OpUS m, C. XV
de renseignemenlà cette époque. La science ihéologlque était le couronnement des études scolaires, mais personne n'atteignait cette eirae à moins d'avoir franchi graduellement et successivement chacun des échelons des sept arts libéraux. Les dispenses, les passe-droits, les exceptions et les privilèges ou faveurs n'avaient pas cours en ces temps de sage intransigeance quand il était question de savoir et dé science.
La grammaire, la rhétorique et la dialectique occupaient les degrés inférieurs de toute connaissance : par ce triple sentier devait marcher le jeune débutant. L'étude de la grammaire constituait la première étape, venaient ensuite la rhétorique et la dialectique ; les trois formaient. le trivium; l'arithmétique, la géométrie, la musique et l'astronomie constituaient les quatre échelons du quadrivium. Tous les étudiants étaient soumis à cet ordre, du programme, sans loisir de se spécialiser en aucune branche. Un degré conduisait à l'autre; pas de stage licite, tous devaient aller de l'avant jusqu'au terme final, la théologie, science de Dieu et des choses de Dieu. Les autres sciences n'étaient que des servantes, que la voie, ce qui faisait dire à Jacques de Vitry : « Bonne est la logique qui enseigne à discerner la vérité du mensonge; bonne est la grammaire, mais bien meilleure est la théologie qui seule peut véritablement s'appeler un art libéral, parce qu'elle délivre de ses maux l'âme humaine. »
Jean Fidanza marcha de pair avec ses collègues, et disciple diligent profita merveilleusement des leçons de ses maîtres, d'abord en grammaire.
Au moyen âge on étudiait la langue latine dans les grammaires du Donat et de Priscien. A celte école la jeunesse studieuse acquérait vite la méthode de bien dire et de bien écrire. Notre saint ne se contenta pas de cette étude élémentaire ; ainsi que ses compa-
|6 .'SAINT B0NAVENîiURE.
g-.Dons il fréquenta lès auteurs de l'antiquité classique.
Les Bônas de Cioéron, SéBèqae, Ovide, Hor.aceirewiendront souvent :sous sa plume. N'a-t-dl fait en'oelaïjHie <>iter des textes, déjà em|^runtés par d'îéurtre^, sans en contrôler l'exactitude ? :N©us inclinerions à penser qu'il devait le pl*is souvent ^puise-r aux sources. -
S'il écrivait le latin avait*^ilu«ie é^ale 'eonnaissaBoe de la langue grecque ? Le î*<è*e déonard flLiemnieiis pense i^ue non, parce squ'il ne se trencontre aucune citation des poètes grecs en ses écrits l.
Quelle valeur faut-il accorder à -cet argument négatif ? En ces temps-là l'«étude desiauteurs \prdfaHes tétait très limitée dains les ^Ordres religiestix, -Ni les ?jeunes frères Mineurs ni les jeu'ues frères Prècbeîurs .ne pouvaient 'OU copier «ou lire les livres profanes sans une ;per mission expresse des supérieurs. Cette ^prohibition remoBtaitloin, puisque fiPertullien en sparle : «. S'il n'est pas permis aux serviteurs de Dieu -d'enseigner la littérature jpaïenne, il ne leur sera pas davantage loisible de l'étudier. Mais alors commerit se gouverner .selon la prudence humaine, puisque la littérature est>un instrument utile à l'existence PCommeritipépudier lesétudes humaines qui <nous aident à»acquéririles connaissances?» Le docteur répond ilui-même que cette -érudition littéraire ne ipeut être ni encouragée ni fcomplètement iévîtée^. La défense était surtout préveritive. Aux;jeunes religieux il convenait de donner lavant tout iun enseignement solide sur Dieu etila .foi de .peur qu'ils ne se laissassent séduire :par iles «ophismes {philosophiques . Plus tard, ils pourraient sans danger se servir «des louvrages de lîantiquité, tel un savant qui manipule le jvenin sans le boire.
I. *P. L. Leinmens,'Z)e7' Jieil, 'Bonaventura, c. i, p. i6. a. Tertull.^ Beildololat,^ x.
Si, par respect pour l'ordonnance monastique, Jean Fidanza s'abstint de citations empruntées directement aux Grecs, cela ne comporte pas nécessairement l'ignorance de leur langue. Nous n'avons pas de preuve que la langue grecque lui ait été complètement étrangère. Elle n'était pas tellement exclue du programme que tout le monde l'ignorât. « En Angleterre et en France, écrivait Roger Bacon, il y en a beaucoup qui sont instruits sur ce point, sunt multi in Anglia et in Francia qui his sunt instructi'^. » L'ami, le grand ami de Bonaventure, Thomas d'Aquin, confesse d'avoir connu les écrits d'Aristote avant qu'on ne les eût traduits-.
Si la grammaire enseigne le rapport des mots entre eux, leur orthographe et le moyen de les assembler pour en faire des phrases correctes, la rhétorique apprend le choix judicieux de ces mots pour construire les périodes rythmiques, gracieuses, harmoniques et agréables à l'oreille comme à l'imagination. La dialectique communique au style^jce qui fait sa supériorité, donne au langage la force de persuasion. Les discours seraient vains et inutiles s'ils n'avaient d'autre but que la délectation extérieure des sens.
Jean Fidanza étudia la rhétorique et la dialectique avec l'ardeur qu'il savait mettre en toutes choses. Si donc il fut un excellent grammairien, il devint également un véritable rhéteur et un parfait dialecticien.
On méprise aujourd'hui la scolaslique parce que son étude suppose un effort que souvent on ne vevit pas tenter, on la dédaigne par mépris de l'Église qui en sut faire un si excellent usage pour la défense de sa doctrine. Il est plus aisé d'affirmer ou de nier, et l'on s imagine pouvoir saper le socle inébranlable des vérités