I. Jngel. de Clarcn. in tribul., iy
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Ayant obtenu la eondamnation des compagmons de Jean de Parrae^. Uajîimoàté de ses- adversaires, ne s'en tint pas là;; ils firent de si pressantes: instances, que. le: général dut choisir des commissairfes chargés d'examiner les actions et la doctrine de Jean.
Le couvent de Castel délia Piave fut désigaté camme lieu du jugement; des religieux prudents reçurent la. mission d'examiner l'affairer Le Pape nomma^ pour présider à ce tribunal le cardinal Jean desi Ursins, qui fut depuis protecteur de l'Ordre et pape sous le nom de Nicolas IIL A la suite d'une discussion; minutieuse on ne put rien relever contre Jean deiiParme, sinon un certain penchant pour la doctrine de l'abbé Joachim, ce qu'ilrétracta avec beaucoup d'humilité en face du Ga<rdinal et de ses juges. Comme quelquesruns inclinaient à le condamner comme hérétique, Jean, qui ne pouvait souffrir qu'on le taxât d^hérésie, se redressa» et levant' les yeux au ciel fit à haute; voix cette profession de foi : Je crois en Dieu le Père toutr-puissant, et en; tout ce qui est contenu dans le symbole des apôtres, ce qui acheva d'irriter ses adversaires, lesquels, à bout de toute ressource, voulaient à tout prix le condamner à la prison. Le cardinal se laissa persuader. Le pieux serviteur de Dieu eût été jeté dans le cachot sans l'heureuse intervention du cardinal de: Saint- Adrien, neveu du pape Innocent IV. Othon le; Bon, cardinal du titre de Saint- Adrien , plus tard pape sous le nom d'Adrien V, fit par-' venir deux lettres,, l'une au cardinal président du jugement, L'autre au ministre général. « J'ai appris asvec douleur, écrivait-il, qu'on procédait contre Jean de PaiTme, généraL de l'Ordre, et que par envie on l'accusait d'hérésie., Il j a longtemps que je connais sa foi et sa sainteté... Je ne crains pas de dire que la foi qu'il professe est la même que la mienne;; je vous prie done instamment de ne pas procéder témérairement contre
ce saint homme... tout ce que vous ferez contre lui je le regarderai et tiendrai fait contre moi; je ressentirai personnellement l'injure que vous lui ferez, c'est un autre moi-même, vous me condamnerez en le condamnant et je veux être avec lui. »
Le cardinal, touché par cette lettre, obtint qu'on remît Jean de Parme entre les mains du général, qui lui laisserait le choix du lieu où il lui plairait de se retirer, et d'y faire sa résidence.
Un fait semble acquis à l'histoire : uù tribunal fut constitué. Quelle fut en cette affaire la part de notre saint? Malgré toute la précision d'Ange de Clarène, et peut-être à cause de cette précision très circonstanciée, les historiens n'acceptent pas sa version. Ange de Clarène était chef des Spirituels, et dès lors imbii de préventions contre tout cç qui s'opposait, même justement et raisonnablement aux théories outrées du spiritualisme. Son récit n'est pas impartial. Le savant chroniqueur Père Irénée Affo, historiographe de la ville de Parme, et biographe du bienheureux Jean de Parme, hésite à admettre l'intervention directe de Bonaventurê dans le procès de son prédécesseur, ou du moins il ne croit pas à sa présence à Castel délia Piave. D'abord, fait-il remarquer, la procédure telle que la raconte Ange de Clarène ne s'accorde pas avec le caractère, si plein de bénignité que les historiens recon-naissent chez le saint ministre général. De plus, Bonaventure, élu au chapitre de laSy, ne devait pas encore se trouver en Italie à l'époque généralement admise de ce fameux jugement. Ayant obtenu qu'on acceptât sa démission, Jean se retira après le chapitre dans l'ermitage de Greccio. « C'est là, écrit le P. René de Hautes, capucin, que vint le visiter la souffrance. Quelques mois après ce chapitre, il eut à subir, de la part de ses. frères, la plus cruelle épreuve qui
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puisse atteindre un cœur de religieux i. » Le Père Affp ne pense pas qu'à ce moment le nouveau général ait franchi les Alpes ; et considère ce premier voyage comme une fable,, n questà prima vehuta e del tuffofavoîosay>.
Enfin, c'est que la fondation du couvent de Castel délia Piave ne remonte qu'à l'an 1284, c'est-à-dire dix ans après la mort de saint Bonaventure. Toutefois, ajoute Affô, la question de lieu importe peu, mais infirmerait raulhenticité des autres circonstances. Alors comment juger Jean de Parme sans Bonaventure? Affô répond qu'on eût pu obtenir par lettres son asseii^iraent; Bonaventure eut ainsi commis à d 'autres le soin de procéder^. ..
