‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 38 sur 143 · Gerson, De prohation. spvit · texte numérisé non relu

Gerson, De prohation. spvit

mirer comment les Frères Mineurs abandonnent un si grand docteur, — je ne sais si jamais l'École de Paris en eut un semblable —pour se tourner Ters je ne sais qnels écrits nouveaux, qu'ils sont prêtss à défendre avec les mains et les pieds i. »

« Dans ses traités les plus épineux, les plus remplis de chicane de l'école, dans les questions les plus scolastiques, on découvre le cœur de Bonaventure rempli de l'amour de Dieu qu'il veut communiquer aux autres; tout y parle de sa dévotion; il avait trouvé pour ainsi dire le secret de tirer l'huile et le miel des cailloux et des pierres les plus dures -. Dès qu'un sujet passait par son esprit il y prenait une teinture de dévotion qui lui semblait être naturelle ; il en était de son esprit à peu près comme des mines qui communiquent leurs vertus et leu.rs qualités à toutes lés eaux qui passent dans leur sein avant de paraître sur la terre. Aussi saint François de Sales disait que quelque vénération qu'il eût pour le Docteur angélique, il préférait toujours l'école |de saint Bonaventure à celle de saint Thomas; parce que quoique saint Thomas ait autant et peut-être plus de lumière, saint Bonaventure a plus d'ardeur. J'aimerais mieux, ajoutait-il, être séraphin que d'être ange, savoir moins et aimer davantage. »

Tandis que Thomas d'Aquin n'exerça guère en toute sa vie que l'office de professeur, Bonaventure, au contraire, eut à remplir diverses fonctions, notamment celle de Ministre général de son Ordre. Entraîné par le mouvement 'de la grâce divine qui le poussait, il affectionna toujours d'une manière spéciale la vie contemplative. Volontiers il se lança avec toute l'ardeur de son âme dans les sphères de la théologie mystique;

I. Gerson^ Contra vanam curiositaL^ lect. II. a. Deuteron., xxxii.

]es; tribulations qui affligeaient à cette époque la famille franciscaine lui fournirent l'excellente occasion de se tourner vers la vie intérieure,^ et surtout de la signaler à ses frères comme le moyen le plus propre pour se conformer à l'idéal de saint François.

Les premiers compagnons de François étaient des hommes simples, à l'âme droite et candide, beaucoup même sans lettres; pour les détacher du siècle « il suffisait de leur proposer la pauvreté duChri&t, la nudité de la croix ; le dénûment dé François avait sur eux plus d'efficacité que la véhémente ardeur de discours savamment arrangés; Lorsque parut Bonaventure, ;la phase des choses était bien changée ; la triste influence de Frère Elie avait bouleversé l'œuvre du séraphique Patriarche. L'Ordre comptait alors deux grandes fractions, dont l'esprit était diamétralement opposé. Au parti le plus nombreux appartenaient les Frères de la Communauté auxquels il convient d'adjoindre ceux qui n'avaient pas assez de ferveur pour se conformer totalement a l'observance primitive de la Règle, et dont pourtant le laxisme n'atteignait pas celui de ceux que l'histoire a surnommés de la Icu'ge observance. La fraction, moins importante par le nombre, était constituée par les zélateurs de la Règle, les Spirituels.

Des deux côtés on comptait des hommes de talent, des savants, d'illustres théologiens. Vouloir ramener la masse à la très stricte et rigoureuse observance c'était se vouera un échec certain. A des savants le zélé Ministre parlera le langage de la science, à des théologiens celui de la théologie. Pour seconder et encourager le zèle des uns, les éclairer et guider dans la voie sûre, pour gagner les a^itres et les attirer à la pratique de la très haute pauvreté, poBr leur faire estimer la nudité du Calvaire, pour les acheminer tous vers les sentiers d'une très profonde humilité, il essaiera de les transporter

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par ses écrits jusques aux hauteurs de la contemplation la plus élevée. ^

Architecte, économe ingénieux, maître prudent etsage, il s'inspirera de cette règle fondamentale : « Il ne suffit pas de faire de grandes choses, si en même temps on ne trouve les moyens pour les soutenir. » La Règle franciscaine a ses assises sur l'amour de Dieu et le détachement. C'est vers l'amour de Dieu par la voie du détachement que Bonaventure conduira tous ses frères.

A la mort de saint François, la pauvreté divisait l'Ordre entre les zéléset les relâchés. Ces derniers ne cédaient que trop au désir de posséder les zélés, les religieux fervents tenaient de toutes leurs entrailles à la sainte pauvreté et entendaient s'obliger à suivre le Testament de François aussi bien que la Règle. Si les premiers excédèrent dans la voie du relâchement, les seconds exigeaient un rigorisme qui n'était pas contenu dans la Règle. La bulle Quo elongati que Grégoire IX adressa à l'Ordre le a8 septembre laSo, va rassurer les. bons religieux qui formaient un troisième parti.

Qu'allait faire saint Bonaventure? Il s'attacha à la Règle et aux explications des papes, à égale dislance du relâchement et des visées impossibles. .

Par une lettre circulaire expédiée de Paris en la fête de saint Georges laSy, il engage tous les Provinciaux et autres supérieurs à remédier au plus tôt à toutes les infractions dont se rendaient coupables les relâchés. « Bien qu'il ne soit pas dans mon intention de vous lier par de nouveaux liens, il me faut pourtant, la conscience m'y pousse, il me faut de toutes mes forces viser à l'extirpation des susdits maux, afin qu'évitant tous les scandales nous gardions la pureté de la Règle..., sans l'observance de laquelle nous ne pouvons être sauvés^. »

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