pist, 58, p
nous envoyons à Virgile une citation à comparaître devant nous, pour qu'il s'explique et qu'il soit frappé des peines canoniques, s'il se trouve, après enquête, qu'il est coupable d'erreur*. » On a eu singulièrement tort de voir dans les idées attribuées ici à Virgile la doctrine des antipodes, et de faire un crime a BoniPace et au pape de la réprobation dont ils les frappent. Il ne s'agit, en somme, que d'une opinion assez extravagante, qui n'allait à rien moins qu'a troubler les idées des fidèles sur l'unité du genre humain et sur l'efficacité de la Rédemption, et les historiens se seraient épargné bien des livres, si plus d'un d'entre eux ne s'était laissé séduire par l'espoir de trouver ici un argument contre l'infaillibilité du souverain pontife. Au surplus, si notre Virgile est le même qui, peu de temps après, devint archevêque de Salzbourg, et dont le nom figure au catalogue des saints, il faudra convenir que les accusations portées contre son orthodoxie étaient peu fondées, ou bien qu'il n'a pas lardé à abjurer ses
erreurs*,
I. Epist. 66, p. 191 : De perversa autem et iuîqua doclrina, quœ contra Deum et animam suam locutus est, si clariiîcatum fuerit, ita eiim confîteri : quod alius mundus et alîi homines sub terra sint sciisol et luna, hune, habito consilio, ab ecclesia pelle, sacerdotii honore privatum, etc.
3. Sur la question, v. Bartolini, Di s, Zaccariapapa^ pp. 38o- 388, et Goriui dans Défense de C Église contre les erreurs hîstO" riques, chap. xiii. Au surplus, il y a diverses manières d'interpréter le débat de Boniface avec Virgile. Selon Reinerding, Der h. Bonîfacius^ p. iSg, il n'est pas invraisemblable que
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Tout entier aux sollicitudes et aux labeurs de son ministère, et, en grande partie, confiné désormais dans son archidiocèsc, Boniface laissa passer, sans y prendre part, les plus importants événements de la politique d'alors. On a supposé qu'il a été le principal négociateur franc auprès du pape dans la grosse question de Tavènement de Pépin. C'est une erreur. Boniface, étranger au royaume franc par son origine, l'était plus encore à la politique par la tournure de son esprit, et les choses temporelles restaient étrangères à ses préoccupations. Dans sa vaste correspondance, où il s'ouvre si familièrement à ses amis de tout ce qui lui tient au cœur, il n'y a pas de place pour les affaires d'Etat, et les drames politiques ont beau agiter les milieux qui l'entourent, ils passent sans laisser de trace dans le livre de sa vie.
Ce n'est pas qu'il se soit personnellement désintéressé de ce qui touchait de si près a un prince qu'il aimait, et on sait qu'un de ses disciples, Burchard de Wûrzbourg, de concert avec Fulrad de Saint- Denis, a négocié en cour de Rome le changement de dynastie. Mais la part de Boniface lui-même dans cette importante affaire ne dépassa pas celui d'un
Virgile aurait rëellement enseigne la doctrine des antipodes, mais aurait ëtë mal compris par saint Boniface ou par les bailleurs de renseignements du saint. D^aulre part, Seiiers, p. 4^4» ^^ Fischer, p. i;;3, admettent que la doctrine des antipodes, qu'ils croient prêchée en réalité par Virgile, était mêlée d'erreurs qui justifiaient l'opposition de Boniface.
témoin sympathique, et son nom n'est pas prononcé clans les sources qui nous en font le récit.
SI, la chose décidée, il sacra solennellement Pépin à Soissons, il le fit en qualité de légat dtt pape, et parce qu'il convenait que le représentant de la plus haute autorité religieuse du monde chrétien donnât lui-même, de la part du souverain pontife, la couronne au roi des Francs. Le rôle purement honorifique joué par lui dans une cérémonie officielle ne saurait être invoqué comme une preuve de sa participation effective à un événement qui passionnait à tel point ses contemporains. Il n'était, lui, que Touvrier du royaume de Dieu^ Rarement un homme a été placé si près des puissants et a si peu approché d'eux; jusqu'au dernier moment il garde sa répugnance pour les cours, où il rencontrerait les prêtres indignes dont la société est pour sa conscience la pire des angoisses.