Quoi qu'il en soit il est peut-être plus vrai néanmoins que le jugement se tint en présence du séraphique docteur, puisque Bernard de Besse, son secrétaire, l'affirme en sa chronique. Le rédacteur de la chronique des XXIV généraux est de cet avis, que soutiennent également les éditeurs des œuvres de saint Bonaventure, à Quaracchi. Nos critiques modernes ne partagent pas tous le même sentiment sur ce point délicat. Le Père Van Ortroy dans les Analecta hollandiana rejette le récit d'Ange de Clarène, lequel écrivit son « Histoire des Tribulations yi cinquante ans après les faits attribués à Jean de Parme et à saint Bonaventure ;il admet d'autant moins le récit des Tribulatibns qu'un autre historien de l'époque n'y fait pas allusion. Salimbene, si fécond dans sa narration, ne dit mot du fameux procès. D'où cette conclusion du savant jésuite : « Le silence du chroniqueur parmesan rend bien suspecte la version d'Ange de Clarène^. »
1. Affô, FitadelB. Giovanni de Parma,c. vi,p. n5. Parma 1777^
2. René de Hautes, Hist. des Spirituels, ch. vu, p. 198. . 3. Analect. bolland., xx, 282.
130 SAINT BOJfAVENTURE.
Quand on souleva le procès contre J«an de Pai-joie, Bonaventare était absent; les accusateurs étaient des hommes de marque dont le pieux ministre ne pouvait suspecter la bonne foi; les instances étaient pressantes, les accusations graves, fort graves. On incriminait Jean de Parme de professer des doctrines iaon seulement erronées, mais hérétiqxies. vEn de telles conjectures le supérieur pouvait-il se soustraire., empêcher la constitution d'un tribunal, dont un cardinal de la sainte Eglise aurait la présidence? Bonaventure avait deux raisons également légitimes de me pas s'abstenir > assister.au procès comme Juge pour condamner si l'accusé se fût réellement rendu coupable d'hérésie; s'y trouver comme défenseur d'un de ses fils, et de sa famille religieuse inculpée en l'un de ses membres. Si le Séraphique se présenta d'abord comme juge, il ne tarda pas à se rendre compte de la vanité et de la fragilité des incriminations portées jalousement contre son vénérable prédécesseur. Il s'en fit le défenseur, le protecteur, heureux d'user de pitié et de fraternelle compassion. Bonaventure sut se montrer en cette pénible occurrence pieux et bon samaritain ; il versa avec bonté le vin d'un zèle charitable, et répandit l'huile d'une miséricordieuse condescendance.
En vertu du chapitre huitième le Ministre Général doit être choisi parmi les frères de cette fraternité, et son devoir est d'être ministre et serviteur de tous.
Les œuvres administratives de Bonaventure nous disent avec quelle sagesse il usa de son autorité, avec quelle bonté il se révéla père, avec quelle humilité il se fit le serviteur de tous ; sa charité ne connut pas d'acception de personnes. Il se fit petit avec les petits.
Père, maître, docteur et serviteur de ses frères,, Bonaventure ne négligea rien de ce qui pouvait contribuer à une formation spirituelle, solide et parfaite de tant d'âmes
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•doiït il savait la cîiarge. ILes nombreux traités qu'il composa pour la direction religieAise de son Ordre, sont ■l'éloquent et le vivant témoignage de son zèle.
« Daas ses Itrifeités, disent les Analecta boUandiana, JîoBaîventuj?e'se révéla comme Y organisateur,provideiitiel de son Ordre... Sans les ordonnances, les instructions et sages règlements de Bonaventure, il esta croire qu'on n'eût pas remonté ia pente. »
<( Tout ce que le saint a écrit, dit le savant P.. Van Oi-taroy, pour la-réforme des siens et pour les défendre^ constitue un fond histoidque de grande valeur; et l'on comprendrait mieux la littérature franciscaine de cette époque si l'on avait une connaissance plus large des lettres et traités où saint Bonav^enture, sans tomber aucunement dansles extra vagances de quelques cerveaux brûlés, s'y efforce de ramener son Ordre à la première ferveur. On comprendrait aussi comment son œuvre de zèle et de ^rénovation jeligieuse n'a pas trouvé grâce devant des théoriciens fanatiques comme Ange de Clareno etiUbertin de Casale , et pourquoila canonisation de ce grand serviteur de Dieu a tardé plus de deux «iècles^,. »
L'œuvre réformatriee de Bonaventure ne cessa pas de sortir ses heureuses conséquences le jour où la mort le coucha dans le tombeau.
