I. Episi, 55, p. i6o
3. Meo tuoqiie clienti Wynfrido, écrit le roi Aethelbald de Mercie à saiot Aldhelm en parlant de lui, Epist» 5, p. Sy.
Selon toute probabilité, le programme des études de Winfrid a Nursling aura comporté les sept arts libéraux \ mais, à ce qu'il semble, avec une certaine prépondérance accordée à la poésie et à Texégèse. Il ne paraît pas être resté sans notions de grec, à en juger d'après quelques mots empruntés à cette langue qui émaillent sa correspondance, mais c'est surtout le latin qui fut l'objet de son étude assidue. Il apprit tout ce qu'on en savait pour lors dans les monastères anglo-saxons. La métrique, tout particulièrement, n'eut pas de secret pour lui : et Dieu sait si elle était devenue compliquée et abstruse, en un temps où la difficulté vaincue était en quelque sorte le seul mérite qui restât à la poésie savante. Comme poète, Winfrid trahit à tous les points de vue le temps et le milieu d'où il sort : sa poésie est bien la combinaison de la décadence latine avec la barbarie saxonne. La prédilection pour l'énigme et pour l'allégorie, le goût de l'allitération et de l'acrostiche, l'emploi de termes grecs en latin, les constructions étranges de poèmes à figures géométriques, toutes ces bizarreries se retrouvent au même degré chez Aldhelm comme chez Winfrid, et, chez l'un comme chez l'autre, ce qu'elles ont d'un peu puéril est racheté parles préoccupations d'ordre moral qui reparaissent au milieu de leurs jeux d'esprit pour les
I. V. ce programme dans saint Aldbelm, De Laudibus ptrgi" nltatis, col. 35 et dans Epistola ad Acircium de Sepienario^ col. 167 (Migne, Patrologie latine^ t. CXXXIII).
ennoblir. On aurait tort d'en sourire ; ils étaient pour les hommes d'alors un instrument de culture littéraire, et on ne s'expliquerait pas autrement la fidélité qu'un ascète comme Winfrid gardera à ces exercices de sa jeunesse, terminant une lettre au souverain pontife lui-même par une effusion lyrique en vers de sa façon*.
Au surplus, ce ne sont pas les œuvres des poètes profanes, mais les livres saints qui prirent le meilleur de l'esprit du jeune moine. L'exégèse d'alors roulait surtout sur l'explication du quadruple sens des écritures : littéral ou historique, allégorique, moral et anagogique*. Winfrid approfondit cette étude difficile et y devint un maître : il mérita que plus tard un des princes de l'Église d'Angleterre, saint Cuthbert de Cantorbéry, le glorifiât d'avoir pénétré avec tant de bonheur les mystères de l'Ecriture sainte*. Il les étudia toute sa vie, les emportant partout, dans ses courses de missionnaire et dans ses plus obscures retraites de moine, et jusque dans le suprême voyage qui devait être couronné par le martyre. Le seul luxe qu'il se permît, c'était de les posséder en lettres d'or; toute sa correspondance est remplie de
citations qui attestent le plus intime commerce avec les oracles de la sagesse divine .