‹ Saint Bruno et l'ordre des ChartreuxChapitre 22 sur 96 · T. II, P · texte numérisé non relu

T. II, P

2 Vita S. Brunonis, ut supra, n. 272.

sainte et pénitente des disciples de saint Bruno, les vierges de Prébayon manifestèrent l'intention de se soumettre à une Règle plus austère.

Saint Anthelme accéda au désir exprimé par ces saintes Religieuses, et chargea le Bienheureux Jean d'Espagne, Prieur de la Chartreuse de Montrieux, de rédiger, pour elles, des Règles calquées, il est vrai, sur les Coutumes de l'Ordre, mais en même temps rendues, par diverses modifications, praticables à des femmes. Un des biographes du Prieur de Montrieux cite une lettre que le Bienheureux Jean écrivit, vers cette époque, aux Religieuses de Prébayon : « Confiez vous dans le Seigneur, et non point dans un faible mortel. Demandez par de ferventes prières que le divin législateur daigne parler par la bouche d'un homme indigne d'une si importante entreprise. Car, si les Statuts désirés ne viennent pas du ciel, ils ne pourront vous conduire dans le chemin de la perfection l . »

Les premières Moniales Chartreuses connues dans l'histoire apparurent donc au moment où saint Bernard appelait la noblesse et le peuple à la croisade. Leur incorporation à l'Ordre des Chartreux fut solennellement approuvée par Eugène III et Alexandre III . Ces deux Papes déclarèrent dans cette circonstance qu'ils mettaient les nouvelles Moniales sous la protection du Saint-Siège '2 . Le Bienheureux

1 Petr. Bonard. Orig. Cartusiar. Montis-Rivii et Vernae. ap. l'abbé Jean Falconnct. Vie, culte et miracles du Bienheureux Jean d'Espagne, p. 21.

* Cf. l'abbé Marchai. Vie de saint Anthelme, p. 97 et 96.

Jean d'Espagne semble cependant n'avoir donné ses Constitutions aux Religieuses de Prébayon que vers 1 148 i . La préoccupation du Prieur de Montrieux fut seulement d'alléger le fardeau des lois en vigueur pour les Moines et d'en proportionner le poids aux forces de celles qui devaient les pratiquer.

Les Règles données par le Bienheureux Jean d'Espagne ne sont pas parvenues jusqu'à nous ; quelques auteurs doutent même de l'existence de ces Constitutions : la lettre que nous avons citée plus haut laisse cependant pressentir que ces Règlements ont existé, et on admet généralement qu'ils furent en vigueur, au moins pendant quelque temps. Vers le milieu du XIIIe siècle, les Moniales, sauf plusieurs adoucissements, se conformèrent aux Statuts et aux Ordonnances des Chapitres Généraux . C'était probablement à l'époque où Dom Rimer gouvernait l'Ordre, vers 12592. Quatre siècles plus tard, le Révérend Père Dom Le Masson, Général de l'Ordre, donna à ces Religieuses une traduction des Statuts modifiés pour leur usage. La lettre d'envoi est datée du 12 février 1670.

La prière, la méditation et le travail se partageant la journée de la Religieuse Chartreuse, dans les mêmes conditions que pour les Pères, nous ne nous y arrêterons pas . Nous nous contenterons de constater que, sur seize heures de veille, il y a

1 Cf. Camille Tutin, ap. Helyot. Dict. des Ordres Religieux.— Morozzo, Theatrum chronologicum. c'a ut supra-

2 Cf. Annales Ord. Cartus. lib. II. p. 17^.

environ onze heures de prières et de méditation : trois heures d'Office canonial chanté en commun, quatre heures de prières récitées en cellule, et quatre heures d'oraison et de lectures pieuses.

Les Moniales gardent les jeûnes et l'abstinence absolue, de la même manière que les Religieux de l'Ordre, mais elles ne mangent pas, comme eux , seules dans leur cellule; elles prennent leurs repas, matin et soir au réfectoire commun. Lorsqu'une Religieuse est malade, elle est soignée à l'infirmerie, tandis que le Religieux ne quitte jamais sa cellule. Quelques Atres adoucissements ont été apportés à la Règle ^ls Religieuses ne sont pas assujetties au cilice, et l'obligation du silence n'est pas aussi rigoureuse pour elles que pour les Pères. Le législateur tenant compte du tempérament de la femme, et craignant, sans doute, qu'un silence trop prolongé n'excitât leur imagination, a voulu que, deux fois par jour, les Moniales prissent leur récréation en commun, même les jours de jeûne. Elles remplacent le spaciment par une promenade prolongée, dans le jardin du Couvent ; mais une demi-heure avant Vêpres, elles doivent se retirer dans leur chambre, pour se recueillir , avant de chanter l'Office.

Si une Religieuse demandait à la Mère Prieure, pour cause de santé, l'autorisation de se promener dans le jardin pendant le temps destiné au travail, on le lui permettrait, à la condition de garder le silence. , Sur ce point, les Statuts n'ont pas varié; ils recommandent expressément le silence absolu,

depuis la retraite du soir, jusqu'à neuf heures du matin. C'est ce qu'on appelle le grand silence1 .

Les Religieuses Chartreuses sont astreintes, aussi bien que les Religieux, au travail des mains ; ce travail est partagé à peu près en trois séances d'une heure chacune. Elles doivent s'occuper de travaux utiles pour le Couvent, ou d'ouvrages pouvant servir à la décoration des églises et des autels.

