‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 88 sur 121 · Réjouis-toi, Ô Vierge, Mère du Christ · texte numérisé non relu

Réjouis-toi, Ô Vierge, Mère du Christ

En toi, à la voix de l'ange Gabriel, S’accomplit le mystère de l’Incarnation.

9, Réjouis-toi, à Vierge pleine de grâce!

Tu enfantes sans douleur,

Et tu gardes intact le lis de ta virginité.

3, Réjouis-toi! Ton fils,

Dont tu pleurais la mort, Est le glorieux ressuscité.

4, Réjouis-toi! Par un acte de sa toute-puissance, Sous ton regard, Le Christ monte au ciel.

5. Réjouis-toi ! Les anges te portent en triomphe, Et d’ineffables honneurs t'attendent Au séjour des élus.

Ces quelques exemples nous permettent d'apprécier le caractère original et populaire de la poésie médiévale, de cette poésie qui reconnait pour chef le Poverello d'Assise et dont les principaux représentants sont Thomas de Célano, l’auteur du Dies iræ (1); Jacopone de ‘l'odi, l’auteur du Sfabat; le Dante dans

4. C’est ce qu’affirme Barthélemy de Pise, (Conformités, 1. I, ge XT

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son poème presque divin du Paradis,et, au milieu de cette pléiade d'hommes de génie, notre grand saint Bonaventure. Ce qui les distingue les uns et les autres, ce n’est pas seulement l’air de famille, le trait de suavité mystique qu’ils tiennent de saint Francois ; c’est aussi et par-dessus tout leur originalité, leur verve et le grand souffle d'inspiration qui court à travers leurs strophes improvisées. Ici, rien de fictif; pas d’étroit particularisme; aucune réminiscence de Virgile ni d'Homère. C’est une poésie nouvelle, qui jaillit à flots de deux sources intarissables, l'Évangile et le cœur humain, et dès lors une poésie infiniment supérieure, au moins pour la pensée, à toutes les inventions fabuleuses du paganisme. Tantôt c’est un torrent qui bondit, tantôt un fleuve majestueux; toujours les sentiments sont vrais et sincères. Avec saint Bonaventure, dans le rythme et la cadence de ses vers syllabiques, cette poésie a des saveurs, un cristal, une harmonie à part. «A la simplicité des sentiments, à la douceur des rimes croisées, pareilles au balancement d’un berceau, on reconnait un chant familier, composé non seulement pour la classe innombrable des clercs, des moines, des religieux, mais pour le peuple italien, qui n’oublia jamais entièrement la langue latine, qui continua de la comprendre dans les hymnes de l’Église, et qui, de nos jours encore, en garde un souvenir confus, comme on se rappelle une langue qu’on entendit parler autrefois dans la maison de son père (1). »

4, Ozanam, les Poëles franciscains, p. 119,

C’est là, en effet, le second caractère de la poésie franciscaine. Les Virgile, les Horace, les Lucain écrivaient pour les dilettantes du patriciat; François d'Assise et ses disciples s'adressent tantôt aux chevaliers, pour les exciter à la guerre sainte contre la barbarie musulmane, tantôt aux humbles et aux petits pour les consoler. Leurs pieuses cantilènes n’ont pas d'autre but. Le peuple le sait; il ne s’en attache que plus fortement à ses poètes préférés, et volontiers il retient les strophes les plus populaires. Le chevalier perdu dans les montagnes de la Palestine, le matelot surpris par la tempête, la veuve affligée, la jeune fille inquiète de son avenir, fredonnent ces refrains à la Croix ou à Marie, et s’en vont d’un pas plus alerte aux luttes héroïques qui les attendent, ou aux sacrifices intimes que requiert d'eux la Providence.

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