‹ Saint Bonaventure (1221-1274)Chapitre 88 sur 143 · Déterminai.^ quaest. xxiv · texte numérisé non relu

Déterminai.^ quaest. xxiv

LE MINISTRE GÉNÉRAIr. SON- ŒUVRE. 123

y extérieur des villes,- il répond : « Nous, ne nous établissons pas à KestérieuE où l«: terrain serait à meilleur marché, où l'espace pourrait être plua étendu, mais oui les ennemis pourraient plus facilement venir, s'emparer de nos maisons, et de là assiéger le& villes et les citadelles; si nous étions tropiélo ignés, beaucoup n'oseiîaient pas s'aventurer Jusque-là, pour se confesser, entendre la; parole de Dieu, ou assister à la sainte messe. En ville aucun de ces dangers n'existe. »

« De plus, nos maisons sont vastes, et il est indispensable qu'il en soit ainsi; car il nous faut un cloître, une chapelle, des dépendances pour le eo|ivent, pour les hôtes, pour les malades, et un jardin, ict infirmi rejoeil" lentur, ut sani conserventur, et. lassi in spiritualihusstudiis 7^ecreantur. Les séculiers, qui peuvent sortir et se promener à loisir, n'ont pas le même besoin de demeures spacieusesv Les Religieux, au contraire, qui doivent séjourner ea leurs celluiles touit le jour,, s'ils n'ont quelque endroit pour respirer un peu d'air ne tarderont pas à; languir^ et devenir si incapable& de se livrer aux études spirituelles qu'ils seront bientôt inutiles à eux-mêmes et aux autres. Tout ce que nous venons de décrire leur est donc nécessaire, afin que les habitants des cloîtres sachent où se taire, où parler, où prier, où travailler, où lire, écrire et le reste. . car sans cela, si ehacun pouvait boire, manger, travailler on se reposer en tout lieu à son gré, adieu l'ordre, la discipline,, le recueillement et la piété; ce serait à bref délai la ruine de rinstitut, au plus grand scandale des séculiers. »

« Nousi Gonstruisans enfin les maisons en pierre afin de nous mettre en garde contre l'incendie,, nous et nos voisins, et pour n'avoir pas le perpétuel souci de recom-

^. Déterminât., quiest.. tiii.

mencer à édifier de nouvelles habitations, ce qui est cause de grande préoccupation physique et morale, surtout quand on ne possède d'autre. ressource que celle de la charité par la mendicité. »

« On nous reproche de demander plus qu'autrefois : si nous le faisons, c'est que notre nombre s'est considérablement accru, lès difficultés sont plus nombreuses, et il s'agit de subvenir aux besoins des malades et des vieillards qui ont vécu selon toute la rigueur de la Règle, et qu'on ne peut délaisser; c'est aussi parce qu'autrefois nous étions les seuls à mendier et que depuis, on voit dans l'Église plusieurs autres Ordres mendiants; ce qui nous était donné est désormais divisé entre plusieurs, et qu'ainsi nous avons peine à ramasser ce que nous recevions sans même le demander. »

Le septième chapitre fait un devoir aux ministres de traiter avec miséricorde leurs frères coupables, d'éviter lacplère et l'emportement. Or un des premiers actes du généralat de notre saint fut l'affaire délicate du procès juridique contre le bienheureux Jean de Parnae. L'his- * toire nous laissant dans le doute sur la participation de Bonaventure en ce procès, apprenons du moins de lui comment un supérieur a le devoir de se comporter en des circonstances semblables. .

« Zélateur sincère de la justice, un prélat instruirai- soigneusement la cause, et ne permettra ni la dissimulation ni le silence; vicaire de Dieu, il devra un joiir rendre compte de sa gestion, s'il n'a pas corrigé les délinquants, s'il a laissé grandir les vices, naître des coutumes mauvaises, ou se répandre plus fortes de jour en jour, s'il a vu tomber en ruine les observances régulières, se multiplier les transgressions sans y porter remède dans la mesure du possible. Au tribunal divin il aurait à répondre de sa négligence, selon le mot du Sage: Alors que vous étiez ministres de son royaume

vous n'avez pas jugé avec équité, ni gardé la loi de la justice ^ »

(c Les péchés des inférieurs lui seraient imputés pour ne les avoir pas corrigés ou empêchés par son zèle prévoyant 2; si tu n'as pas parlé... « sanguinem ejus de manu tua requiram ».

« Enfin il devra rendre compte de l'abus de l'honneur, el de la puissance reçue, l'ayant fait servir à sa propre gloire et à son avantage. Que le vrai zélateur montre combien il aime Dieu, « nec ab hoc zelo mollescat per desidiam... . nec consiliis flectatur, necastutiis circumveniatur, nec amicitia, nec blanditiis deliniatiur, nec minis terreatur^.., »

« Le vrai prélat doit se regarder comme un père et non comme un seigneur, se montrer médecin et non tyran, ne pas voir en ses sujets des bêtes de somme ou des esclaves qu'on vend, mais des fils appelés à partager le même héritage éternel, et dans ce cas les traiter comme il voudrait être traité*. »

« Un prélattrop sévère sera moins aimé de ses sujets, et ceux-ci lui seront moins soumis en ce qui serait utile et même nécessaire ; s'il est trop large, c'est le relâchement à brève échéance. Il faut savoir tenir lejuste milieu^. »

« Gouverner selon la rigueur de l'autorité, c'est travailler plutôt à détruire qu'à édifier. « Vos autem cum austeritate imperabatîs eis et cum potentia, et dispersée sunt oves meœ », est-il écrit dans Ezéchiel, xxxiv. « Noli esse quasi leo in domo tua, subvertens domesticos tuos^».

Bernard de Besse, compagnon de saint Bonaventure,

T. Sap., vr,

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