Les Statuts ordonnent à la Prieure d'interdire tout ouvrage futile, qui ne saurait que flatter la vanité ; mais ils recommandent d'une manière expresse de travailler pour les pauvres . La volonté du fondateur n'était-elle pas que toutes les heures de la journée et toutes les forces de ses enfants fussent entièrement consacrées à la gloire de Dieu et au soulagement de l'humanité?

La majeure partie de la journée des Moniales se passe dans la silencieuse retraite de la cellule. Elles n'ont cependant pas, comme les Religieux, des demeures séparées les unes des autres, autour du grand cloître, mais habitent de simples chambres meublées d'une manière très modeste; un prie-Dieu surmonté d'un Christ et une stalle de bois blanc, une chaise, une table, un petit tabouret et une corbeille à ouvrage, un lit avec des rideaux blancs, pauvre couche composée, comme celle des Religieux, d'une paillasse, de draps de laine et d'une couverture de même étoffe : tel est le mobilier de la cellule d'une Chartreuse. Près de la porte, se trouve

[Ibid. lib. II. p. ii. cap. vi. n. 17

un tour destiné à recevoir tout ce dont la Religieuse a besoin, car personne ne doit franchir le seuil de sa cellule.

La Règle, malgré sa sévérité, permet cependant à la fille de saint Bruno, d'orner les murailles de sa cellule d'images de piété et même d'y cultiver quelques fleurs. Le Père de Tracy, en parlant des Moniales de la Chartreuse de Salettes, rapporte que « celles qui aiment les fleurs, ont la permission de se choisir un petit canton dans le parterre commun pour les cultiver et avoir des vases sur leurs fenêtres ' . »

Parmi les Généraux de l'Ordre, qui montrèrent la plus grande sollicitude pour le bien spirituel des Moniales, nous devons mettre en première ligne le célèbre Dom Innocent Le Masson. Non content d'avoir travaillé à établir dans tous les Monastères « une uniformité de coutumes » qui n'existait pas, il voulut aussi réglementer tout ce qui concerne TOffice divin. L'Ordonnance qu'il donna à ce sujet a été confirmée par le Chapitre Général de 1677. Pour que le lecteur puisse mieux saisir les modifications apportées à la Règle en vigueur pour les Religieux, nous croyons nécessaire de transcrire cette Ordonnance en entier.

Disons encore, avant de donner la teneur de l'Ordonnance de Dom Le Masson, que l'Office de chœur des Moniales est le même que celui des Chartreux. Comme eux, elles ont, au milieu de la nuit, le

1 Op. cit. p. 3Gi.

chant des Matines et des Laudes, puis l'Office du jour, le Petit Office de la Sainte Vierge, et les prières pour les bienfaiteurs et pour les morts.

« Frère Innocent, humble Prieur de Chartreuse, et les Définiteurs du Chapitre Général, à nos bienaimées en Jésus-Christ, les Moniales Chartreuses des Maisons de Prémol, de Salettes, Mélan, Gosnay et Bruges : salut en celui qui est le Salut de tous.

« La vigilance paternelle que nous devons avoir pour tout ce qui peut contribuer à votre avancement spirituel, nous a portez à rechercher avec beaucoup de soin de quelle manière les exercices de nôtre Ordre estoient pratiquez dans chacunes de vos Maisons ; et à voir si l'uniformité dans vos pratiques de chaque jour estoit fidèlement gardée parmy vous, et si elle se trouvoit conforme aux Ordonnances des Statuts. Et cette même vigilance, agréablement attirée par le zèle que vous avez pour l'observance de vos Règles , nous a puissamment excitez à choisir et à vous donner les moyens que nous avons estimez estre les plus efficaces pour acquérir la perfection religieuse à laquelle vous vous estes engagées par vôtre estât. C'est pourquoy ne nous étant pas contentez de vous avoir envoyé sur l'année quelques Ordonnances, qui dévoient établir dans tous vos Monastères une uniformité de coutumes, qui sont les plus convenables pour établir et perfectionner dans vous les exercices de la vie contemplative ; nous avons mesme depuis examinez encore plus exactement ces mesmes Ordonnances, afin qu'elles pussent ensuite recevoir une nouvelle

force étant confirmées par le Chapitre Général.

« Nostre saint Ordre a toujours très soigneusement pris garde que l'uniformité fût partout observée ; et certes il importe extrêmement qu'on exclue de nos Maisons tout ce qui est contraire à cette louable uniformité : car sans cela on décherroit bientôt de cette exactitude, qui est la fidèle gardienne des communes pratiques de nôtre Ordre, et on y donneroit l'entrée à des singularitez qui ont toujours esté préjudiciables aux Ordres les plus réguliers. C'est pourquoy, ayant appris qu'il s'étoit glissé dans les Monastères de nos Moniales une certaine manière de chanter et de célébrer les divins Offices qui les rendoient différentes les unes des autres : nous avons jugé à propos de la rendre entièrement conforme, et de réduire toutes les coutumes à un point qui s'accorde parfaitement avec l'usage commun des Religieux, ainsi qu'il se trouve ordonné par les Statuts et partant nous prescrivons icy ce que nous voulons que toutes pratiquent à l'avenir d'une même sorte.

