‹ Saint Boniface (680-755)Chapitre 10 sur 82 · I. Hauck, Kirchengeschiclite Deutschlands ^ t. I, p · texte numérisé non relu

I. Hauck, Kirchengeschiclite Deutschlands ^ t. I, p

a. Si Dominus omnipotens voluerît ut aliquando ad îstas partes remeans, sicut propositiim habeo, penreniam. Epist. 9, p. 5a. La plupart dés historiens sont d'accord pour interpréter cette lettre comme je fais, contre Rettberg, Kirchengesclùclite Deutschlands, t. I,p. 34o, qui veut que Nithard soit un Anglo-Saxon de Bretagne et que la lettre ait été écrite sur le continent.

et protégé, bien que de loin, par le bras puissant du due des Francs.

Il eût pu sembler toutefois que sa nouvelle mission de Frise fût renvoyée dans le domaine des rêves. L^année même de son retour à ^Nursling, il eut la douleur de voir mourir son vieil abbé Winbrecht, et le choix des moines Tappela à lui succéder. Il refusa, se sentant appelé ailleurs. Le conflit ne dura guère, grâce à Tévèque diocésain, Daniel de Winchester, qui vint au secours de son ami et qui s'employa à faire élire à sa place l'abbé Etienne. Winfrid se retrouvait libre. Déjà le second hiver s'était écoulé depuis qu'il avait quitté la Frise, et maintenant, le printemps venu, il était comme l'oiseau qui ouvre l'aile pour regagner la patrie. Il partit enfin en 718 \ muni de lettres de recommandation qui lui avaient été données par Daniel, l'une pour le pape, l'autre, d'une teneur plus générale, et adressée à tous les représentants de la hiérarchie tant spirituelle que temporelle.

Cette fois, l'itinéraire du pieux voyageur indique d'emblée le plan mieux étudié de son voyage. Du port de Londres, un bateau le porta directement à Saint- Josse-sur-Mer en face d'Étaples, à l'embouchure de la Canche, où il devait retrouver des compagnons de voyage. On se rassembla comme les hirondelles ; ce

I. C'est ce qui résulte du récit de Willibald, pp. 44^-443, interprété par Buss-Scherer, p. i5, note s. Jaffé, pp. 44^* admet à tort que Winfrid n'avait regagne TAngleterre qu'en 717.

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n'étaient pas seulement les compagnons de ses futurs travaux qui suivirent Winfrid a Rome, mais aussi de nombreux pèlerins anglo-saxons, qui, fidèles à la coutume de leur nation, s'en allaient faire leurs dévotions au tombeau de saint Pierre. Winfrid, avec ses lettres de créance, était sans doute à la tête de la pieuse caravane. On était à l'entrée de Thiver 718, qui s'annonçait rigoureux. Les voyageurs se mirent en route à pied, s'arrêtant à tous les sanctuaires réputés, pour demander à Dieu un heureux et fécond voyage. De fait, et grâce, dit le vieux biographe, à la protection des saints, on arriva sans encombre à Home. La première visite de Winfrid et de ses compagnons fut pour Saint- Pierre, où ils déposèrent leurs offrandes en remerciant le Christ de l'heureuse issue de leur voyage.

Quelques jours après, Winfrid était admis à l'audience du pape Grégoire II, et lui remettait la lettre de Daniel de Winchester. Le pape était un digne héritier du nom et du zèle de Grégoire I. Sa pensée s'était tournée depuis longtemps vers la race germanique, et, dès 716, il avait envoyé son légat en Bavière avec mission de réformer l'Eglise de ce pays. Il reçut notre pèlerin le sourire aux lèvres, le garda auprès de sa personne pendant tout le reste de l'année, et eut avec lui de fréquents entretiens au cours desquels il put se convaincre quel vigoureux ouvrier le royaume de Dieu venait d'acquérir dans ce modeste moine de Bretagne. Enfin, le jugeant suffisamment instruit de sa mission et pénétré des enseignements de la chaire romaine, il

le laissa partir au milieu du mois de mai 719, en le chargeant, par une lettre datée du i5 de ce mois, de porter la parole de Dieu aux peuples plongés dans les ténèbres de ridolâtrie*. Conçue dans les termes les plus généraux, cette lettre d'investiture donnait une grande latitude à Boniface pour prêcher rËvangile aux idolâtres, et montrait la confiance que dès lors il avait su inspirer au pape, qui l'appelait son collaborateur dans le ministère de la parole de Dieu'. La bulle du souverain pontife contenait à Tusage du missionnaire une double recommandation : dans Tadministration des sacrements, se conformer aux règles en vigueur dans la liturgie romaine, et dans les cas difficiles, en référer au Saint-Siège'.

Comme pour exprimer par un symbole éloquent cette transformation qui s'accomplissait dans la per^ sonne du moine anglo-saxon devenu le familier de saint Pierre, le pape changea le nom de Winfrid en celui de Boniface, de même que précédemment il avait changé celui de Willibrord en celui de Clément. Le futur apôtre entrait dans la hiérarchie catholique avec ce nom qu'il devait rendre célèbre; à partir de 719, il ne signa plus d'un autre, et peu à peu ses correspondants laissèrent tomber celui de Winfrid dans les lettres qu'ils lui adressaient*.

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