Aussi, pendant que Pépin gravit les marches du trône d'où il vient de faire descendre le dernier Mérovingien, ce sont des questions d'un tout autre
I. On argue vainement du passage d'une lettre du saint au pape Zacharie, Epist, 79, p. a 18 (habet enim sécréta mea, quae soli pietati vestrœ profiteri débet) ; ce passage est évidemment relatif à des questions qui intéressent Boniface personnellement, et non aux affaires publiques. Il faut d'ailleurs remarquer que, parmi ceux qui ne peuvent pas admettre que Boniface soit resté en dehors des négociations relatives au changement de dynastie, les uns veulent qu41 ait tra« vaille en faveur de cette mesure, les autres qu'il s'y soit îui contraire opposé. Ni l'un ni l'autre n'est vrai.
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genre, ce sont des difficultés d'ordre moral, ce sont des problèmes de liturgie et de droit canon, ce sont des cas relatifs à la discipline ecclésiastique qui sont soulevés dans la correspondance de Boniface avec le souverain pontife*.
Qu'on ne se figure pas cependant, parce qu'on ne voit plus le grand athlète apparaître si souvent sur la scène de l'histoire, que son activité soit diminuée, ou que son enthousiasme pour la propagation de l'Évangile se soit refroidi. Le poids de Tâge, à la vérité, pèse lourdement sur ses épaules, et plus d'une fois déjà il a rêvé de renoncer à son diocèse, mais c'est afin de pouvoir reprendre son rôle de missionnaire et de mieux remplir sa mission de légat. Et, en attendant, il reste vaillamment à la tâche, s'acquittant de ses devoirs d'évéque avec l'ardeur et le dévouement qu'il apportait à tout ce qu'il faisait.
C'est à ces années de vieillesse qu'il convient, semble- t-il, de rapporter aussi la rédaction de ses sermons, ou du moins de ceux que la tradition lui a toujours attribués. C'est une série de quinze instructions sur les principaux mystères de la foi, et sur les préceptes de la morale chrétienne, faites à un auditoire récemment converti et encore novice. Ils rappellent en plus d'un endroit, même dans les termes, l'inspiration qui a dicté Y Indiciilus superstitionum et les canons des grands conciles de 74^ à 747. L'élo-
j. Epist, 80.
quence en est simple et claire, pleine de chaleur et (ronction, populaire sans bassesse et sans trivialité; elle fait penser aux homélies de saint Césaire d'Arles, bien qu'elles n'aient pas la richesse d'idées, ni le tour vif et imagé de l'aimable prédicateur gaulois. On voit que la grande préoccupation de Torateur, c'est de relever le niveau moral de son auditoire, et de le faire arriver graduellement à la notion de la vie surnaturelle. Les considérations dogmatiques cèdent le premier rang à la prédication des vertus chrétiennes. L'orateur recommande de fuir l'idolâtrie et la superstition ; il inculque à chaque catégorie de ses auditeurs les devoirs spéciaux, de leur état et les devoirs généraux du chrétien. S'il décrit parfois le châtiment du pécheur, plus souvent il rappelle le souvenir du Ciel, et presque tous ses discours se terminent sur cette pensée consolante. Il exhorte fréquemment son auditoire à la joie. « Purifionsnous de toute iniquité du corps et de l'âme. Vivons dans la chasteté et dans la charité de Dieu et des hommes; servons Dieu avec joie en toute œuvre bonne, dans la miséricorde et dans la piété, dans la justice et dans la patience, et dans l'espérance en la bonté du Seigneur, sachant avec certitude que tout le bien que nous aurons fait par nos aumônes, par notre humilité, par notre obéissance à ses préceptes, il nous le rendra dans la félicité éternelle *. »
i. Sernionts sancù /ioii/.icit^ II, 3, dans IMigne, Pntroiogîa laii/ia, 8«), col. 8 17.
