I. Epist, 59, p
de Boniface, il convient de réserver, cette fois encore, la place d'honneur à Lioba. Nulle n'a joui à un plus haut degré de la confiance et de Taffection de son saint maître, nulle n'a été, si Ton peut employer cette expression, plus près de son cœur. C'est elle qui, avec l'élan et la naïveté de la jeunesse, prit l'initiative des relations épistolaires qui devaient bientôt l'amener auprès de lui, en Allemagne, où elle était appelée à devenir sa collaboratrice la plus intelligente et la plus dévouée, a Je supplie votre Clémence, lui écrit-elle, de vous souvenir de l'amitié qui vous unissait jadis en Wessex à mon frère Dynne, mort depuis huit ans, et de ne pas l'oublier dans vos prières. Je vous demande aussi de vous souvenir de ma mère Aebbe, votre parente, et puissé-je, bien qu'indigne, mériter de vous avoir pour frère I Aucun homme de ma famille ne possède ma confiance au même degré que vous. Je vous envoie ce petit présent, non qu'il soit digne de vos regards, mais pour que la longue distance qui nous sépare ne vous fasse pas oublier mon souvenir, et que le lien de notre affection se resserre à jamais. Frère bien aimé, je vous demande avec instance d'être protégée par le bouclier de vos prières contre les flèches empoisonnées de l'ennemi. Puis, je vous prie encore de daigner corriger le style rustique de cette lettre, et m'envoyer quelques-unes de vos bonnes paroles; je suis avide de les entendre.
« Je me suis évertuée à composer les vers ci-dessous suivant les règles de la tradition poétique, non par
130 SAINT BOiNIFACE.
une téméraire confiance dans mon talent, mais pour exercer les débuts de mon fréle esprit et parce que j'ai besoin de votre assistance. J'ai appris cet art auprès d'Eadburg, qui ne cesse de s'absorber dans l'étude de la loi de Dieu. Au revoir, vivez longtemps, vivez heureux, et priez pour moi\ >
C'est avec cette aimable familiarité, tempérée de respect et de vénération, que débute la correspondance de Lioba avec Boniface. Combien il faut regretter que nous n'en possédions, pour ainsi dire, que cet unique spécimen!
De Boniface à Lioba, nous n'avons conservé qu'un simple billet', plus une lettre collective à ses trois abbesses, parmi lesquelles se trouve notre sainte. Dans ce dernier document, le ton de l'évèque a une gravité et même une solennité exceptionnelles ; c'est un père qui parle à ses filles, mais à des filles qui sont ses collaboratrices intelligentes et qui méritent qu'il leur ouvre son âme tout entière. « Je vous supplie, et je vous ordonne comme à des filles très chères, de ne pas cesser de prier Dieu pour moi, pour que ce Dieu, qui est le refuge des pauvres et l'espérance des humbles, nous délivre de nos besoins et des tentations de ce siècle mauvais, pour que sa parole parcoure le monde et que l'Évangile du Christ soit glorifié, pour que la grâce ne reste pas stérile en moi, et, puisque je suis le dernier et le moindre de