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86 SAINT BONAYENTURE.
plissant l' office de diacre et chantant l'Evangile, de saint A.ntoine de Padoue, interrompant une prédication p'our chanter V Alléluia de la messe, du bienheureux Jean de Parme, ministre général, désigné par le vicaire du chœur pour chanter le samedi saint la douzième prophétie, de plusieurs frères chantant l'office au témoignage de Glassberger?
Oui, les Frères Mineurs chantaient; quelques-uns furent d'excellents musiciens. Julien de Spire, ce docte Frère Mineur, se fût-il donné la peine de joindre des mélodies aux offices de saint François et de saint Antoine qu'il « écrivit en style rythmé » si jamais les Frères n'eussent dû les chanter? Eonaventure les dut connaître ; car de son temps, et tout au moins dans les grands couvents et les maisons d'étude, comme celle de Paris, où Eonaventure vécut, on devait instruire et former les novices et les jeunes religieux à la connaissance du chant ecclésiastique.
Musicien à la façon de saint Augustin, à la façon des Séraphins et des Chérubins, Eonaventure se sert des nombres musicaux pour tracer la voie de la contemplation. « Le sens humain se délecte à cause de la similitude abstraite dans un objet perçu, et ceci tantôt en raison de la beauté pour l'œil, de la suavité pour l'oreille, de l'agréable pour le goût et le toucher. Toute délectation a sa cause dans la proportion. Comme toute espèce a sa raison de forme, de vertu et d'action d'après son rapport avec le principe d'où elle découle, avec le milieu vers lequel elle tend, ou le terme sur lequel elle agit; c'est d'après la similitude qu'on doit considérer la proportion, si elle convient avec l'espèce ou la forme, alors on la nomme beauté, car la beauté n'est rien autre qu'une égalité de nombre, ou certain agencement des parties avec charme des couleurs. Quand la proportion concorde avec la puissance ou la vertu, on lui
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donne le nom de suavité, et cela arrive lorsque la vertu en agissant n'excède pas certaines proportions; tout, excès attriste et fait souffrir, la délectation .est dans la juste mesure. Enfin la proportion ne doit pas outrepasser les limites de son efficacité, mais fournir à satiété selon le besoin, et jamais au delà. »
« Mais la vraie délectation n'est qu'en Dieu. » Or Bonaventure d'accord avec saint Augustin, fait monter graduellement des choses sensibles à Dieu par la -voie des différents nombres. « Ces nombres se rencontrent dans les corps, les sons et les voix, en nps sens, dans le corps, comme le geste et la danse, dans la délectation des sens, dans la mémoire, le jugement et l'esprit. Par ce moyen l'ascension se fait progressivement. »
« Comme toutes choses sont belles et délectables d'une certaine façon, comme la beauté et la délectation ne vont pas sans proportion, ni la proportion sans nombre, il faut nécessairement du nombre en toutes choses. Et c'est pourquoi le nombre est l'exemplaire principal dans l'esprit du Créateur, et dans les choses la voie principale vers la sagesse^. » Ainsi nous sommes conduits, à Dieu par le moyen des nombres c'est-à-dire du rythme, et de la musique. Bonaventure eut donc garde de négliger ce mode si excellent, si sûr et si efficace ; il étudia la musique comme un moyen de mettre sa vie en harmonie avec la divine Trinité en qui tout est nombre, poids et mesure.
On lui attribue même la paternité d'une cantilène qui fut imprimée en Allemagne. S'il fut compositeur c'est à la façon de saint François ; des chants devaient s'échapper spontanément de ses lèvres et de son cœur ; car les loisirs ne lui permirent guère de se livrer à l'art de la composition.