‹ Saint Boniface (680-755)Chapitre 12 sur 82 · Willibald, /. c · texte numérisé non relu

Willibald, /. c

moissons de Dieu, qu'il réunissait des gerbes qui étaient formées d'âmes d'élus, et qu'il les portait dans les greniers du royaume céleste. Tel est le récit qu'il fit luimême à une religieuse d'Angleterre avec laquelle il correspondait ^

Arrivé en Frise, Boniface alla trouver à Ulrecht son vénérable compatriote saint Willibrord, qui venait de rentrer dans son diocèse, et dont le labeur apostolique était rendu plus lourd encore par la récente persécution de Radbod. L'arrivée d'un auxiliaire jeune et vigoureux, qui lui apportait un écho de Rome, fut pour lui une consolation et un réconfort. Boniface travailla trois ans' avec le saint vieillard, détruisit les idoles, bâtit des églises, et convertit un bon nombre d'infidèles. Willibrord, qui sentait arriver l'âge de la fatigue, crut avoir trouvé en lui le coadjuteur, voire même le successeur qu'il avait rêvé : d'accord avec son clergé, il voulut lui imposer les mains. Boniface refusa l'honneur, alléguant qu'il avait reçu du pape la mission d'un apôtre auprès des infidèles, qu'il ne pouvait pas s'y dérober en se confinant à jamais dans un seul diocèse, que d'ailleurs,

I. Epist. i6, p. 74. La lettre du saint est perdue ; celle que je cite est la réponse de sa correspondante Bugga.

3. Willibald, c. 5, p. 447* ^^ ^^t bien superflu de réfuter les chiffres donnes par l'anonyme de Munster (Acta Sanctorum, t. I de juin, p. 48a A), de Liudger (F^ita tanctî Gregorii^ op. cit,, t, I de juin, p. 484 A), et du Pseudo-Marcellin, Fita S, Sttidberti, V. Buss-Scherer, p. 65, note i. Peut-être y a-t-il lieu d'attribuer plus de crédit au récit de Liudger sur les trois endroits où Boniface aurait pour lors résidé en Frise.

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il n'était pas digne de Tépiscopat, et qu'il n'avait pas même atteint Tâge canonique, qui était de cinquante ans^ Il supplia même Willibrord de lui donner son congé, sans doute pour éviter toute nouvelle demande de ce genre, et Willibrord consentit à lui accorder ses lettres d'exeat. C'est ainsi qu'en ^722, quittant le terrain qu'il avait arrosé de ses premières sueurs, Boniface regagna l'intérieur de l'Allemagne, prêt à se rendre partout où l'appelleraient les besoins des

âmes *•

Sur sa route, il lui arriva de s'arrêter dans la riante vallée de la Moselle à l'abbaye de Pfalzel [Palatio^ lum), prés de Trêves, une de ces maisons religieuses, si fréquentes à cette époque, qui avaient assumé la charge spéciale de donner l'hospitalité aux missionnaires d'outre-Manche. L'abbesse de ce monastère * fondé dans un domaine royal était Addula, fille du roi Dagobert II, et sœur de la princesse Irmine qui, à peu de distance de Pfalzel, présidait au gouvernement de l'abbaye d'Oeren. Addula, qui avait quitté le monde en devenant veuve, était en rapports avec l'Angleterre, et nous possédons une lettre de l'abbesse anglo-saxonne Aelfled, lui recommandant une religieuse qui allait en pèlerinage à Rome '. Au moment où Boniface y fut reçu, elle avait auprès d'elle son petit-fils Grégoire, adolescent de i4 à i5 ans, fils

i« V. la note de Buss-Scherer, p, 66.

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