I. Willibald, c. 6, p. 45i
BoniPace s'est rendu compte de la grandeur du secours que lui prêtait ainsi le prince, et il s'en est exprimé plus tard en termes non équivoques, lorsqu'il écrivit à son vieil ami Daniel de Winchester que, sans un patronage si efficace, son apostolat était en grande partie entravé*.
Désormais, l'avenir de la mission de Germanie était assuré. Ce n'était plus un simple missionnaire anglo-saxon, c'était un évèque venu du centre de la chrétienté, c'était un prince de l'Église, un représentant du pape et un protégé du souverain qui était auprès des barbares de la Germanie le porteur de l'Evangile. Boniface pouvait regagner avec confiance le théâtre de ses travaux.
Il trouva sa mission en bon état. Les conversions de la première heure s'étaient maintenues, puisqu'on le voit, à peine revenu de Rome, qui distribue pour la première fois la confirmation aux fidèles, et elles se multiplièrent après son retour. C'est alors que, sur le conseil de ses néophytes, il conçut un projet hardi, auquel il n'aurait probablement jamais pensé auparavant. Pour donner aux païens de la Hesse une preuve décisive de l'impuissance de leurs dieux, il résolut d'abattre le chêne sacré de Thor, qui s'élevait sur la montagne de Gudenberg, à
I. Sine patrocînio principis Francorum nec populum ecclesiae regere, nec presbiteros vel clericos, monachos vel ancillas Dei defendere possum, nec ipsos paganorum ritus et sacrilegia idolorum in Germania sine iilîus mandato et timoré prohibere valeo. £pist, 55, p. 159.
Geismar, à Touesl de Fritziar. Le culte des arbres et des sources était un des éléments essentiels de la religion des anciens Germains; on conçoit les sentiments que devait leur inspirer Taudacc du missionnaire portant la cognée sur le chêne divin, et, sans doute, ils la lui auraient fait payer cher, si le sauf-conduit de Charles Martel ne Tavait protégé contre leur fureur. Au surplus, la conviction que le dieu outragé saurait punir lui-même son blasphémateur devait leur permettre d'assister au sacrilège avec un calme relatif. Mais l'arbre, à peine entamé par les haches de Boniface et des siens, tomba, dit le biographe, renversé par un vent impétueux, et se fendit en quatre. Un grand nombre de païens, convaincus par cette espèce de jugement de Dieu, se convertirent sur Theure à la foi chrétienne. Une chapelle dédiée à saint Pierre, que Boniface éleva avec le bois du chêne de Thor à l'emplacement de ce triomphe, en conserva le souvenir à la postérité*. C'était encore l'esprit de saint Grégoire qui s'affirmait ici, dans la sollicitude avec laquelle le culte nouveau restait fidèle aux lieux consacrés par la prière païenne*.