« i . — S'il y a quelques Religieuses qui soient sujettes à avoir peur durant la nuit, nous laissons à la liberté de chacune de dire leurs Matines de la Vierge dans leur cellule, ou dans l'église ; et si plusieurs s'y rencontrent en même temps, elles les pourront réciter toutes ensemble ; mais que ce soit d'un ton bas, et de la mesme sorte que les Statuts nous ordonnent de dire les Vespres au jour du Vendredy- Saint, et qu'après cela elles y gardent exactement le silence.

« 2. — On étend à toutes les Maisons des Moniales la permission, qui n'avoit autrefois esté accordée qu'à quelques unes, c'est à sçavoir de chanter d'un ton droit les psaumes et les antiennes des Nocturnes des Matines ; mais elles chanteront avec les notes le psaume Venite exultemus, 1 'hymne Te Deum et les Laudes : elles chanteront aussi avec les notes tout l'Office des Matines dans les jours solennels delà Nativité de Notre-Seigneur,de Pasque, de la Pentecoste, de la Feste-Dieu, de l'Assomption de la Sainte-Vierge, de nôtre Père saint Bruno, des onze mille Vierges et de Tous les Saints. Les Vicaires de chacune de ces Maisons pourront néanmoins permettre qu'on chante en note les répons de Matines toutes fois et quantes qu'ils le jugeront à propos ; espérant qu'ils en useront avec cette discrétion que nous avons nous mesmes en veiie, et qui doit principalement tendre à leur faire prendre garde que les Religieuses qui chantent ne forcent indiscrettement leur poitrine, de peur que ces efforts immodérez ne les empêchent d'unir leurs cœurs à Dieu par de saintes élévations d'esprit.

«3. — Suivant l'usage qui est déjà étably dans quelques Maisons, elles prendront dans le Bréviaire les Leçons de Matines, et pourront les faire transcrire en beaux caractères, afin que les plus âgées les puissent lire plus commodément.

«. 4 — Celles qui voudront rester dans l'église après Matines pour y réciter Prime et la messe de la Très-Sainte-Vierge, le pourront faire de la mesme manière que nous avons prescrite pour y dire Matines.

« 5. — Elles diront aux jours fériaux Prime du jour et Tierce de Beatâ dans leurs cellules, ainsi qu'il est pratiqué par les Religieux.

« 6. — La messe conventuelle se célébrera à sept heures les jours de Férié, ayant auparavant chanté les litanies des Saints, selon la coutume de l'Ordre; mais lorsque plusieurs messes conventuelles devront estre dites dans un mesme jour, elles en chanteront seulement une avec les notes, et l'autre d'un ton droit : excepté celle qui se dit la nuit de la Nativité de Nôtre-Seigneur.

« 7. — Elles réciteront, deux à deux, Tierce du jour et Sexte de la Bienheureuse Vierge, après que la messe conventuelle sera dite; et leur Office étant fini, la Présidente fera le signal pour l'Oraison mentale, que chacune fera sans sortir de l'église ; et à l'autre signal que la Présidente fera, elles se retireront toutes de là, pour aller ensuite ou relâcher un peu leur esprit par le travail des mains, ou faire leur lecture spirituelle, ainsi que, selon la diversité des temps, il se trouve marqué dans le Directoire.

« 8. — Elles iront à l'église à dix heures, les jours de jeûnes, pour y chanter Sexte du jour et réciteront ensuite, d'un ton bas et deux à deux, comme nous l'avons déjà dit, None de la Sainte-Vierge ; après cela elles iront travailler de leurs mains jusqu'aux trois quarts, qu'on sonnera pour None, afin qu'étant dite, on puisse entrer au réfectoire vers les onze heures; mais aux jours qu'on ne jeûne pas, on va au réfectoire immédiatement après Sexte; et à midy on sonne pour aller chanter None à l'église,

où devant que de les commencer, on dit None de la Vierge, de la mesme sorte que nous l'avons dit, c'est-à-dire deux à deux et d'une voix basse.

« 9. — Les Vespres seront tous les jours chantées avec notes; mais Complies se diront en particulier dans les Celles, comme font les Religieux, et après avoir fait la Récollection, ainsi qu'il est porté dans le Directoire.

« 10. — Les jours fériaux de Carême, on sonnera Tierce après avoir sonné pour les indulgences-, ce qu'on ne fera qu'aux trois quarts après six heures, à cause des sept psaumes qu'on est obligé de dire pendant toute la Quadragésime. Les Religieuses entendant le coup de la cloche, viendront à l'église pour y dire, deux à deux et d'une voix basse, Tierce du jour et Sexte de la Vierge, qui seront suivies de TOraison mentale ; après laquelle, la Présidente ayant fait le signe, elles iront s'appliquer aux emplois que leur Directoire leur prescrit. Le coup pour Sexte se sonnera à la mesme heure que les Statuts l'ordonnent; et alors chaque Moniale quittant tout, récitera dans la cellule, comme font les Religieux, Sexte du jour et None de la Sainte- Vierge; et quand ensuite on sonnera pour None du jour, elles partiront aussi-tost de chez elles pour les aller chanter à l'église.

