‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 68 sur 121 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Les Chapitres généraux tiennent une place considérable dans l’histoire des familles religieuses. Ils sont comme une miniature des États-Généraux d’une nation et apportent dans l'ordre moral ce que ceuxci apportent dans l’ordre politique : un ferment de rénovation. Leur influence se déduit de leur composition. Ce sont des assemblées où se groupent les principaux dignitaires de l’Institut; c’est une halte où les supérieurs se recueillent, jettent un regard sur le passé de leur histoire, signalent ce qui arrête la marche dans les voies de la perfection, et délibèrent ensemble sur les moyens les plus capables d'assurer l’avenir. Six fois Bonaventure convoque et préside ces solennelles assises, dans l’ordre suivant : Narbonne (1260), Pise, deux fois (1263 et 1272), Paris” (1266), Assise (1269), Lyon (1274). |

Le Chapitre de Narbonne ouvre la série. Il est célèbre à cause de la promulgation solennelle des Constitutions générales, connues sous le nom de Constitutions narbonnaises. Le zélé Général recueille les décrets de ses prédécesseurs, les coordonne, les

réunit en un seul faisceau et leur donne force de loi (1).

Au même Chapitre, il prescrit l’uniformité du costume, divise l'Institut en trente-quatre provinces, comprenant plus de 200 custodies et 1.400 couvents, interdit les verrières, excepté au maïtre-autel, et recommande par-dessus tout, en vrai fils de saint Francois, l'attachement à la pauvreté séraphique.

Dans les cinq autres Chapitres généraux, il poursuit l’entreprise commencée à Narbonne. Ses décrets, ses conseils, ses opuscules, tout converge vers le but si ardemment désiré : la paix dans l'unité. IL est assez heureux pour voir ses efforts couronnés de succès, Plus tard surgiront d’autres querellés et d’autres controverses plus ou moins irritantes; mais tant que saint Bonaventure tient le sceptre du gouvernement, les passions se taisent. Au bout de quatre ou cinq ans, il n'y a plus qu’une milice unie, vaillante, fière d’avoir à sa tête un docteur et un saint, et tournant tous ses efforts contre les deux ennemis jurés de l’ordre social au moyen âge : au loin l'islamisme, tout près la corruption des mœurs.

Ainsi notre Bienheureux remporte une victoire complète, là où l’austère Jean de Parme à échoué. On sent qu'il est dans sa vocation et que c’est Dieu lui-même qui l’a conduit comme par la main. Luimême a conscience de sa mission, et veille à ce que toutes les maisons de l'Ordre en ressentent le bien-

1, « Sous les trois premiers Généraux (jusqu’au Chapitre de 1939), il n’y eut pas de Constitutions dans l'Ordre, » (Salimbéné, p. 104.)

fait. IL visite successivement l'Ile-de-France, le Languedoc, la Catalogne, l'Allemagne, l'Italie, et partout rétablit la concorde fraternelle. Il y dépense le meil-

leur de son âme, toutes les ressources de son talent el dix-sept ans d'une infatigable activité. Voilà pour-

quoi sa famille religieuse, reconnaissante, lui a décerné les titres de restaurateur de l’œuvre dont le Patriarche d'Assise est le père : titre qu'a ratifié l'histoire.

La pacification des esprits une fois obtenue, il éveille dans les cœurs les nobles ambitions de la science el dirige les activités intellectuelles vers la propagalion ou la défense de la vérité. Les survivants parmi les compagnons de saint François

avaient peur de la science, peur de l'Université de

Paris, parce qu'ils avaient entendu le vénérable fondateur dire au Chapitre des Nattes : € Je suis le fou du bon Dieu ! C’est par les voies de l'humilité et de la simplicité que le Seigneur veut que nous marchions (1). » Bonaventure ne partage ni ces défiances ni ces préjugés. N'a-t-il pas enseigné que toutes les sciences ont leurs principes inébranlables, rayons de lumière jaillis du foyer mème de la vérité? N’a-t-il pas démontré que la théologie est la racine de toutes les connaissances humaines, qu’elle est une science véritable, certaine, supérieure, la reine et la souveraine de loutes les autres (2)? Fidèle à ses propres

principes, il favorise les études philosophiques et

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