‹ Saint Boniface (680-755)Chapitre 67 sur 82 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Plus puissante que jamais, la force mystérieuse qui a soutenu Tapôtre de la Germanie au cours de sa glorieuse carrière va se ranimer au moment où il en atteint le terme, comme le flambeau expirant qui jette un plus vif éclat au moment où il s'éteint. La vocation de missionnaire, la plus sublime qu'il y ait au monde, avait été l'idéal de sa jeunesse et la gloire de son âge mur; c'est pour la suivre qu'il avait tout quitté et qu'il était venu passer son existence sur le continent dans les tribulations de l'exil. Ses grands travaux en Hesse et en Thuringe n'étaient, dans sa pensée, que le prélude d'entreprises apostoliques plus importantes encore : ce qu'il avait rêvé, c'était de conquérir a Jésus-Christ la terre des aïeux, l'ancienne Saxe*, comme il l'appelait d'un nom qui semble exprimer toute sa tendresse pour le sol où était le berceau de son peuple. Pénétrer là, porter la lumière de l'Évangile à des hommes qui étaient pour lui les

I. Antiqua Saxonia, Epist. Sg, p. 173. Altsaxones, Epist. aa, p. 81.

aînés de sa race et ses frères de prédilection, c'était, tout nous autorise à le croire, le vœu le plus cher de son apostolat. Chacune des étapes de sa vie avait semblé le rapprocher d'eux. Au retour de son second voyage à Rome, d'où il rapporta le titre' d'évêque de Germanie, il nourrissait le projet de visiter les Saxons, et déjà il s'était fait donner par le pape une lettre pour eux*. Devenu archevêque, il se crut plus près encore de son but, et c'est alors qu'il s'adressa par une espèce de circulaire à ses compatriotes de Bretagne, leur demandant des prières pour la conversion de la Saxe. « AycTs pitié, leur écrivait-il, de ces hommes qui vous disent : « Nous sommes de votre « chair et de votre sang*. » Et déjà un évêque de son pays, en le félicitant' de son projet, lui écrivait : « J'apprends que vous pensez nuit et jour à la conversion des Saxons. Qui ne se réjouirait d'une si douce nouvelle? O allégresse! tout notre peuple converti au Christ ! Courage ! hâtez-vous de faire de si belles moissons'! »

Mais, on l'a vu, le beau rêve de Boniface n'avait pas été réalisé. De l'apôtre, les papes avaient fait un organisateur et un réformateur; il avait dû créer la hiérarchie de l'Allemagne et régénérer celle de la Gaule. Et puis était venue l'expérience de la vie, qui avait soufflé sur l'idéal de la jeunesse. Les Saxons

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