« 1 1 . — Elles pratiqueront aux jours de Dimanche et de Festes toutes les mesmes choses que les Statuts prescrivent aux Religieux, et chanteront au chœur les mesmes Offices; mais pour ceux de la Très-Sainte-Vierge, elles les réciteront dans l'église

ou en particulier, ou avec une autre sœur, comme il a été dit cy-dessus, gardant toujours un silence exact et religieux selon l'esprit de nôtre Ordre, et selon les Statuts qui nous recommandent, sur toutes choses, de ne point parler dans l'église.

« Voila ce qui regarde en particulier nos Moniales, que nous exhortons en Nôtre-Seigneur de ne pas faire consister toute leur dévotion dans la multiplicité de leurs prières vocales; mais qu'elles l'appliquent bien plûtost à se rendre l'usage de l'Oraison intérieure familier, à mortifier leurs passions et leurs désirs, et à observer fidèlement les Statuts que l'Ordre a sagement accomodez à la portée de leur sexe; car c'est dans la pratique de toutes ces choses que consistent les véritables moyens de glorifier Dieu, et de le porter dans son cœur.

« Elles n'entreprendront plus à l'avenir de chanter publiquement de certaines prières, quoy que dévotes, qui ne sont, ny ordonnées par les Statuts, ny usitées parmy nous ; et partant nous en abrogeons les coutumes qui se sont déjà introduites dans quelques Maisons; commandant aux Vicaires des Maisons de ne plus permettre la pratique de semblables dévotions qui sont onéreuses à plusieurs, et qui les rendent inhabiles à l'oraison mentale. Nous exceptons les litanies de la Bienheureuse Vierge, et quelques autres prières succinctes qu'ils pourront quelque fois permettre, quand quelques nécessitez publiques surviendront.

« Nous les conjurons enfin de recevoir ces pré-

sentes Ordonnances comme une marque de nôtre sollicitude pour leur avancement dans le véritable bien de la vertu, et d'être persuadées que lorsque nous les leur avons prescrites, nous n'avons eu en veiie que la volonté de Dieu, et ce qui peut le plus contribuer à sa gloire.

« Voila toute la teneur des Ordonnances susdites, que nous approuvons et confirmons, après les avoir reveiies et de nouveau examinées ; défendant expressément à qui que ce soit d'y rien adjouter ou diminuer, sans une permission spéciale du Chapitre Général ou du Révérend Père; et nous vous exhortons et conjurons derechef, comme nos tilles bien aimées en Jésus-Christ, d'appliquer tous vos soins et toute vôtre étude à faire croître en vous l'homme intérieur, en imitant les vertus de Nôtre Seigneur Jésus-Christ, et en obéissant fidèlement aux Statuts de nôtre saint Ordre; ce que vous devez faire avec d'autant plus de zèle et d'affection, que vous n'ignorez pas la peine et le soin que nous avons pris de tempérer toutes les choses, afin qu'elles n'excédassent pas vos forces et que vous tirassiez de grands secours pour le profit spirituel de vos âmes, tant du Directoire qui vous est commun avec les autres, que de cette addition qui a été particulièrement faite pour vous.

« Vivez donc heureuses dans la paix sainte du Saint-Esprit, en observant exactement ce qui est contenu dans l'un et dans l'autre ; étudiez-vous à honorer l'unité et la charité de Dieu, non seulement en conservant l'unité du Saint-Esprit par la paix

et la charité qui régnera parmy vous ; mais aussi en gardant l'uniformité dans tous vos exercices. C'est ainsi que, suivant le désir de saint Paul, vous n'aurez toutes' qu'une seule volonté et une bouche pour honorer et glorifier Dieu, qui est le Père de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ, que je supplie qu'il daigne répandre abondamment sur vous ses grâces et ses bénédictions.

« Donné en Chartreuse, séant le Chapitre Général, le 19e jour de may 1677. »

A l'origine de leur fondation, les Moniales n'étaient pas soumises à la clôture, mais les communications qui existaient entre l'intérieur et l'extérieur des Couvents, soit à cause des visites de parents, soit à cause des besoins et des intérêts matériels, pouvant donner lieu à des abus, l'Ordre décréta, à la fin du XIIIe siècle, la clôture absolue. Jusque-là les Statuts se contentaient de rappeler aux Moniales qu'elles devaient vivre dans la solitude et éviter tout rapport avec le monde.

Cette décision fut prise immédiatement après que le Souverain Pontife Boniface VIII eut promulgué un décret sur la clôture rigoureuse de toutes les Communautés de femmes. Les Chartreux qui prohibaient rigoureusement aux femmes l'approche de leurs Monastères et qui les éloignaient même des limites de leur Désert, devaient accepter avec empressement le décret pontifical '.

'Cf. Annales. Lib. II. P. II. cap. vi, n. 1,2, i5. — Id. P. III. cap. vi, n. 12. — cap. xxiii, n. ) 1 .

L'Ordonnance du Chapitre Général, relative à ce sujet, porte la date de 1298, année même du décret de Boniface VIII.. Il y est dit que les Moniales ne peuvent recevoir ni Religieux ni séculiers dans l'intérieur de leur Couvent, et que toute conversation obligée avec un parent ou un étranger ne peut avoir lieu qu'à travers les grilles du parloir ; de plus la Moniale doit tenir son voile baissé et être accompagnée d'une ou de deux Religieuses1.

