‹ Saint Boniface (680-755)Chapitre 69 sur 82 · I. Willibald, c. 8, p. 46a · texte numérisé non relu

I. Willibald, c. 8, p. 46a

quelques hommes armés. La présence de ces derniers est une preuve que le légat de Germanie n'entendait pas courir aveuglement au martyre, comme on Ta sapposé, et q»e son voyage était celui d'un apôtre et non d'un ascète qui veut se débarrasser de la vie. C'était au printemps de ^54. Le cours du fleuve porta d'abord nos voyageurs jusqu'à Utrecbt, où Boniface retrouva son cher Grégoire, abbé du monastère de Saint-Martin, ainsi que son fidèle Eoban, qui, à cette date, administrait le diocèse en qualité de chorévéque depuis la mort du successeur inconnu de saint Willibrord. Boniface, selon toute apparence, donna cette fois le siège épiscopal luimême à Eoban, et dut se persuader que, de ce côté, il pouvait entrevoir l'avenir avec sécurité.

Il s'en fallait de peu qu'il se trompât, et des revendications certes imprévues vinrent troubler l'administration d'Eoban dès les premiers jours de sa consécration.

La fondation du siège de saint Willibrord à Utrecht avait eu, si l'on peut parler ainsi, quelques antécédents. Pendant les premières années du vii*^ siècle, le célèbre évêque de Tongres, saint Amand, hardi explorateur apostolique dont on retrouve les traces dans les contrées de l'Europe les plus diverses, avait prêché 1? parole de Dieu à Utrecht et y avait fondé une petite chapelle consacrée à saint Martin . Après son départ, cet oratoire fut donné par le roi Dagobert à l'évêque de Cologne, avec la charge d'y

continuer l'apostolat crAmand et de travailler à la conversion de la Frise. Cologne était, en effet, de toutes les villes épiscopalcs de langue germanique, la plus rapprochée d'Utrecht; elle se souvenait d'ailleurs d'avoir été la métropole de toute la seconde Germanie, dont Utreclit faisait partie, et, entre les deux villes, le Rhin offrait un admirable moyen de communication. Mais, soit indifférence, soit impuissance, Cologne ne fit rien pour réaliser les vues de Dagobert, et les Frisons restèrent païens jusqu'à l'arrivée de Willibrord. Celui-ci consacra h la Frise sa vie entière. Il convertit une grande partie de ses habitants, et il y implanta la civilisation chrétienne. Lorsqu'il mourut, la Frise formait un florissant diocèse dont Utrecht était la tête, et la chrétienté frisonne, réunie sous la houlette d'un pasteur l\ elle, était un fleuron de plus au front de l'Eglise romaine. Lorsque les fruits de ce long labeur apostolique furent arrivés à maturité, Cologne voulut moissonner ce qu'elle n'avait pas semé, et revendiqua la Frise comme relevant d'elle en vertu de la donation de Dagobert V, S'il est permis de risquer ici une conjecture, c'est la mort du prédécesseur d'Eoban qui aura déterminé celte intervention de la ville rhénane, en lui fournissant l'occasion d'exhumer des dispositions depuis longtemps caduques. Pareille prétention était inadmissible, puisqu'elle n'allait à rien moins qu'à supprimer le diocèse d' Utrecht, qui avait coûté tant de sueurs à Willibrord et à Boniface lui-même.

Aussi ce dernier s'enipressa-t-il de réclamer auprès du pape Etienne III en homme qui a conscience de son bon droit. Après avoir demandé au souverain pontife de lui envoyer les instructions du pape Sergius I", qui avait créé le diocèse d'Utrecht pour saint Willibrord, il ajouta avec sa soumission ordinaire au Saint-Siège : « Si Votre Sainteté a une autre manière de voir, daignez me la communiquer, pour que je m'y conforme*. »

Nous ne possédons pas la réponse du pape à cette lettre, mais les antécédents que nous venons de rappeler, ainsi que la paisible continuation des travaux apostoliques de Boniface en Frise, nous autorisent à croire que le souverain pontife se sera prononcé dans le sens désiré par son légat.

Boniface, en eflfet, ne s'était pas laissé arrêter dans ses travaux apostoliques par l'intervention malencontreuse du siège de Cologne. Pendant qu'il soumettait le débat au jugement du pape, il poursuivait ses courses à travers les plaines basses et marécageuses de la Frise, prêchant la parole de Dieu, renversant les idoles et bâtissant des sanctuaires chrétiens. Interrompue par l'hiver de ^54-755, que le saint passa à Utrecht ou en Allemagne, la mission fut reprise avec une nouvelle ardeur au printemps de 755. Cette fois, franchissant le lac Almaere, qui constituait alors, entre les deux parties de la Frise, une démarcation

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