Les filles de sainte Claire, les frères et sœurs de la Pénitence ont aussi puisé à la source de son enseignement le secret de la perfection et de la sainteté.
Puisque tel fut jadis le prestige de notre saint qu'il nous soit'donCiperniis de gémir, avec Gerson : « Hélasi Alexandre de iHaïès et Bonaventure isont comme ensevelis dans l'oubli, Mec ceux dont on ne souvient plus, surtout par l'affection du cœur 2».
î. Andl. hoUan,, xvin, 204.
"2. Gerson, in ^adem doctr. S. Bonavent.
De savanls et de saints religieux formaient couronne autour du Ministre général. Un des plus illustres fleurons de cette couronne était sans contredit son prédécesseur le pieux Jean de Parme, homme remarquable parla science et l'esprit religieux, grand ami de la pauvreté et de l'humilité. Au chapitre de Metz, Jean de Parme fit défense à tous ses religieux de lire ou de chanter à l'office du chœur autre chose que ce qui était contenu dans le Missel et le Bréviaire de la Curie, soit pour le texte, soit pour la note, ainsi que le prescrivait la Règle; ordonna de se conformer au rit de l'église romaine qui consistait à placer l'hostie à gauche pendant le sacrifice de la Messe, et à placer sur. le calice une palle distincte du corporal, usage maintenu chez les Chartreux d'avoir un corporal plus long, dont une partie remplace la palle pour couvrir le calice.
Du temps de Jean de Parme, le pape en laSS permit aux Frères Mineurs de chanter aux messes solennelles, et de lire aux messes basses le Gloria et les séquences appropriées pour les messes votives du Saint-Esprit et de la Sainte Vierge. .
Le procès intenté contre Jean ne fit que donner plus d'éclat à sa vertu et à sa sainteté. Sa fête se célèbre dans l'Ordre le 20 mars.
C'est pendant le généralat de Bonaventure que finit ses jours en 1262 le saint frère Égide, un des compagnons de saint François.
A celte même époque vivait le bienheureux Jean de Penna san Giovanni, dans la Marche d'Ancône, que Dieu favorisa du don des miracles et de prophétie.
Un autre magnifique fleuron est le bienheureux Jean de l'Alverne, « dont l'esprit de contemplation le trans porta jusqu'aux sublimités de l'extase, homme si saint que Jésus-Christ daigna lui apparaître, l'inondant de la lumière qui sortait en rayons admirables de la plaie
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de la divine poitrine. Devant cette apparition, Jean, tout embrasé d'amour, se précipita vers le sacré côté du San-' veur, embrassa Jésus qui lui rendit son baiser, puis approchant ses lèvres de l!ouverture du coté de son Dieu sentit la suavité d'un parfum si odoriférant qu'il puisa à cette source un tel don de sagesse qu'ensuite, en sa prédication et sa conversation, il proférait des paroles si merveilleuses et si ardentes que l'âme des auditeurs^ était sur-le-champ transformée. La cour romaine, les rois, les maîtres et les docteurs admiraient comment un homme si peu lettré fût capable de parler avec tant d'élévation, et de traiter les questions les plus abstraites touchant la très sainte Trinité, avec tant de subtilité*. »
Vers les mêmes temps il y avait, un peu dans toiïs les^ pays du monde, bon nombre de fervents religieux qui faisaient la consolation et la joie de leur digne général». Ils étaient nombreux, disent les chroniques, les Frères qui se distinguaient en Espagne par les prodiges et la sainteté. La France, le Portugal, l'Angleterre comptaient aussi les leurs.
Quelques noms suffiront pour donner idée de ce quefurent un peu partout les émules du Séraphique. Déjà l'Angleterre possédai^; toute une pléiade de Frères remarquables par la science et la vertu, qui avaient bénéficié de ï'heureiîse influence de Robert Grossetête,commentateur des ouvrages du pseudo-aréopagité, Denis, ouvrages où Bonaventure puisa largement pour son traité des Sept Dons. du Saint-Esprit. Robert occupait une chaire dans la Faculté d'Oxford depuis 1224. Au dire de Roger Bacon, il connaissait assez peu le grec et l'hébreu, faisait un cas plutôt médiocre des écrits^ d'Aristote; par contre, il excellait dans les sciences naturelles et il encourageait surtout l'élude de la théo-