Les nouveaux Statuts rappellent la défense de recevoir, dans les Couvents de Moniales, des Religieux ou des séculiers. Il y est dit : « Suivant la « Constitution de Boniface VIII, le décret du con- « cile de Trente et les lettres de Pie V et de Gré- « goire XIII, nous déclarons qu'il n'est permis à « personne, de quelque origine, condition, sexe et « âge qu'il soit, d'entrer dans la clôture du Mo- « nastère de nos Moniales, sans permission expresse « de leur supérieur, donnée par écrit et en cas seu- « lement d'une urgente nécessité. Toutes les person- « nés qui entreront dans les dits Monastères, ainsi « que les Moniales qui les auront introduites ou « reçues, encoureront aussitôt, et ipso facto, la sen- « tence d'excommunication. De plus, les Moniales « seront privées de leurs Offices, si elles sont en

1 L'Ordonnance du Chapitre Général de 1298 porte : « Mo- « nemus Moniales ne amodo veniant loqui cura aliquo sae- « culari vel regulari, vel etiam cura parente, nisi ad cletas, et « tum associatre cum una vel duabus ; item monemus eas « efficaciter ne portam suam permittant homines intrare. » f-Cf. Annales, cit. Lib. II. P. II. n. 20. et Slal. III. P. cap. xxin, n. 26. 3o.

« Charge, et seront inhabiles à en exercer dans « l'avenir l . » ■

Ces sages prescriptions furent renouvelées plusieurs fois, et le Révérend Père Dom Le Masson recommande d'une manière toute particulière, aux Visiteurs et aux Vicaires, ce point important de la Règle. « Que les Visiteurs, dit-il, prennent grand « soin de ce qui regarde la clôture des Religieuses, « et l'abord des séculiers à leurs Maisons; et qu'ils « usent d'une si grande circonspection dans tout ce ce qui touche la conservation de leur état et « l'avancement de leur salut qu'ils ne se trouvent « point responsables de beaucoup de choses, au « jour du jugement de Jésus-Christ2. »

Grâce à la vigilante sollicitude du Chapitre Général, les divers Monastères de Moniales qui firent partie de l'Ordre de saint Bruno furent remarquables par leur foi, leur ferveur, leur humilité et leur piété. Aussi l'auteur de la vie du Bienheureux Jean d'Espagne a pu dire : « Il n'est pas une seule de ces Maisons où l'on n'ait pratiqué les vertus chrétiennes jusqu'à l'héroïsme. Toutes ont abrité quelques âmes qui sont mortes en odeur de sainteté ou qui méritèrent même les honneurs du culte public. Celle de Mélan, près de Taninges, fondée par Béatrix de Faucigny, ne fut pas des moins remarquables. Là, on vit s'enfermer successivement pendant

1 Stat III. P. cap. xxni, n. 22.

-Formule pour la visite des maisons des Religieuses Chartreuses. In-40 de la hih!. de Grenoble, n. i-.—Stat. III. P. cap. xxiu, n. 5i.

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des siècles les plus beaux noms de la noblesse Savoisienne, et il ne manque à plusieurs de ces vierges illustres que le jugement de l'Eglise pour confirmer infailliblement la vénération qui, de nos jours encore, s'attache à leur mémoire ! . »

Les Moniales Chartreuses sont soumises au Chapitre Général qui nomme, pour les diriger, un Religieux de l'Ordre, avec le titre de Vicaire. La direction de ces Religieuses exigeant, de la part de leurs Vicaires, de grandes qualités et des aptitudes spéciales, il fallait trouver, à la fois, de sages administrateurs et des maîtres expérimentés dans la vie spirituelle. C'est pourquoi le Chapitre Général désigna toujours, pour ce poste difficile, ses plus éminents Religieux.

Toujours les Chartreux éprouvèrent une certaine appréhension à se charger de la direction des Monastères de femmes. Outre les embarras et les difficultés inhérentes à cette charge délicate , les pieux disciples de saint Bruno craignaient que l'esprit de solitude et de recueillement qu'ils avaient cherché en quittant le monde, ne vint à s'altérer en eux. On rapporte que le Pape Clément VIII, grand admirateur de leurs vertus , ayant voulu les charger de la direction des premières Carmélites qui vinrent à Paris, ils refusèrent cet honneur 2 .

Le Vicaire des Moniales a toujours avec lui un autre Religieux, appelé Coadjuteur, qui le remplace

1 L'abbé Jean Falconnet, op. cit. p. 23. - R. P. Dosithée. Vie de saint Jean-de-la-Croix, t. II, p. îo8, 3 12. — de Tracv, or», cit. p. 367.

en cas de maladie ou d'empêchement, et un ou deux Frères pour le service.

Un Couvent de Moniales offre deux parties bien distinctes : la Maison monastique des Religieuses, qui comprend d'une part l'église, le Chapitre, le réfectoire, les cellules et l'enclos; et d'autre part, la demeure du Vicaire et du Coadjuteur. Ce quartier spécial porte le nom de quartier des Religieux -, il est habité par les Pères et par un ou plusieurs Frères Convers attachés à leur service. La séparation du Monastère et de la Maison des Pères est complète; elle existe même à l'église et au Chapitre, seuls endroits où les Religieux, à cause de leur ministère, se trouvent en rapport avec la Communauté.

