Jallonglii, ia
la Passion, — Arbre de la Croix,— Laudismus de la . Croix, — Les sept Paroles du Seigneur sur la Croix, — Cantique sur le Salve Regina, — Couronne de la B. V. M., — Louange de la B. V. M,, — Alphabet des Religieux.
Deux rythmes sont regardés comme douteux, ce sont' : le petit Psautier, — Sentences des Sentences. Et sont apocryphes : Office de la Compassion, — Œuvres, de la Contemplation, — Chant léonin sur la doctrine de la perfection.
La phrase de Bonaventure est comme une mélopée délicieuse, - i!
Le premier élément qui communique à sa phrase tant de suavité, c'est le cursus. Ce n'est pas qu'en sa phraséologie /Bonaventure ait suivi un cursus propre, mais à l'école il avait appris l'art de la bonne composirtion latine. Le cursus est cette marche harmonieuse des périodes où les mots et les phrases sont agencés de telle façon que, par la puissance de la pensée et le rythme des sons et des cadences, l'oreille est agréablement satisfaite et charmée. Cependant, puisque les sens intérieurs et extérieurs sont le vestibule de l'intelligence, notre saint, se conformant aux règles de l'école, ne dédaigna pas d'introduire en son style la grâce du rythme réclamée par la nature; car, au dire de Quintil^en, le rythme est indispensable, non seulement pour qu'une phrase plaise, mais pour qu'elle ait la vertu d'émouvoir : rien de ce qui heurte l'âme ne peut assurer la sympathie du cœur, nihil inirare potest in affectu.
Pas une page en sa littérature où ne paraisse le cursus avec ses gracieuses cadences rythmiques. Dans ses ouvrages mystiques abonde et surabonde le lyrisihe enflammé de son âme éprise de l'amour divin; dans ses sermons, les beautés poétiques des Livres saints-
revêtent sous sa plume des formes nouvelles. Il sait poétiser toutes choses, la flore, la faune, tous les éléments, tous les objets mentionnés dans la Bible s'animent en son langage. Son âme harmonieuse trouve des significations anagogiques, allégoriques, métaphoriques ou symboliques pour les faits en apparence les plus insignifiants. Tout lui sert. Avec lui c'est la Bible entière qui revit; le moindre incident poétisé est transformé en rayon lumineux qui éclaire en même temps que la façon d'en parler attire et captive l'attention. Sa prédication parsemée de poétiques comparaisons n'est pas une simple distraction agréable pour ceux qui l'écoutent. Le souffle divin guidant sa pensée, il rend saisissant pour les plus simples comme pour les plus éclairés, le sens des versets de l'Écriture. La forme poétique de la pensée frappe d'abord, mais la mémoire, heureusement impressionnée, garde le souvenir de ce que l'oreille a entendu; la doctrine pénètre jusqu'au tréfond des âmes, les cœurs sont émus. Ce n'est pas en vain que Bpnaventure aura parlé ; ce n'est pas devant un auditoire qu'il expose les vérités chrétiennes, c'est à un auditoire qu'il s'adresse, à un auditoire qui profitera de ce qu'il dit, car il ne se contente pas de mots, il dit des choses, les dit avec clarté, y ajoutant le charme d'une poésie dont l'imagination se délectera, mais d'une manière si pénétrante que l'âme s'en nourrira.
Quand il rappelle l'oblàtion de Nahasson, fils d'Aminadab, de la tribu dé Juda, oii il est dit que parmi les offrandes se trouvait « un petit mortier de dix sicles d'or, plein d'encens » (Numer., vu, i4), Bonaventure prend occasion d'expliquer ce qu'il convient d'entendre par ce petit mortier. « Le mortier est un cœur obéissant, dans lequel est broyée la volonté propre. En ce mortier est offert l'encens, quand on obéit de tout son cœur et que la volonté propre réprime sa résistance ;
LE PQÉTEv LE MUSICIEN. 83
le mortier est d'or quand l'obéissance procède de la charité^, m
Pour lui, Goliath signifie le démon; le glaive du philistin est la tentation charnelle; sa lance, la tentation spirituelle ; son bouclier, l'apparence du bien sous le couvert duquel le démon se cache pour tromper les hommes 2.
Le buisson ardent, qui brûlait et ne se consumait pas, et qu'aperçut Moïse dans le désert, apparaît dans sa forme poétique lorsque Bonaventure parle de la cir-^ concision du Sauveur. Le désert c'est le monde, le buisson ardent, la Vierge Marie, où le Seigneur se montre dans une chair mortelle. Le buisson brûlant sans se consumer, c'est la Vierge devenue Mère sans la corruption du péché, c'est l'hutnariilé du Christ en qui paraît la divinité. Le buisson brûlant sans se consumer, c'est le Christ mort, mis au tombeau, et non soumis à la corruption. « Pour en approcher avec amour, avec foi, quitte, dit-il, la chaussure- de l'amour du monde et de la chair, ôte des pieds de ton âme, c'est-à-dire de tes affections, l'amour des choses visibles^. »
La vigne du livre des Cantiques c'est la conscience intérieure; quand il produit les fruits des bonnes œuvres extérieures, le cœur est assimilé à un champ; quand il donne le vin de la dévotion et de la componction c'est la vigne : « ma vigne est devant moi'^ ».
Le corbeau de l'arche c'est l'âme du pécheur ; la colombe c'est l'âme du juste. Le corbeau qui revient c'est l'âme qui s'envole sans le mérite des saintes œuvres ; la colombe avec le rameau d'olivier'c'est l'âme juste char-