I. M. H. G., XXXII
chose était facile puisque bien des témoins oculaires vivaient encore ; ainsi pouvait-on obtenir des rensei^ gnements précieux, sûrs et précis, que plus tard il n'eût plus été possible de recueillir sinon au prix de grandes difficultés.
Rempli de profonde admiration pour les vertus de son Père, Bonaventure ne put résister aux instances qu'on lui faisait, il se mit à l'œuvre sans retard. Il fit d'abord la visite du mont Alvernie, de ce désert où François, « serviteur et miûistre vraiment fidèle de Jésus- Christ, avait reçu en sa chair les empreintes sacrées du divin Crucifié duGolgotha » . Puis successivementjle dévot lùinistre passa par tous les lieux où François avait laissé les traces de ses actions et de ses vertus. A Assise où il se rendit pour assister au commencement d'octobre 1260 à la translg^tion des reliques de sainte Claire, il s'enquit minutieusement de tout ce qui aVait trait à la vie et aux vertus de son héros, interrogea tous les témoins vivants, consigna tous les faits miraculeux, çollationna tous les écrits et mémoires de Thomas de Celano, premier biographe de François, recueillit les notes dé Jean de Ceperano, notaire apostolique, de Frère Crescent de Jesi pendant qu'il était général de l'Ordre. Plus particulièrement écouta-t-il le récit des frères Léon, Ange et Ruffin, les trois compagnons, et finalement du saint frère Egide, un des premiers compagnons de François, Au bout de trois ans de recherches, en 1 368, parut la nouvelle Légende, divisée en deux parties bien distinctes: la première, de beaucoup la plus importante, contient des faits qui avaient échappé aux enquêtes de Thomas de Celano. Dans la seconde partie on ne trouve guère qu'un résumé des biographies antérieures.
Cette légende est écrite dans un style qui faisait l'admiration du savant dominicain, saint Antonin, archevêque de Florence.
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« L'élégance de ce style est tellement admirable que le célèbre Léonard d'Arezzo, l'ayant lue avec soin, la remit aux Frères affirmant ne pas penser qu'il existât quelqu'un capable de surpasser saint Bonaventure en ce
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Le chapitre général décréta l'an 1266 qu'à l'avenir cette légende serait lue à l'office de saint François au lieu de celle qui jusqu'alors se trouvait au Bréviaire ^ ; cette mesure fut tellement radicale que partout on fit disparaître l'antique Légende, dont on ne retrouve presque plus de traces dans les vieux manuscrits.
En écrivant ce livre, Bonaventure « a tout sacrifié, assure Ozànam, même l'ornement du style à l'amour de la vérité. Mais s'il aime trop la vérité pour l'altérer par des fictions, elle l'émeut assez pour que son langage s'en échauffe, se colore, et prenne dès le début tout l'éclat de la poésie. On n'est encore qu'à la première page, et saint François paraît déjà comme l'étoile du matin, comme l'arc-en-ciel de la paix, comme un autre Élie. C'est trop peu : saint Jean dans l'Apocalypse a vu un ange montant du côté du soleil levant, tenant à la main le sceau de Dieu ; saint Bonaventure y reconnaît le pénitent d'Assise, « ce messager du Christ, vivant de la vie des anges ^ » . . •
Quand la poésie s'est eniparéè d'une âme qui lui convient, elle ne lui laisse pas de, relâche qu'elle n'en ait tiré des chants. Bonaventure n'allait point échapper à l'emprise des JVIuses, il succomba à « celte faiblesse de tous les cœurs passionnés », il composa des vers. A l'exemple de son séraphique Père, il s'était clîoisi une ,dame de ses pensées : la pauvreté avait toutes les prédi-