C’est dans cé but qu'il visita le couvent des Cordeliers. Bonaventure put donc le voir lout à son aise.

Eñ 1248, le prince Se dirigeait vers Aigues-Mortés. « Je lé vis au couvent de Sens, dit un témoin: oculairé. Il avait l'air grèlé et délitat, la taille moyenne, l’abord gracieux, quelque chose d'angélique dans la physionomie. Il Voyageait à piéd, sans aucun des ornements de la pompe royale, le bourdon à la mäin, le manteau de pèlerin sur les épaules, en

compagnie de ses trois frères vêtus comme lui. Sa piété touchante et son maintien recueilli lui donnaient l’aspect d’un religieux plutôt que d’un guer- rier (1).» Voilà bien le fils de Blanche de Castille, agneau devant Dieu, lion sur les champs de bataille.

Il mit à la voile le 25 août de la même année. On sait le reste : la prise de Damiette, le désastre de Mansourah et la captivité du roi. Le 6 septembre 1254, il est de retour, agenouillé sur les dalles de la basilique de Saint-Denys, rapportant l’oriflamme rouge qui était le labarum de la France. Le lendemain, il rentre dans sa capitale, à travers des flots de bourgeois pressés sur son passage et au milieu des acclamations populaires. On ne dirait pas, à voir cette réception triomphale, que la croisade n’a abouti qu’à une catastrophe. C’est qu’en effet, loin d’être amoindri par la défaite de Mansourah, le roi en revient plus grand : plus grand par le prestige qui s'attache à l'épreuve courageusement supportée; plus grand par l’admirätion qu'il a su provoquer autour de lui, même parmi les infidèles ; resplendissant, en un mot, de cette beauté morale qui naît de la vertu et près de laquelle pâliront toujours les lauriers du glaive et de la force.

Ses prédilections pour l'Ordre de Saint-François remontent aux premières années de son adolescence et ne font que s’accentuer avec le temps. Jeune encore, il a pour guide spirituel un Cordelier de vé-

- nérée mémoire, le P. Mansueto de Castiglione

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