L'église du Monastère présente deux divisions : le sanctuaire qui forme le chœur des Pères, et le chœur des Moniales séparé du sanctuaire par une double grille et un double rideau, dont un seul est plié pendant les Offices, le second étant assez transparent pour permettre aux Religieuses de voir l'autel. Le chœur des Moniales est lui-même divisé .en deux, comme dans les églises des Chartreux; la partie la plus éloignée de l'autel sert aux Sœurs Converses. De chaque côté du sanctuaire régnait autrefois, dans quelques Maisons, une galerie grillée qui permettait au peuple de venir assister à la messe du dimanche : à gauche de l'autel la galerie des hommes, à droite celle des femmes. Cette disposition n'est cependant pas obligatoire, et nous devons constater qu'on ne la trouvait pas dans tous

les Couvents de Moniales. Le plus souvent on se contentait d'une petite construction, en forme de chapelle, ayant vue sur le sanctuaire.

Les Généraux de l'Ordre et le Chapitre Général portèrent toujours tous leurs soins à conserver, dans les humbles et silencieuses retraites des Vierges cartusiennes, l'observation constante des saintes Règles de l'Ordre. Toutefois, malgré les visites souvent répétées, malgré le zèle et la sévérité des Visiteurs, il fallut user de fermeté pour arrêter les abus qui tentaient de se glisser dans ces saintes Maisons. Un moment on eut à craindre que l'affluence des Religieuses issues de familles nobles engageât les Prieures à exiger des parchemins nobiliaires pour l'admission des Novices ; mais les Chapitres Généraux le défendirent expressément et déclarèrent qu'en agissant ainsi, les Moniales se laisseraient diriger par la vanité et l'orgueil, et s'écarteraient par là même de l'esprit de leur fondateur. Grâce à ces défenses, l'entrée du Monastère resta libre à toute véritable vocation l.

Malgré la piété et la ferveur qui, en général, faisaient des Vierges cartusiennes les dignes émules des Religieux, le Chapitre Général crut devoir, en diverses circonstances, interdire la fondation de nouveaux Monastères de femmes 2. Le Révérend Père Dom Innocent Le Masson prit même à cet effet une mesure énergique : « Nous ordonnons,

1 De Tracv, op. cit. p. 35q.

a Annal, cit. Lih. III. P. II, cap.vi, n.zg.—Id. Lib. III.

cap. xxm, n. ?2.

dit-il, par un Statut perpétuel et irrévocable, qu'on ne reçoive ni incorpore plus de Maisons nouvelles de Moniales de notre Ordre. Il doit nous suffire d'avoir la charge de celles que nous avons déjà reçues l. » Cette Ordonnance avait été portée parce que, d'une part, la surveillance de ces Monastères menaçait de devenir trop onéreuse aux Chartreux qui étaient obligés de sortir souvent de leur solitude pour les visiter, et, d'autre part, on jugea prudent de ne pas rendre trop facile à de faibles femmes l'entrée d'un Institut aussi rigoureux et aussi austère.

L'Ordre ne compta jamais un grand nombre de Maisons de Moniales, et les deux tiers n'existaient plus avant la fin du XVIe siècle; la plupart avaient été détruites au milieu des guerres qui désolèrent l'Europe au Moyen-Age. Au moment où la Révolution éclata en France, ces Couvents étaient réduits à quatre : Prémol, au diocèse de Grenoble; Melan, au diocèse d'Annecy ; Salettes, au diocèse de Lyon ; etGosnay, au diocèse d'Arras. Actuellement l'Ordre de saint Bruno ne possède plus que trois Maisons de Religieuses : Beauregard, au diocèse de Grenoble; La Bastide-Saint-Pierre, au diocèse de Montauban ; et Notre-Dame-du-Gard, au diocèse d'Amiens.

Les Couvents de Moniales ont pour dignitaires la Prieure, la sous-Prieure, la Cellérière aidée dans les grandes Communautés par une sous-Cellérière, et la Maitresse des Novices.

La Mère Prieure2 est soumise au Révérend Père

1 Cf. Formule pour la Visite, op. cit., n. 29.

2 Annal. Lib. II, p. 174, n. 1. Stat. III. P., cap. xxiu, n. 5.

et au Chapitre Général, et doit faire exécuter les ordres et les Règlements qu'ils lui transmettent. Elle a la direction intérieure de la Communauté, et celle-ci, au jour de son installation, est tenue de lui promettre obéissance1. Toutefois cette autorité n'est pas absolue; la Prieure est obligée de prendre conseil du Père Vicaire, dans tous les cas de quelque importance ; et dans un grand nombre de circonstances cette intervention est considérée, par les Statuts, comme absolument nécessaire. La Prieure inspecte, surveille et dirige tout ce qui concerne le Monastère; préside le Chapitre et nomme aux différentes dignités de la Maison, après en avoir référé au Père Vicaire. Elle est élue à la majorité des suffrages, par le Vicaire2 et les Religieuses Professes de la Communauté ; dans certains cas, elle est nommée ou désignée par le Chapitre Général. D'après les anciens Statuts, la Prieure devait avoir au moins trente ans3; plus tard on exigea quarante ans et huit ans de consécration, et Ton n'admit trente ans d'âge et cinq ans de consécration que dans le cas où l'on ne pourrait pas trouver une Religieuse plus âgée, capable de remplir cette charge 4. C'est la Règle encore en vigueur chez les Moniales. De même que les Prieurs de l'Ordre, la Mère Prieure est obligée d'envover sa démission

K Annal. Lib. II, P. II, cap. vi, n. 4.