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Et ailleurs : « Celui qui ne se préoccupe que de la vie présente vit semblable aux animaux. Les animaux ne pensent qu'à boire, à manger et à dormir. De même celui qui a soin de son corps plus que de son àme, qui aime plus son ventre et ses sens que la chasteté et la justice. Il faut savoir, mes très chers, que nous sommes chrétiens précisément pour nous souvenir du Ciel et de la félicité éternelle, et pour penser davantage à notre a me qu'à noire corps. Car notre corps ne durera que quelques années dans ce monde; notre âme, au contraire, si nous faisons le bien, régnera à jamais dans le CieP. »
Cependant, les forces du saint évèque fléchissaient enfin sous le poids des années et des labeurs. On ne le revoyait plus aux conciles. Il prit le parti de profiter de Tau torisation que Zacharic, il est vrai, à regret, lui avait accordée de se choisir un successeur, et pour préparer les voies, il donna la consécration épiscopale à son fidèle LuU, dont il fit son chorévêque en attendant qu'il pût lui céder son siège épiscopal*. Pensaitil, maintenant qu'il était pourvu d'un auxiliaire, à déposer l'administration de son diocèse pour la lui confier, ou voulait-il, en partageant sa responsalnlité avec son fidèle disciple, serrer le lien qui le rattachait au siège de Mayence? On ne sait, mais l'Eglise n'y perdait rien, et les dernières années que l'apôtre
I. Sermones, XI, col. 864. Sur la controverse relative à l'authenticité des sermons de saint BoniPace, v. l'Appendice, a. Epist. 66, p. iga, Willibald. c. 8, p. 461.
pnssa dans son diocèse furent aussi remplies, aussi fécondes que les premières.
Peu de temps après, le i5 mars ^Sa, le pape Zaclinrie expirait, et avait pour successeur Etienne III. La nouvelle vint rejoindre Boniface dans la tournée qu'il faisait alors à travers son diocèse, pour relever les trente églises que les Saxons venaient de lui brûler dans une nouvelle invasion*. Ce fut pour lui une occupation aussi pénible que laborieuse, puisque, pendant plusieurs mois, il ne trouva pas le temps d'écrire au nouveau pape pour lui offrir ses félicitations.
La lettre qu'il lui envoya en ^53 est bien touchante : on y voit que jusque dans les derniers temps de sa vie, son amour et son dévouement pour le Saint-Siège ne se sont pas refroidis ; on sent vibrer dans les paroles du vieillard celte foi qui l'a conduit, dès ses jeunes années, au tombeau des apôtres, et qui lui a fait trouver sa gloire à n'être qu'un instrument aux mains de la papauté : « Je prie Votre Sainteté de m'accorder l'amitié et l'union avec le siège apostolique, afin que, disciple fidèle de Votre Piété, je puisse vous être un serviteur fidèle et dévoué, comme je l'ai été de vos trois prédécesseurs. Ils n'ont cessé de me fortifier et de m'aider par leurs exhortations et par l'autorité de leurs lettres; je prie Votre Piété de faire de même, pour que je sois en état de mieux
I, Epist, io6, p. 258.
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remplir vos préceptes paternels. Car si j'ai pu, au ' cours des trente-six années que j'ai rempli ma légation romaine, rendre quelques services a TÉglise de Dieu, je veux en faire autant et même davantage. Pour les fautes et erreurs que j'ai pu commettre par parole et par action, je déclare me remettre en toute soumission et humilité au jugement de l'Église Romaine ^ »
Un sacrifice qui dut paraître bien dur a Thomme qui parlait ce langage au pape, ce fut de ne pouvoir porter ses hommages à Etienne III, lorsque, dans rhiver de 753-754, ce souverain pontife passa les Alpes et vint implorer le secours du roi des Francs contre les Lombards '. Sa mauvaise santé l'en avait empêché. Un indice de ce genre était un avertissement; il le comprit, et, sentant que le nombre de ses jours était compté, il voulut mettre ordre à toutes ses affaires avant de quitter ce monde ^. Il n'en avait
I. Epist., /. c. En parlant de ses trente-six ans' de légation, Boniface fait une erreur, à moins qu'il ne faille admettre une faute de copiste. Sinon, il faudrait supposer qu'il a attendu jusqu'en 755 pour donner de ses nouvelles au pape, chose bien peu vraisemblable et qui ne trouverait guère d'explication.
a. L'Anonyme de Mayence (JJ, 55., p. 475 et JaiTë, p. 477) raconte ici une légende : le pape ayant consacré Chrodegang ëvêque de Metz, Boniface lui aurait fait des remontrances, et allégué qu'il n'avait pas le droit de quitter son diocèse ; il en serait résulté une tension entre le pape et son légat, et c'est Pépin le Bref qui les aurait réconciliés. 11 n'y a rien de vrai dans cette historiette.