‹ Saint Boniface (680-755)Chapitre 14 sur 82 · I. Epist, a8, p · texte numérisé non relu

I. Epist, a8, p

a. Willibaid, c. 5 in fine^ p. 44B, et 6, p. 449*

sur le point de succomber au trouble et au découragement, il ne trouvait de réconfort qu'au souvenir des amis qui priaient pour lui, là-bas, dans la patrie au delà des flots. Son bon vieux maitre Daniel de Winchester dut plus d'une fois recevoir les confidences de l'exilé, qui lui soumettait ses doutes et qui lui demandait ses conseils. C'est à une lettre de Boniface, aujourd'hui perdue, que répondent, vers cette date, les instructions de Daniel sur la manière d'évangéliser les barbares. Ecoutons- les :

« Il ne faut pas, selon le vieil évêque, combattre directement les erreurs des païens ni contester la généalogie de leurs dieux ; il faut procéder par questions discrètes et les faire s^expliquer sur leurs croyances. On les amènera d'abord à reconnaître que leurs dieux n'ont pas toujours existé, qu'ils sont nés par génération à la manière des hommes. Et le monde, demandera-t-on, a-t-il existé de tout temps ? S'il a commencé, qui est-ce qui l'a créé ? Ce ne sont pas leurs dieux, à coup sûr; il n'y en avait pas avant qu'il existât, puisqu'ils n'auraient eu ni séjour ni moyen de vivre. S'ils disent qu'il n'a pas commencé, il faut leur montrer que cela est impossible, leur demander par qui il a été gouverné avant les dieux, comment ils s'y sont pris pour se l'assujettir, et quelle est l'origine du premier dieu ? Les dieux et les déesses continuentils de se reproduire ? Si non, pourquoi ne le font-ils plus ? Quel embarras pour les hommes de trouver le

plus puissant de ces dieux, et quelle crainte de Toffenser en ne lui oflrant pas leurs hommages ! Puis, en Yue de quoi adore-t-on les dieux ? Des biens qu'on en reçoit, ou de la félicité éternelle ? Si c'est en vue des biens, qu'on nous montre donc en quoi les païens sont plus favorisés que les chrétiens ! En quoi fait-on plaisir aux dieux par des sacrifices, puisqu'ils possèilent tout? Pourquoi tolérent-ils que les biens qu'on leur offre appartiennent k leurs fidèles? S'ils en ont besoin, pourquoi ne les ont-ils pas pris pour euxmêmes, et plus grands ? S'ils n'en ont pas besoin, comment cspère-t-on les apaiser en leur offrant ce dont ils n'ont que /aire ? Tout cela doit être exposé avec douceur et modération, non sur le ton d'une controverse passionnée et inî tante.

€ De temps en temps, une comparaison faite comme en passant entre ces rêves de la mythologie païenne et les doctrines du christianisme fera le plus grand bien : les païens seront plus honteux qu'irrités de cette réfutation indirecte de leur fausse croyance, et, au surplus, il est bon de leur montrer à l'occasion que si on combat leurs doctrines, ce n'est pas qu'on les ignore.

« On peut encore arrêter l'attention d'un auditoire païen devant cette autre question : Si les dieux sont tout-puissants, bienfaisants et justes, ils doivent récompenser leurs adorateurs, et punir ceux qui les méprisent. Mais alors comment expliquer la prospérité des chrétiens, qui leur ont presque enlevé le

monde entier, et qui sont en possession des régions les plus riches et les plus fertiles, ne laissait aux sectateurs des dieux que les contrées glaciales où, chassés pour ainsi dire de toute la terre, ils ne gardent plus qu'un semblant de règne ? On doit insister sur ce point que les chrétiens constituent presque Thumanité entière : qu'est-ce, en comparaison d'eux, que le petit troupeau des idolâtres restés fidèles à l'antique erreur ? Il ne faut pas laisser les païens sous l'empire de cette idée fausse, que le culte des dieux serait légitime parce qu'il existe de toute antiquité. Oui, le monde entier a été livré aux idoles jusqu'à ce que Jésus-Christ soit venu enseigner la vérité. Cela est si vrai que les chrétiens eux-mêmes doivent laver leurs enfants dans les ondes du baptême, sinon ih ne seraient pas débarrassés de la souillure originelle*. »

Telle était la méthode d'évangélisation que le vieil évêque de Winchester recommandait à son ancien disciple. Elle s'inspirait de l'esprit de saint Grégoire le Grand, qui, un peu plus d'un siècle auparavant, avait donné un programme semblable à saint Augustin. La méthode de saint Grégoire avait produit des fruits rapides en Angleterre, et les prélats de ce pays pouvaient la recommander avec une entière confiance à ceux des leurs qui évangélisaient h leur tour des pays barbares.

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