‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 139 sur 143 · P. Picquet, Provinc. s. Bonavent., p. g, Turnoni, i6io · texte numérisé non relu

P. Picquet, Provinc. s. Bonavent., p. g, Turnoni, i6io

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sa cupidité, Viret, chef de la cohorte, interrogea tour à tour les reh'gieux, dont il n'obtint d'abord qu'un silence profond. «Je veux, s'écria-t-il, connaître le lieu qui recèle le corps de Bonaventuré. — Nous ne le savpns pas », dirent-ils tous ensemble, comme c'était la vérité. Il crut en venir à bout par des menaces; vaine ten^ tative. Malgré sa rage, il finit par se convaincre de leur sincérité^ les congédia, ne retenant que le P. Jacques Gaiette, leur gardien, qu'il soumit aux plus horribles tortures.

Trois semaines durant, ils ne cessèrent de « bêcher, fouir et terrailler par tous les coins du couvent; et cherchèrent tant qu'ils trouvèrent là où estoit le corps précieux de saint Bonaventuré et aultres joyaux de l'église; lors comme chiens enragés rompirent la châsse », firent brûleries ossements sacrés sur la placé même, et « jetèrent les cendres dans le Rhône » qui coule tout proche, et emportèrent l'argenterie et les > ornements. Leur soif de cruauté n'était pas suffisamment assouvie; le vénérable gardien/ le P. Gaïette, leur prisonnier, allait être victime de leur sauvagerie. Viret incitait lui-même ses cruels soldats ; sous prétexte de conduire à Rome le saint religieux, on le fit sortir de la prison, en compagnie d'uii officier du nom de Béguin, gentilhomme et Soldat de M. de Nemours. Lorsque le cortège fut arrivé vers le milieu du pont de la Saône, les bourreaux frappèrent de cinq coups de poignard l'infortuné capitaine, dont ils jetèrent le corps dans les eaux de la rivière. Le P. Gardien subit le même sort; on le frappa de cinq violents coups de hallebarde; son corps fut à son tour précipité dans le fleuve, consommant ainsi un glorieux martyr^.

I. Pavy, Les Grands Cordeliers, 87. — Son nom est au Martyrologe franciscain.

Après deux ans de profanation, l'église fut enfin rendue aux religieux, un décret royal ayant obligé les hérétiques à la leur restituer. Au retour de leur exil, en 1 564, ils ne trouvèrent plus guère que des ruines. « A peine revenus en leur cher monastère, les Pères Terrier et Astiéri n'eurent rien de plus pressé que de s'en aller au jardin, où tout avait été remué, bouleversé. Se dirigeant dans l'endroit qu'eux seuls savaient, ils commencèrent les fouilles. Ce petit coin n'avait été qu'assez, légèrement remué, bouleversé, aussi quelle joie, quand après avoir creusé de quelques pieds, la bêche heurta le précieux reliquaire ; jla tête du séraphique docteur avait été providentiellement conservée. Une procession solennelle fut organisée à laquelle assista la ville entière. Trois jours de suite, la sainte relique fut exposée sur un autel provisoire; immense fut le concours des fidèles^. »

Depuis lors jusqu'à l'époque de la grande Révolution, la dévotion aux reliques de saint Bonaventure fut plus que jamais universelle, accompagnée de la plus haute confiance du peuple, et honorée des plus éclatants suffrages. Les rois de France, de passage aLyon, ne manquaient pas d'aller se prosterner devant les reliques de l'humble Frère JMineur. Gharle VIII, Henri III, Henri IV visitèrent l'église des Cordeliers. i^n i658 Anne d'Autriche, mère de Louis XIV, s'y rendit deux fois; le 24 novembre, au lendemain de son arrivée dans Lyon, elle se hâta d'aller rendre ses hommages à saint Bonaventure, et le 25 décembre assista aux vêpres et à la pirédication qui s'y fit en italien par le prieur du couvent de^ Minimes d'Avignon -.

Le culte de notre saint, qui occasionnait de si grandioses manifestations de foi parmi les Lyonnais, a mal-

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