‹ Saint Boniface (680-755)Chapitre 76 sur 82 · I. Sayous, p. la · texte numérisé non relu

I. Sayous, p. la

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pas préservé des ilcfaillances de la volonté, si la lumière de la foi n'avait toujours fait briller devant ses yeux la beauté immaculée de Téternel idéal. C'est cette lumière qui a éclairé Tâme de Tapôtre, qui a été en quelque sorte son étoile polaire dans les ténébreux fourrés où il a dû s'enfoncer. Il n'a jamais perdu de vue le but glorieux qu'elle lui a assigné. Pas un instant la boussole de sa volonté n'a dévié; pas une fois, au cours de ses longues épreuves, il n'a douté de sa mission ; h travers toutes les déceptions de la vie, la foi est restée jeune et radieuse dans l'àme vierge du septuagénaire, et c'est le cœur plein de joie et d'espérance qu'il se laisse conduire par elle à la mort.

Telle est la flamme surnaturelle qui brûle comme un chaud et lumineux foyer dans le sanctuaire de sa conscience. Aucune obscurité n'y règne, aucun nuage n'y passe sur la-beauté de la loi de Dieu, qui règne en souveraine dans son cœur. Sa volonté est en parfaite et constante conformité avec celte loi sainte. Il la chérit de tout son cœur, il en adore tous les commandements, même les plus rigoureux, et l'on sent que, comme le prophète, il redit contitiuellement h Dieu : « Votre loi est parfaite, elle est très belle et très bonne; elle porte sa justification en ellemême. » La seule chose qui puisse troubler la sérénité de son âme, c'est la crainte d'en enfreindre les dispositions. Sa vie entière, on l'a vu, il s'est demandé s'il n'avait pas violé en quelque manière le

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serment qu'il avait prêté au pape Grégoire II, d'éviter les prêtres scandaleux, et, bien que le souverain pontife ait pris lui-même la peine de le rassurer à cet endroit, bien que les amis auxquels il s'est adressé lui aient tenu le même langage, toujours cette pensée amére est revenue le troubler. Il a beau se dire et s'entendre répéter qu'en somme, il a obéi aux lois supérieures de la charité, en ayant avec les mauvais prêtres les relations purement extérieures qu'exige le salut de son troupeau. Comme saint Martin après qu'il eut, pour sauver des existences humaines, communié avec les Ithaciens, il ne pourra pas s'absoudre lui-même, il aura besoin de s'entendre justifier au nom du Ciel. Cette admirable délicatesse de la conscience morale, qui tremble devant l'ombre de la faute, peut paraître à quelques-uns de l'exagération ou du scrupule. Mais il est permis de se demander ce que serait ce monde, s'il n'y devait plus paraître de temps en temps des hommes tourmentés par l'idée de la perfection, et s'eflforçant de réaliser en eux-mêmes l'idéal qu'ils voudraient faire triompher partout. L'idéal lui-même finirait par se ternir et par s'éclipser, et c'est un des grands services rendus à l'humanité par les saints, que d'en conserver la notion intacte et féconde.

Ce qui est beau, c'est de voir, sous le rayonnement de cette conscience illuminée par la foi, les vertus naturelles s'épanouir et atteindre leur plus belle floraison. S'il est humble, chaste, mortifié, si

tous les actes de sa vie sont déterminés par des motifs de foi, s'il n'y a pour lui qu'une chose nécessaire, ce n'est pas à dire que ses semblables ne trouveront en lui qu'un ascète austère, trop préoccupé de Dieu pour s'intéresser aux hommes. La vertu ne le rend ni pédantesque ni maussade; sévère pour lui-même, il sait sourire aux plaisirs d'autrui; ce fervent de a l'abstinence totale », qui ne connaît pas le goût du vin, en envoie deux tonnelets à un de ses correspondants, pour lui procurer le plaisir d'une bonne journée passée entre amis^ Son goût si vif pour les vers, le seul luxe qu'il semble s'être permis, est un autre trait de son caractère qui n'est pas moins digne d'intérêt. Il ne se dérobe à aucune des bonnes et saintes affections naturelles; il a gardé un culte pour ses vieux maîtres, il est profondément attaché à ses amis, et la patrie dont il s'est exilé volontairement et pour toujours ne cesse d'avoir une des meilleures parts de son cœur. Il y avait dans tout son être quelque chose de cordial et d'affectueux qui ne s'exhalait pas volontiers en démonstrations, mais que sentaient tous ceux de son entourage et qui faisait le charme des relations familières avec lui.

Aussi possédait-il à un haut degré l'art de s'attacher les âmes. Ce don si nécessaire à qui est appelé a diriger ses semblables par la persuasion, c'est une

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