- Dans l'élection, la première voix appartient au Vicaire. Ibid. Lib. II, P. II., cap. vi, n. 7. Stat. III. P., cap. xkiii, n. 1.

3 Annal. Lib. IL P. IL cap. vi, n. 9.

1 Stat. III. P. cap. xxni, n. 3.

au Chapitre Général, qui la confirme dans sa charge, ou l'absout, selon qu'il le juge convenable.

La sous- Prieure remplace la Prieure, lorsqu'il y a nécessité; elle veille sur les jeunes Professes et leur sert d'assistante, lorsqu'elles sont autorisées par la Supérieure à se rendre au parloir. La Cellérière et la Sous-Cellérière remplissent les fonctions du Procureur; elles sont chargées du temporel de la Communauté et de la direction matérielle des Sœurs Converses.

Le costume des Moniales Chartreuses est semblable à celui des Religieux de l'Ordre. Elles portent une robe de laine blanche et la cuculle, moins le capuchon, qui est remplacé par une guimpe couvrant le cou, un bandeau et un voile qui peut se rabattre sur le visage. Ce voile est blanc pour les jeunes Professes et noir pour les vierges consacrées. Au chœur, elles portent toutes un manteau blanc.

Les Novices ne sont distinguées des Professes que par leur scapulaire qui est moins large et sans bandes.

D'après les Statuts, les Postulantes ne peuvent être reçues dans les Monastères de Moniales avant l'âge de quinze ans1. La Prise d'habit a lieu après une année de Postulat, et la Profession après une autre année dite de Probation 2. La Consécration solennelle de la Vierge Chartreuse ne peut avoir lieu que quatre ans après la Profession, et à la con-

1 Stat. III. P. cap. xxm, n. 7. 18.

- Ibid. n. m.

dition expresse d'avoir vingt-cinq ans d'âge1 . D'après les Statuts de l'Ordre, les vœux prononcés par la Moniale devraient être solennels, mais depuis la Révolution, ils sont considérés comme simples par l'Église. Les Moniales Chartreuses rentrent dans le droit commun reconnu pour toutes les Religieuses de France. Le temps désigné par les Statuts pour le Postulat et la Probation, ainsi que les quatre années qui séparent la Profession de la Consécration, ne doivent être considérés que comme un minimum ; l'épreuve peut toujours être prolongée, si la Mère Prieure et le Père Vicaire le jugent convenable. Jusqu'à leur Consécration, les jeunes Professes restent sous la tutelle de la Sous-Prieure ou de la Maîtresse des Novices.

Les Prieures des Moniales et les Sous-Prieures peuvent seules porter le titre de Vénérables Mères, les autres Religieuses sont appelées Vénérables Sœurs. A l'époque où les jeunes filles issues de familles nobles se trouvaient en grand nombre dans les Monastères de Moniales Chartreuses, quelques Prieures voulurent se donner le titre de Dames. Cet exemple fut bientôt suivi par les autres Religieuses, mais une Ordonnance du Chapitre Général vint bientôt les rappeler à l'humilité et à l'observance de la Règle. L'Ordonnance portait : « Que les Prieures et sous-Prieures dans les Maisons de nos Moniales, ne soient pas, selon la teneur de notre Statut, appelées par les personnes de l'Ordre,

* Ibid. n. iq.

Dames, mais Mères, et que les autres soient appelées Sœurs ; ce que nous voulons être dorénavant étroitement observé ' . »

Avant de terminer ce chapitre, disons quelques mots de la réception des Postulantes de chœur, de la Prise d'habit, de la Profession et de la Consécration.

La cérémonie de la réception des Postulantes se fait au Chapitre. Lorsque la Prieure a introduit, au milieu de la Communauté, la jeune fille qui désire être admise parmi les Moniales, le Père Vicaire, debout près de la grille, s'adresse aux Religieuses et leur dit :

« Mes Vénérables Sœurs, voici une Postulante « qui demande depuis quelque temps, avec instan- « ces et humilité , la grâce d'être admise dans « votre sainte Maison, au nombre des Religieuses « de chœur. Nous avons examiné avec soin ses « dispositions et sa vocation, et l'avons jugée « digne d'être reçue à la Probation, en habit sé- « culier , selon l'usage de l'Ordre. De son côté, « elle éprouvera si elle a assez de force et de cou- « rage pour se rendre fidèle à la voix de celui qui « l'invite à embrasser les croix et les humiliations, « suivant l'exemple qu'il nous en a donné lui-même, « ce qu'elle doit espérer de la Grâce. Mais pour sa- « tisfaire au*x saints Conciles et aux intentions de « la Communauté, je dois lui faire une demande « en votre présence. »

Ordonnance de 1G48. — Cf. Stat. cit ut supra, n. 12.

