I. Freppel, Bossuet, Cours (^éloquence sacrée, t. I
qu'il présida, réglementa les études des Frères Mineurs.-
Invité par le pape Urbain IV, Thomas composa l'office de la fête du très Saint Sacrement. Longtemps a circulé la légende touchant cet office, à la composition duquel auraient été invités simultanément nos deux saints; puis, continue la légende, lorsque Thomas faisait devant le pape la lecture de son travail, frère Bonaventure déchirait le sien, laissant tomber à terre les fragments dé sa copie.
Thomas d'Aquin combattit les erreurs d'Averroès, qui soutenait que la religion chrétienne était une religion impossible à cause du mystère de l'Eucharistie. Au deuxième concile de Lyon, Bonaventure triompha magistralement, réussissant à ramener dans le giron de l'Église les Grecs schismatiques. Grâce à l'inconstance, à l'orgueil et à la fourberie des Grecs, le succès' ne fut pas de longue durée; le mérite de saint Bonaventure n'en fut pas moindre pour cela.
Tous deux avaient l'entière confiance du pape Grégoire X, comme ils l'avaient eue de ses prédécesseurs; les deux furent convoqués pour le concile de Lyon. Thomas mourut en chemin.
Pour la première fois ils s'étaient rencontrés à Paris vers 1 244 ou à peu près, autour d'une chaire de théologie; ils étaient compatriotes, mais surtout leurs âmes étaient créées pour se comprendre, leurs cœurs pour s'aimer. Dans la suite ils échangèrent plus d'un sympathique et spirituel colloque. Il leur était doux^de s'entretenir de la mère patrie, et de discourir sur les grandes questions théologiques; il était suave à leurs cœurs de fuir la compagnie de bruyants condisciples pour s'occuper des vérités célestes, s'instruire et se stimuler mutuellement à une vie intérieure chaque jour plus intense, Si tendre et si religieuse amitié ne devait pas connaître de termes; Thomas précéda son ami de
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quelques mois dans la tombe, et Bohaventure bientôt l'alla rejoindre.
Dans: les vérités de foi leur doctrine se ressemble ; l'autorité de l'un et de l'autre se balance, et dans les conciles leSi Pères s'appuient indistinctement sur leur enseignement, le plus souvent la thèse de; Bonavenlure corrobore celle de Thomas ou réciproquement. Daos les matières sujettes à discussion on puise tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, les raisons les plus solides^ Pendant longtemps on ne faisait presque; nulle distinction entre l'autorité de ces deux Anges de 1!E- Gole. Leur influence dans le domaine du dogme catholique s'équilibrait, ou à peu près?.
Mais avec le temps les débats théologiqu^es s'accentuèrent entre deux écoles demeurées célèbres dans l'histoire de la scolastique. Thomistes et Scotistes se rendirent fameux par leurs savantes et subtiles discussions. Tandis que les Dominicains se firent, les défenseurs de Thomas, les Franciscains, négligeant l'étude de leur Docteur séraphique, s' appliquèrent surtout à, la théologie du bienheureux Jean Duns-Scot.
Gerson fournit, croyons-nous, la vraie raison psychologique pour laquelle on se porta moins vers saint Bonaventure. « Si on me demande quel est à mon avis le plus capable parmi les docteurs^? Je réponds sans préjudice pour personne que c'est le seigneur Bonaventure, car il est solide et sûr en sa doctrine, pieux, juste et dévot. Autant que cela se peut, il fuit, toute curiosité, ne mêle point dé questions étrangères, ni des doctrines mondaines, dialectiques ou physiques, les ombrageant par des ternaes théologiques à la manière de beaucoup; lorsqu'il cherche à éclairer l'esprit, il reportei tout à la piété et à la dévotion de l'aiFection. D'où il est advenu qu'il est moins fréquenté par les scolastiques sans piété, dont hélas! le nombre
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est trop grand; «!t ^cependant iralle doctrin« n'est plus sublime, nulle plus divine, plas saine et plus suave ipoiaï les théologiens. Plus dans ma vieillesse je me suis tourné vers lui avec diligence, plus j'ai éprouvé de confusion de mon verbiage. Elle suffit cette doctrine, me suis-je dit; à quoi bon se fatiguer sottement? de même qu'aux jeunes élèves on ^d'onne dès le commencement la grammaire de 'Donat pour les parties du discours, et pour la Logique la Somme de Pierre l'Espagnol, à apprendre par cœur, bien qu'ils ne la comprennent pas aussitôt,' ainsi semble-t-il qu'aux élèves en théologie on devrait remettre avec avantage le Breyiloqmum de saint Bonaventure qui commence : Flecto germa, en y adjoignant l'Itinéraire de l'Ame à Dieu, qui débute : In principia primum principium^. »
L'école didactique a eu sa plus complète expression dans Thomas d'Aquin ; l'école contemplative en Bonaventure ; celui-là est l'Aristote; celui-ci le Platon du moyen âge. Bellarmin regardait Bonaventure comme un docteur « chéri de Dieu et des hommes 5). ÏAiïher le qualifiait du litre de çir prsestantissimus. homme très remarquable entre tous. Dans le profane comme dans le sacré, il avait tout étudié, tout approfondi. C'était la tête la plus encyclopédique de son temps. Mais rien n'est comparable à l'amour divin dontil était consumé. Et pourtant Tinjuste discrédit qui a frappé les mystiques et les écrivains ascétiques du moyen âge, ne il'a pas épargné. Les langues modernes en se perfectionnant restreignirent l'usage du latin. Pout les beaux esprits des XV* et xvi° siècles, Bonaventure ainsi que Thomas étaient des barbares. Cependant, remarque un savant critique, « nul n'a possédé comme Bonaventure le secret d'émouvoir les cœurs les plus engourdis » .