‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 138 sur 143 · Fie des saints, t. VIT, 204, Lyon, i · texte numérisé non relu

Fie des saints, t. VIT, 204, Lyon, i

Z. De Notre-Dame de Délivrance, sçAonlio^ûe, p. 175.

filORT DE SAINT BONAVENTURE. SOX CULTE. 201

solenneUe. Un religieux du couvent prononcu an discours si éloquent, si pathétique et si enflammé de dévotion que toute la foule fondit en larmes, et dans son admiration proclama d'une voix unanime Bonaventure patron de la jeunesse de Lyon. C'est de ce jour qu'il faut dater la célèbre confrérie, grâce à laquelle tant de bien s'opéra dans la suite en toute la ville. Un fait surtout détermina ce choix. L'ancien office de la Translation le rapporte dans une des leçons : « Une femme de Lyon, nommée Simone, avait une dévotion toute spéciale pour frère Bonaventure. Elle le regardait comme un ange, l'ami de Dieu, et faisait de.sps vertus le sujet ordinaire de ses conversations ; or il advint qu'elle mit au monde un enfant mort; sa première pensée ■ fut alors de faire appeler frère Bonaventure. Le pieux docteur, plein de pitié et de charité se rendit immédiatement a son appel. Touché de l'excessive douleur de cette femme infortunée, il eut pour elle la compassion de salut François à l'égard de Rltella. Levant les mains et les yeux vers le ciel, il pria, fit le signe de la croix sur le petit cadavre qui gisait devant lui, et, nouvel Elle, rendit à sa mère l'enfant plein de vie, tel le prophète en faveur de la veuve de Sarepta^. » De nombreux miracles rapportés dans les actes de canonisation de notre saint pouvaient motiver la confiance des populations, mais aucun ne justifie mieux le choix qu'on fit de ce saint pour protecteur de 4a jeunesse que cette résurrection d'un enfant mort. La Confrérie de Salnt-Bonaventure prit un nouvel essor, car sou existence officielle date de l'époque de la canonisation. Tout le monda n'en pouvait pas faire partie. » Seuls les jeunes hommes de la bourgeoisie lyonnaise y

I. III Reg., c. XYii. — Boule, Vie de saint Bonaventure, p. i48. ActaSS.^'yû., III.

étaient admis avant leur mariage 9 chaque année, le 6 juin, sous la présidence du prévét des marchands ou de l'ïun des échevins, on procédait à l'élection de quatre courriers; celte charge, quoique dispendieuse à cause des frais qu'elle entraînait pour la fête et l'octave, était fort ambitionnée, étant le premier degré à franchir avant d'atteindre aux dignités communales.

Cette confrérie perdit pourtant de son importance au cours des siècles, et surtout à l'occasion des troubles de 1 562 ; des abus regrettables s'y étaient glissés peu à peu. Le 6 juin, sous la présidence du P. Martin Valletier, docteur en théologie, et gardien du couvent, on procéda à l'élection de nouveaux courriers ; car, dit le Père, il convenait que suivant la tradition, la confrérie fût remise en ho^nneur, entretenue et conservée « pourvu, ajoutait-il, que ce soit religieusement, et sans bal ou danses superflues, pour lever toutes occasions aux hérétiques d'en médire selon leur coutume^ ». Le manuscrit 1424 des fonds généraux de la bibliothèque fournit les noms des courrieris de i6i8 à 1761 5 en cette dernière année, figurent les noms des sieurs Favre, Cadet Valesque fils aîné, Charette l'aîné et Thévenet fils.

L'impiété des hérétiques du xvi^ siècle ne respecta ■ rien de ce qui est vénérable et sacré. Leur brutalité sauvage s'acharnait plus particulièrement à la destruction des monuments de la foi, à la disparition de tout ce qui était cher aux catholiques. Les disciples de Calvin convoitaient la possession de la grande cité lyonnaise ; ils avaient • concerté d'ériger cette ville en République et d'en faire la capitale de leur réforme. La richesse des sanctuaires et des monuments religieux excitait leur envie. A force d'intrigues et favorisés par

I. Péricaud, Ifotcs et documents, — Ms. 142.4. Biblioth. de Lyon,

le comte du Saull, qui en secret leur était favorable, ils parvinrent à posséder à Lyon un temple, qu'ils nommèrent temple Martin. Plus tard, ils devinrent acquéreurs d'une des maisons, les plus spacieuses de la ville, appelée la générale, bordée d'une part par la place des Cordeliers, et de l'autre par la rue Grenette. C'était à la fois le lieu où se faisaient les prêches, et un arsenal rempli de munitions, dont on ne tarda pas à faire usage contre le clergé séculier et régulier, et tajite la population catholique. Le perfide gouverneur comte du Sault, laissa lâchement pénétrer jusque dans l'enceinte de la ville les rebelles sous la conduite du trop fameux comte des Adrets. Dans la nuit du 3o ava-il iSéa, ces farouches soldats s'emparèrent de l'hôtel de ville, et bientôt après du couvent des Cordeliers'^.

Prévoyant le danger, et pressentant la terrible invasion de ces forcenés, nos Pères avaient songé de,puîs ' longtemps à mettre en sûreté les restes vénérables de saint Bonaventure. Les Pères Jacques Astiéri et Phi-?, lippe Terrier, pendant la nuit et à l'insu de tous les religieux de la communauté, creusèrent deux fosses très profondes dans le jardin, et dans la première déposèrent le tronc précieux, contenant le corps de saint Bonaventure, sa chasuble, etlesplus riches ornemenns de la sacristie; dans la seconde, le buste renfermant le chef du saint cardinal, son calice, avec un autre calice,, dit calice du roi. Après avoir établi l'inventaire minutieux de chaque objet, sans rien révéler à personne, ils partirent incontinent pour des directions différentes 2.

Les sectaires fireni; dans tout le couvent d'inutiles perquisitions. Courroucé de ne pas trouver le reliquaire de saint Bonaventure, ni aucun des joyaux qui tentaient

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