‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 45 sur 143 · I. Soliloq.^ c. II et lY · texte numérisé non relu

I. Soliloq.^ c. II et lY

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avec Die». La première concerne: la foi^ la seconde les bonnes/mœurs, la troisième la consommation de l'une et l'autre. C'est l'afiFaire de» docteiwrsi de s'occuper de la première, celle des prédicateurs doit viser la seconde, etrlescontemplatifsla troisième. La première s'apprend surtout à l'école de saint Augustin, la secondeà celle de saint Grégoire, et saint Denys nous enseigne' la troisième^. »

A cette triple école notre sérapliique docteur acquit les sciences si élevées qui lui valurent les élog^es de tous les siècles, et de qui M^^ Darboy disait : « C'était une âme pleine de candeur et d'innocence, que n'atteirgnit jamais) la contagion du siècle. H devint un docteur illustre. Sa parole, simple et brûlante, sort de son cœur dont elle est la douce et fidèle image; son âme liquéfiée ■ en amour sembfe un séraphin qui parle la langue des hommes. La lumière de ses écrits est aussi puissante pour éclairer l'intelligence que pour émouvoir le sentiment^. »

De Bonavenlure on peut dire ce que disait un jour un savant critique au sujet du Dante, qu'il « est un génie double, à la fois éclectique et original: y». Le Docteur séraphique et mystique sut choisir dans les écrits des Pères et des théologiens les meilleures . pensées, et les faire; siennes .

S'il emprunte à d'autres, c'est pour s'assimiler leurs idées, et les sertir habilement dans le cadre de ses œuvres; il fut apis argumentosay abeille diligente qui butina dans le calice des fleurs théologiques et mystiques; le suc d'une doctrine embaumée et céleste.

En compulsant les œuvres de saint Augustin et de saint Grégoire il s'imprégna des sentiments de la vraie

1. De Reductione artium ad Theologiam, Opiiscul. , p. 2, Lugdun. , 1619. ^ ^,

2 . Mg"" Darboy, OEiwres de saint DenysV Âréopagite., Introduction, c. X, Pàrisj 1896.

philosophie chrétienne. A l'école du pseudo-Denis il s'initia et se perfectionna dans les sentiers de la mystique. Qu'était en effet la mystique au moyen âge ?

« Dans son principe subjectif, dans l'âme, le mysticisme est un soupir plein de regret et d'anïour que nous poussons vers les cieux perdus, mais espérés ; c'est le souvenir mélancolique que l'homme emporte de l'Eden et que Dieu daigne nous laisser dans l'exil pour ramener vers la patrie notre pensée et nos vœux... De là vient qu'en passant par cette blessure qui fut faite à nos cœurs, toutes joies terrestres se revêtent d'amertume et d'ennui. De là vient que dans les grands spectacles de la nature qui nous élèvent au-dessus des réalités grossières, il y a comme une voix douce et triste qui nous entretient de Dieu, de la vanité du temps présent et d'un meilleur avenir. De là vient surtout que, parmi les fêtes et les enseignements de la religion,' parmi les pratiques sacramentelles que Jésus-Christ a instituées, il s'opère dans l'âme un renversement mystérieux par où sont réputées fausses et amères les choses du temps, et véritables et suaves celles de l'éternité. Mais cette révélation n'arrive qu'à l'oreille des cœurs purs, et ceux-là ne l'entendent pas qui sont étourdis par le tumulte d'une journée impie, par les entraînements du crime, les frivolités d'une vie mondaine et distraite. »

« Le principe objectif, la cause créatrice du sentiment mystique, c'est Dieu qui le fait naître dans l'âme de l'homme d'un rayon de lumière et d'amour surnaturels. Partie d'une source si pure, cette grâce ne saurait tendre à égarer l'homme; peut-être même semblerait-il tout d'abord qu'on ne dût pas oser tracer à ce fleuve un cours régulier et fixe ; car il n'y a rien de spontané, de noble et d'indépendant comme l'amour divin. Mais l'homme abuse souvent de la liberté

pour altérer et corrompre les meilleures choses. Boiî comme tous les sentiments que Dieu met dans notre âme, le mysticisme peut être mal compris et mal appliqué. Vivant et énergique comme tout ce qui jaillit du cœur, il peut dégénérer en exaltation délirante. Arbre fécond, il faut le cultiver avec amour, mais aussi , ' avec intelligence, de peur que sa sève divine ne se perde en productions inutiles et funestes. On peut pousser le courage jusqu'à la fureur, la bonté jusqu'à la faiblesse et le sentiment mystique jusqu'aux erreurs de l'Évangile éternel et aux folies théosophiques de Jacob Boehme. Aussi, afin qu'il ne reste pas' aux hommes de bonne volonté l'occasion inévitable de s'égarer eux-mêmes ou de séduire les autres, les principes sont consacrés et une doctrine existe par où la vérité se distingue de l'erreur, et la véritable dilection, des mouvements d'un extravagant amour. Le mysticisme doit, par conséquent, être l'objet de la théologie qui règle les rapports de l'homme avec Dieu^. »

Parler du Docteur séraphique et taire le nom de l'Ange de l'Ecole serait une injustice historique. Thomas et Bonaventure, sont des noms qu'on ne peut séparer ; leurs âmes furent sœurs, leurs cœurs profondémentunis. L'un et l'autre brillèrent par le savoir et le génie; ce sont deux flambeaux au sein de l'Église. Difficile de donner la préférence à l'un plutôt qu'à l'autre; le lustre de l'un n'éclipse pas celui de l'autre; le rayonnement de l'un ajoute au rayonnement de l'autre ; les deux se complètent. Ce sont deux génies dont le treizième siècle a raison d'être fier; ils. sont la gloire de deux Ordres illustres, qui depuis sept cents

I. M8f Darboy, Œuvres de saint Deny s. Introduction, p. cliv-

ans militent cote a côte. « Leur vie fut semblable, dit Carie de la Chapelle, leurs études eurent le même but, leur science se rassasia à la source féconde et intarissable des mystères chrétiens, qu'ils contemplèrent dans les saints ravissements de l'amour divin ; leur grand livre, le Calvaire; et cependant leur esprit suivit des routes diverses : Thomas d'Aquin se livra de: préférence à la discussion du principe des actions, ce qui devait le jeter comme malgré lui dans les questions lesiplus ardues de la scolastique, Bonaventure au contraire fut plus pratique : sa vie mêlée aux affaires des hommes, le porta davantage à étudier les mouvements du cœur^. »

« Dans les similitudes de leur existence, et jusqu'en ses contrastes, le même souffle les anime, le même esprit les meut : le souffle du génie et l'esprit de sainteté. On dirait deux fleuves majestueux, roulant dans des lits parallèles, vers le même océan, leurs eaux limpides et fécondes. » Ainsi s'exprime le R. P. Joyau ^. Et le pape Sixte-Quint : « Ce sont, dit-il, les deux oliviers croissant à l'ombre du cloître, les deux flambeaux éclairant la maison du Seigneur^. »

Bonaventure est plus instructif et plus- onctueux, Thomas piua déductif et plus doctrinal ; l'un a les lumières du chérubin, l'autre les ardeurs du séraphin ^ « Elevés à la même époque au grade de bachelier, dit le P. Joyau, ils reçoivent des supérieurs de leurs ordres la mission d'enseigner leurs frères; il» le font avec un égal succès. Même élévation de pensées, même abondance de doctrine, même distinction de langage *. m Afin de les avoir pour maîtres l'Université

I. P. J. Carie, Hist. de saint Thomas, p. [, c. xi. a. P. Joyau, Vie de saint Thomas.

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