‹ Saint Boniface (680-755)Chapitre 54 sur 82 · I. Epist, a3, p · texte numérisé non relu

I. Epist, a3, p

a. Epist, 93, p. a4o.

tous les légats que le Saint-Siège apostolique a envoyés prêcher révangile, pour que je ne meure pas sans avoir produit aucun fruit de salut. Puis, priez pour que je ne revienne pas de ma tâche les mains vides, pour que Dieu ne me demande pas compte du talent enfoui, pour qu'au lieu de récompense je ne reçoive pas de Celui qui m'a envoyé le châtiment d'un labeur infructueux. Car, hélas I beaucoup de ceux en qui je me plaisais à voir des brebis faites pour être placées à la droite du Christ au jour du jugement sont devenus, au contraire, des boucs fétides et lascifs, et seront un jour placés à sa gauche. Donc, demandez à Dieu de fortifier mon cœur, moi qu'il a voulu appeler, quoique indigne, pasteur de son peuple, afin que je ne fuie pas à la manière d'un mercenaire quand viendra le loup ravisseur, mais qu'à l'exemple du bon pasteur je protège les agneaux et les brebis, c'est-à-dire l'Église catholique avec tous ses enfants contre les hérétiques, les schismatiques et les hypocrites. Puis, les jours étant mauvais, soyez pleines de prudence et comprenez quelle est la volonté de Dieu. Affermissez- vous dans la foi et agissez virilement. Que toutes vos œuvres se fassent en esprit de charité, et, selon l'Évangile, vous posséderez vos âmes dans la patience. Souvenez- vous aussi des saints apôtres et prophètes. Ils ont beaucoup travaillé dans le Seigneur, c'est pourquoi ils ont obtenu la récompense éternelle, selon le mot du psalmiste : « Les tribulations du juste ont été nom-

breuses, mais le Seigneur l'en a délivré » , et selon la parole de TÉvangile : « Celui qui aura persévéré jusqu'à la fin sera couronné*. »

Ce n'est pas le père ni l'évêque, c'est l'ami et le frère que nous allons entendre dans les pages suivantes. Le sérieux et la gravité de Boniface ne permettent pas, il est vrai, de trouver dans sa correspondance avec des. femmes une grande différence entre la parole de l'ami et celle du maître, mais, par contre, l'accent des lettres qu'il reçoit a quelque chose de plus vibrant et de plus ému; on y sent pleurer des âmes.

L'abbesse Eadburg, de l'île de Thanet, qu'on croit de sang royal, est une des correspondantes les plus assidues de Boniface*. C'était une de ces religieuses jouissant d'une haute culture intellectuelle et zélée pour la multiplication des livres; c'est elle, croit-on, qui avait appris l'art des vers à Lioba. Boniface lui raconte longuement, à sa demande, la vision du ressuscité de Wenlock, dont l'histoire passionnait alors les esprits'. A plus d'une reprise, il la remercie avec effusion de ses envois de livres, cette lumière spirituelle qui vient réjouir l'exilé de Germanie*, et il exprime l'espoir que Dieu la récompensera

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