‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 53 sur 143 · Ozanam, Les Poètes franciscains · texte numérisé non relu

Ozanam, Les Poètes franciscains

lections de son cœur ; c'est en la personne de Marie qu'il la célébra plus affectueusement. La très pure Vierge Marie était en vérité le seul amour digne de cet homme dont Alexandre de Halès chanta l'innocente vertu.

Et, dit Ozanam, « comme les femmes de la terre aimaient à être saluées le soir par les chants des troubadours, Bonaventure voulut que dans toutes les églises de son Ordre, à la chute du jour, la cloche sonnât pour rappeler le salut de l'ange à la reine du ciel* ».

C'est la théologie, et sa façon de la comprendre et d'étudier qui firent de lui un poète admirable. Il y a deux livres qui renferment toute science, « l'un, qui est écrit intérieurement, et qui est l'art et la science éternelle de Dieu, le second, écrit extérieurement, c'est le monde sensible 2 ». Ainsi pensait-il.

Dans cette manière de concevoir la théologie, les facultés de l'âme prennent leur libre essor. L'imagination traduit la pensée par des figures, par des rapprochements, des comparaisons, afin de lui donner plus de relief et de clarté. Mais pour reconnaître la beauté éternelle derrière le voile où elle se cache, l'intelligence n'est pas assez, il faut l'amour.

« L'amour est le commencement de celte sagesse qui se confie moins dans le syllogisme que dans la prière. » <c Tout ce qu'il y a de beau, de délectable en ce monde sensible doit conduire à Dieu; tout hors de lui n'est qu'ombre, résonance, peinture, vestige, simulacre... il faut abandonner toutes les représentations et opérations intellectuelles, et que l'aiguillon de l'affection soit transporté et transformé en Dieu. Si vous demandez comment cela s'opère, interrogez la grâce, et non la science, le désir et non l'intelligence, le gémissement de

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