V. saint Aldhelm, De Laudibus virgtnitatis ^ c
3. Tarn prœclaruiu speculalorem cœlestis bihliothecac. Epist, io8, p. aôa.
Au bout de quelques années, Winfrid avait acquis une telle maîtrise dans ses études que son abbé crut pouvoir lui confier la mission d'enseigner ce qu'il savait si bien. Il le chargea donc, à ce qu'il paraît, de la direction de Técole abbatiale. Winfrid apporta dans ces fonctions la conscience et le zèle qu'il mettait à tout ; on peut ajouter qu'il y prit la passion de son métier. Une grammaire latine qu'il rédigea à l'usage de ses élèves nous est restée fortuitement, et il est intéressant de constater qu'une carrière si hnute a débuté par de si humbles travaux*. Son enseignement était fort goûté; les disciples afQuaient autour de la chaire du maître qui jetait de l'éclat sur le monastère de Nursling. Il les charmait par son talent et les conquérait par sa bonté; tous les élèves que nous lui connaissons sont restés ses amis. Ses écrits didactiques se répandirent même au delà des murs de son abbaye, et ses disciples les plus dociles comme les plus enthousiastes, ce furent peut-être ces pauvres religieuses qui, dans leur soif de savoir, se passaient de main en main les cahiers du maître et se mettaient de loin sous sa direction *.
Ce qui est touchant dans la vie de ce professeur, c'est qu'il ne s'enferme pas dans les satisfactions intellectuelles de sa profession, c'est que le lettré,
I. Sur cette grammaire, composée principalement d^extraits de Donat, avec quelques emprunts à Charisius, à Diomède, à Probus et à Isidore de Séville, voir l'Appendice critique à Ja fin de ce volume.
a. Wiilibald, c. a, pp. 433-436.
en lui, ne supprime pas le missionnaire. H ne garde pas sa science pour sa classe, et son biographe se plaît à nous le montrer préchant les grands et les petits, et leur inculquant les vérités de la foi avec une éloquence dont le caractère était celui de Thommë lui-même : la douceur alliée à la force. Ainsi, dès ses débuts, Tapôtre apparaissait dans le moine, et un lettré studieux mettait au service de Pun et de l'autre les trésors de la science sacrée. L'apôtre y trouvait des thèmes pour l'enseignement des multitudes, le moine y puisait des conseils de vie évangélique. Caria science des Écritures, dit le biographe, n'était pas chez Winfrid une vaine érudition; elle lui servait surtout à pratiquer les commandements de Dieu*.
Ni ses études, ni le double labeur de l'enseignement et de la prédication n'empêchèrent Winfrid de vaquer, comme le dernier de ses frères^ aux occupations de son état. II fut un modèle de l'accomplissement de tous les devoirs monastiques. Assidu aux offices, même à ceux de la nuit, zélé pour le travail des mains, chaste, humble, obéissant, charitable, doux et ferme à la fois, toujours maître de lui, il réalisait le type de ces natures fortes et sereines que les premiers siècles ont vues en si grand nombre sous le froc. Un trait que son biographe a relevé chez lui, c'est qu'il ne buvait jamais ni vin, ni aucune liqueur