‹ Saint Boniface (680-755)Chapitre 7 sur 82 · I. Willibald, c. 3, pp · texte numérisé non relu

I. Willibald, c. 3, pp

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fermeotée, et, cette pratique de Tabstmence totale, il devait l'introduire plus tard dans son monastère de prédiiection, à Fulda. Peut-être y a-t-il dans ce trait d'austérité quelque chose de plus que Famour de la mortification : il écrit quelque part que l'ivrognerie est le vice dominant de ses compatriotes^ et nous pouvons voir dans Thorreur qu'elle lui inspire quelque chose comme la réaction généreuse du chrétien et du patriote contre un fléau national.

Lorsqu'il eut atteint Tâge canonique de trente ans^ le choix de son abbé et de ses frères l'appela aux iionneurs du sacerdoce. En ces temps reculés, les moines étaient encore compris dans Tordre des laïques, et la prêtrise n'était conférée qu'à quelquesuns d'entre eux, pour la satisfaction des besoins religieux de la communauté. Winfrid fut donc, dans le sacerdoce comme dans l'enseignement, l'élu de ses frères. C'était vers 710.

A quelque temps de là, un concile dont les actes n'ont pas été conservés se réunissait en Wessex avec le concours du roi Ina. Les questions qui y furent traitées semblent avoir été de quelque importance, car les prélats réunis décidèrent de demander l'assentiment de Berchwald, archevêque de Canterbury. Lorsqu'il s'agit de choisir l'homme qu'on députerait auprès du primat d'Angleterre, ce fut Winfrid qui eut l'honneur d'être proposé, non seulement par son

I. Eplst. 70, p. aïo : Hoc enîm malum spéciale est paganorum et nostrœ gentis, etc.

propre abbé, mais encore par ceux de Tysbury et de Glastonbury. Le choix fut heureux, Winfrid s'acquitta à la grande satisfaction du concile de sa mission, qui parait avoir été délicate. Elle lui valut, avec la sympathie du prélat auquel il avait été député, la reconnaissance du roi et de tous les évêques du royaume. Il fut dès lors un personnage; plusieurs autres conciles voulurent Tavoir dans leur sein, et sa réputation se répandit partout. Quand plus lard on le verra rester en correspondance avec les rois et les évêques de toute TAngleterre, quand on verra des colonies entières de religieux et de religieuses quitter leur patrie à son seul appel pour aller partager ses travaux, il faudra se souvenir de cette popularité de bon aloi qui entourait le nom du pauvre moine de Nursling*.

Ainsi s'ouvrait devant lui un brillant avenir dans sa patrie. Élevé au-dessus de ses frères par la science et par la vertu, ayant attiré sur lui l'attention de tout ce qu'il y avait de grand dans le Wessex, y compris le roi et les évêques, respecté, aimé, admiré, il pouvait entrevoir l'heure où la confiance publique irait le prendre dans sa cellule pour le placer sur un siège épiscopal. Mais le cœur de Winfrid était étranger à l'ambition et insensible aux honneurs. Il avait un idéal plus élevé. Comme tant d'autres âmes généreuses, il avait entendu dès l'aurore de la vie cette

I, Willibald,c. 4, pp. 438-44o.

parole qui dit a Télu de Dieu : « Sors de ton peuple et du pays de tes pères, et va dans la terre que je t'ai préparée ». Il se sentait pressé de porter TÉvangile aux peuples assis dans les ténèbres de la mort, et de travailler, dans la mesure de ses forces, h dilater le royaume de Dieu.

Quand cette seconde vocation était-elle éclose en lui? Était-elle aussi ancienne que sa vocation monastique, ou bien était-elle née dans la méditation du cloître et pendant le cours de ses prédications populaires ? Dans quelle mesure le courapt national qui entraînait liors de la patrie tant de ses compatriotes a-t-il agi sur lui? Nous Tignorons, mais son biographe semble expliquer sa détermination par un progrès de sa vie religieuse et par le désir d'échapper aux honneurs dont il était menacé. Quoi qu'il en soit, la vocation de Tapôtre fut aussi ferme et aussi solide que l'avait été celle du moine. Elle fut mûre surtout : il était dans toute la plénitude de sa force et de son talent lorsqu'il se décida à y obéir. Comme toutes les vocations, elle passa par l'épreuve. Son abbé, à qui il s'en était ouvert, refusa d'abord de se séparer du meilleur de ses religieux, et ne céda qu'après une longue résistance. Alors Winfrid put partir.

Pas un instant il n'avait hésité sur son itinéraire. Le but de son voyage, c'était la Germanie, la terre des aïeux. Et aucune région de ce grand pays ne sollicitait davantage le zèle du missionnaire angle-

saxon que la Frise. Elle était située à Topposite de File de Bretagne. On n'avait que le canal à franchir pour voir apparaître les rives basses de cette région . Il semblait que de ses bords devait incessamment arriver à roreille des ouvriers évangéliques de Tîle la parole du Macédonien à saint Paul : « Passe la mer et viens à notre secours* ». "

La Frise était d'ailleurs comme la terre classique du paganisme. Elle semblait résister à la Rome des papes avec la même furie d'indépendance qu'à la Rome des empereurs. Les armées franques n'étaient pas encore parvenues à la dompter. Les premiers missionnaires, saint Arnaud et saint Eloi, n'avaient fait qu'y passer; elle était comme tenue en réserve pour le zèle des Anglo-Saxons. Dès 678, l'illustre archevêque d'York, Wilfiid, qui fut, par ses épreuves, comme une image de saint Athanase et un précurseur de Thomas Becket, y avait reçu l'hospitalité chez le duc Aldigisil, païen humain et tolérant qui, en lui faisant accueil, avait encore le plaisir de braver les Francs, car Ebroïn l'avait invité à assassiner le généreux confesseur. Depuis lors, plusieurs ouvriers évangéliques venus d'Angleterre avaient abordé en Frise , où ils avaient travaillé avec plus ou moins de succès. Mais le plus grand d'entre eux, celui à qui revient la gloire immortelle d'avoir appelé ce peuple à la vie chrétienne, ce fut Willibrord. Depuis son retour de Rome,

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