‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 140 sur 143 · Pavy, ie5 Grands Cordeliers, t^i · texte numérisé non relu

Pavy, ie5 Grands Cordeliers, t^i

heureusement cessé le jour où la Révolution chassa tous les religieux.

Le P. Jean Bonaventure Fahy, qui en fut le témoin oculaire, nous raconte comment en 1746, se célébrait à Lyon l'octave de saint Bonaventure. Ecoutons-le.

La fête « est annoncée dès la veille par tous les crieurs de la ville; l'église de haut en bas est tendue des plus belles tapisseries^ il y en a jusqu'à cinq rangs en quelques endroita; on y voit les tableaux des. meilleurs maîtres, un grand nombre de lustres en relève la beauté : l'or et l'argent sont entassés avec profusion sur les autels, une grande quantité de cierges et de flambeaux, particulièrement sur les trois autels, semblent se hâter de se consumer depuis le matin jusqu'au soir à là gloire de notre saint. Vous diriez qu'on veut lui former une espèce de ciel sur la terre... Messieurs les recteurs des hôpitaux viennent en robe dès le dimanche de grand matin pour y recevoir les aumônes, et les fidèles qui savent que le meilleur moyen d'engager Dieu à avoir pitié de nous, c'est d'avoir nous-même pitié de nos semblables, la leur donnent avec abondance ; le clergé de la cathédrale vient en procession solennelle et chante la grand'messe de l'ouverture après avoir fait une procession dans nos cloîtres et dans la place où nous portons notre relique ; les messieurs de ville en corps assistent à celle que nous chantons ensuite; huit prédicateurs choisis dans le clergé séculier et régulier n'ouvrent la bouche pendant cette octave que pour publier la gloire de ce saint, et chacun vient les entendre avec autant d'empressement que s'il s'agissait d'entendre l'éloge de son père, tant la vénération et l'amour pour ce saint sont profondément gravés dans le cœur des Lyonnais. L'église ne désemplit point durant les huit jours depuis les quatre heures du matin jusqu'à huit heures du soir; le cloître regorge également de monde, qui va

faire ses dévotions dans la chambre où le saint est mort; les tribunaux de la pénitence sont pleins, les prêtres peuvent à peine suffire à donner la communion pendant toute 1^ matinée; le penonnage^ bourgeois, ou compagnie du quartier de la ville, qui a veillé toute la nuit à sia garde, oubliant d'aller prendre le repos qu'il a perdu, se ferait un scrupule de se retirer sans avoir rendu ses hommages^ à la relique; ils y viennent tous chaqxie jour à leur tour, tambour battant et enseignes déployées, entendre dévotement la première messe et recevoir la bénédiction après laquelle ils font une double salve de mousquetterie, l'unej devant le saint Sacrement, l'autre devant la relique : tout s'empresse, tout se remue, chacun la regarde comme sa propre fête, chacun veut avoir part et contribuer à cette dévotion ; le clergé de la collégiale de Saint-Nizier vient chanter la messe le quatorzième jour, jour auquel tombe la fête du saint pour les autres églises. Vous diriez que le reste de la ville est désert pendant cette octave, qui n'a peutêtre pas de semblable dans la chrétienté, et qu'on peut comparer à celle de la dédicace du fameux temple de Salomonqui ne se fit qu'une seule fols, et que celle de saint Bonaventure se soutient sans interruption depuis près de 4^ux cent cinquante ans, et revient toujours avec une nouvelle joie de tous les habitants, nouvel empiressement et nouvelles somptuosités. »

« Tous les soirs après la bénédiction, les religieux vont prbcessionnellement à la chapelle où repose la relique en chantant une hymne à son honneur, et après les encensements, versets et oraisons, le célébrant porte la relique à la sacristie, pendant que tout le chœur chante l'antienne : O doctor optime. »

« L'octave pendant laquelle le saint Sacrement est

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