S. De regno Dei, t. V, p
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matiere, faible et mortel, est réservé un autre festin, en harmonie avec sa nature et Sa condition présente. Ce festin, c’est la substance du Verbe incarné: c’est le corps et le sang de l’'Homme-Dieu.
« Cet aliment n’est pas moins nécessaire à votre vie spirituelle que le pain ne l’est à votre vie matérielle. — Otez le sacrement de nos autels; videz nos tabernacles. Que deviendra le monde? un troupeau d’épicuriens et d’idolâtres, comme on le voit par l’histoire de tous les peuples infidèles! L’Eucharistie est la pierre angulaire du christianisme, le centre du culte, le foyer des vertus. C’est par elle que s’accomplit visiblement la promesse du Sauveur : Voici que je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles (1). »
Et ailleurs : « Lève-toi, chrétien, et communie. Les ténèbres arrêtent ta marche dans les sentiers du bien? L'Eucharistie est la lumière. Tu es faible? Elle est la force. Triste ? Elle est la joie et la consolation. Abattu, découragé? Elle relèvera ton courage et te poussera à l’action. Fatigué des longueurs de ta course terrestre? Elle est le viatique qui soutiendra tes forces, jusqu'à ce que tu aies atteint les collines éter-
nelles (2). »
Les fidèles, au moyen âge, entendaient ce langage si relevé, et goûtaient ces allusions bibliques dont nous avons perdu le sens.
Quand saint Bonaventure s'adresse aux prêtres, il
À Prœpar. ad missam, CuLi3.et12, 2, « Confortat ad actionem, etc. » De Corpore RE éd, Quaracchi, t. V, p. 553; et passims
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sait leur tracer en quelques mots une règle de con: duite, et leur définit ainsi les marques du véritable apostolat, « Il y a trois signes qui démontrent manifestement la divinité de la mission du prédicateur. C'est d’abord l'autorité de celui qui vous confère votre mission, soit l'évêque, soit le pontife suprême, successeur de Pierre et représentant du Christ. C’est en second lieu, dans le prédicateur, l’ardeur du zèle apostolique, un zèle qui ne cherche que l'honneur de Dieu et le salut des âmes. C’est enfin le fruit de votre parole, la conversion des auditeurs. C'est à ces trois signes qu’on vous reconnaitra pour les envoyés de Dieu. C'est alors que vous pourrez dire : « Je suis l'oint du Seigneur, et son esprit est sur moi({). » Quelquefois, quand il espère que son auditoire en tirera profit, il s’aide des communications surnaturelles dont il a été favorisé dans la prière. Étant à Paris, il se préparait à prêcher le panégyrique de saint Francois d'Assise. La veille, ses yeux tombent sur ce passage de l’Apocalypse : « J’ai vu un ange s'élever du côté de l'Orient, portant le signe du Dieu vivant. » Quel est cet ange? Il supplie le Très-Haut de l’éclairer sur le sens de ces paroles, et entend une voix céleste lui répondre distinctement : « Bonaventure, elles s'appliquent à la lettre à saint François. » Tout heureux, il se sert de ce texte, le lendemain, pour faire ressortir la beauté de la mission providentielle du réformateur ombrien. « Cet ange de l’Apocalypse, dit-il, est François d'Assise, envoyé d’en haut pour