‹ Saint Boniface (680-755)Chapitre 62 sur 82 · I. EpUt, Si., p · texte numérisé non relu

I. EpUt, Si., p

à Cologne même qu*elle avait été combattue avec le plus d'acharnement. Et ce qui caractérise bien la situation religieuse de Tempire franc, même après toutes les réformes décrétées par les conciles, c'est que les opposants finirent par l'emporter. Boniface ne parait pas même avoir été intronisé à Cologne, et dans tous les cas, il renonça si complètement à son nouveau siège que, quelque temps après, il se laissa donner celui de Mayence.

L'échec fut sensible, non seulement pour la personne de Boniface, mais aussi pour l'œuvre de réforme. L'organisation hiérarchique des diocèses de l'empire franc en provinces ecclésiastiques était une des maîtresses pièces de son œuvre, et la voilà qui semblait sur le point de s'effondrer. Car, en même temps que la métropole colonaise sombrait dans la tempête, les sièges archiépiscopaux de Sens et de Reims disparaissaient également. Le pape, qui avait déjà accordé le pallium aux titulaires de ces trois sièges, fut aussi stupéfait qu'indigné d'un revirement aussi brusque, aussi peu justifié. Il n'y put rien changer toutefois, et l'organisation métropolitaine de TÉglise franque resta provisoirement inachevée. Il n'y eut en tout que deux métropoles : Rouen pour la Gaule, et Mayence au lieu de Cologne pour la Germanie. Tout cet ensemble de faits, mal connus et mal expliqués, et qui doit s'être passé de 744 ^ 74^? P^ut être considéré comme la revanche des évêques prévaricateurs qui ne voulaient pas du contrôle des métropolitains, et

l'archevêché de MAYENGE. 145

qui, pourcoiorer leur irréductible oppositlou, ne craignaient pas d'invoquer les prétextes les plus bautement injurieux pour le Saint-Siège*.

Boniface n'était pas de ceux qui boudent les événements, mais plutôt de ceux qui s'en accommodent, et qui, des plus fâcbeux, s'entendent à tirer encore quelque bien. Il ne marchanda pas son dévouement à l'église de Mayence. 11 y trouva, non le repos de sa vieillesse, mais de nouveaux et méritoires labeurs; il y fut d'ailleurs suivi par les épreuves. Une des plus sensibles, on peut le croire, et qui le frappa dès le début de son nouveau pontificat, ce fut la retraite de Carloman. A la fleur de l'âge et au comble de la puissance, ce prince disait adieu à toutes les joies de ce monde pour aller, comme les rois anglo-saxons, se cacher sous le froc monastique dans une abbaye italienne (747)' C'était le plus sincère et le plus généreux protecteur de Boniface qui disparaissait. Peu de temps après, son vaste diocèse était mis à feu et à sang par Grifon, qui, rêvant sans doute de se tailler une part dans l'héritage de son frère, venait de s'allier avec les Saxons païens et d'envahir la Thuringe. Ce fut une désolation amère pour le vieux pasteur qui voyait ses églises incendiées, ses fidèles massacrés et sommés d'abjurer, et le frère de ses rois présider lui-même à l'œuvre sauvage des destructeurs*.

1. V. Epist, 49, p' ï^l- La letlre du pape Zacliarie est Ju 5 novembre 744. et l'abandon du siège de Cologne par Boniface a lieu à la fin de 745 ou au commencement de 7 ;().

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