« Est-ce bien librement, ma fille, et de votre propre volonté que vous demandez à être Religieuse dans ce Monastère ? »

Si la Postulante répond affirmativement, le Vicaire ajoute :

« Combien vous êtes heureuse de suivre la voix « de ce bon Pasteur et de surmonter généreusement « les obstacles qui ont pu s'opposer à votre entrée « en Religion. Remerciez de tout votre cœur la di- « vine Bonté de ce qu'elle vous choisit de préfé- « rence à tant d'autres qui seraient plus dignes que « vous d'être consacrées à son service. N'oubliez a jamais qu'en vous donnant à Dieu, vous vous « destinez à une vie de pénitence, de mortification « et surtout de renoncement à votre propre volonté; « aussi devez-vous vous attendre à bien des sacri- « fices à faire, pour mourir à vous-même; c'est « pourquoi vous devez vous appliquer ces paroles « du Saint-Esprit : « En vous donnant au service « de Dieu, prépare^ votre âme à la tentation ;» « mais ayez confiance, vous ne serez point éprou- « vée au-dessus de vos forces, car le Seigneur, si « vous êtes fidèle, proportionnera toujours sa grâce « à vos besoins. C'est ce que je lui demande en « même temps que je le prie de vous bénir. »

Après cette cérémonie, la Postulante reçoit le baiser de paix de toutes les Religieuses, puis la sous-Prieure et la Maîtresse des Novices la conduisent au noviciat. Après l'acte de consécration, la sous-Prieure met sur les habits de la jeune Postulante un manteau noir, en disant : « Ma Sœur,

« recevez ce manteau en signe de deuil, comme « voulant être morte au monde, et que le monde le « soit pour vous, en môme temps qu'il vous rap- « pellera la vie pénitente, humble et mortifiée que « vous désirez embrasser. Dès ce moment, nous « vous considérons comme membre de la Commu- « nauté, dont vous suivrez désormais les exercices « et la Règle ' . »

Après Tannée de Postulation, si le Père Vicaire et la Mère Prieure le jugent convenable, la Postulante se présente devant la Communauté réunie au Chapitre, et si la majorité des suffrages est acquise à la future Novice, il lui est permis de présenter sa demande au Père Vicaire. La formule est la même que pour les Religieux.

Avant d'agréer cette demande, le Père Vicaire rappelle à la Postulante les principales obligations de l'état qu'elle désire embrasser. « La Règle des Re- « ligieuses de notre saint Ordre, lui dit-il, consiste « dans les vœux de religion, de stabilité, de clôtu- « re, de virginité et de conversion des mœurs. Vous « ne devez pas non plus ignorer que leur vie est « austère ; vous aurez de longs Offices à réciter « de nuit et de jour ; des jeûnes presque continuels, « l'abstinence perpétuelle de la viande, la solitude, « le silence, et avec cela un renoncement entier à « votre propre volonté, par la pratique de l'obéis- « sance et le dépouillement de vous-même et de ce « qui vous appartient par le vœu de pauvreté. —

' Cérémonial cit. p. 249 et sq.

« Pensez-vous pouvoir vous soumettre à la pra- « tique de toutes ces observances ?

La Postulante répond : « Je l'espère de la grâce « de Dieu, avec le secours de vos prières, mon « Vénérable Père, et de celles de mes Vénérables « Mères et Sœurs. »

Après avoir répondu : Deo grattas, le Vicaire ajoute :

« De la part de Dieu et de l'Ordre; de ma part, « de celle de la Vénérable Mère Prieure et de la « Communauté, je vous associe à notre Ordre et « vous avertis qu'avant de faire votre Profession , « vous pourrez vous retirer; de même que Ton sera « libre de vous renvoyer, si, ce qu'à Dieu ne plai- « se, votre conduite ne nous convenait pas. »

Au jour désigné pour la Prise d'habit, qui doit toujours être un dimanche ou une fête de Chapitre, la jeune Postulante se présente avant la messe, près de la grille du sanctuaire; et là, devant la Communauté toute entière, la future Religieuse demande publiquement au Père Vicaire, « pour l'amour de Dieu », d'être reçue à la Probation, « sous le saint habit de Moniale.»

Après une exhortation du Père Vicaire, la Postulante est conduite au Chapitre . Elle s'agenouille devant la Prieure qui lui coupe une mèche de cheveux, tandis que les Religieuses chantent, avec cette harmonie douce et pénétrante qui distingue le chant Cartusien , l'antienne « Dominus pars hcereditatis

meœ etc. « Le Seigneur sera la portion de mon

héritage et de mon calice ; c'est vous, ô mon Dieu,

qui me rendrez mon héritage . » La Postulante jette ensuite dans un plateau les cheveux qu'on vient de lui couper et dit : « Omncm ornatum mundi contempsi, pr opter amorem Domini Nostri Jesu Christi . » J'ai méprisé tout ornement du monde, pour Notre-Seigneur Jésus-Christ. »

La Prieure, aidée de la sous-Prieure et de la Maîtresse des Novices, revêt la Postulante de la robe monastique, de la ceinture, de la guimpe et du bandeau qu'elle recouvre des longs plis d'un voile blanc.

Revenue processionnellement à l'église, la jeune vierge dépose le cierge qu'elle tient à la main et s'agenouille à la grille du sanctuaire, devant le Célébrant . La Mère Prieure et la sous-Prieure lui mettent alors la cuculle, le manteau et le voile blanc des Novices, qui vient d'être béni. Le Père Vicaire lui pose enfin sur la tête une couronne de fleurs, et lorsque la Novice se relève, elle fait partie de la sainte famille Cartusienne; elle est la fiancée du Christ, comme l'expriment si bien ces paroles de la cérémonie : « Accipe coronam, ut efficiaris sponsa Christi et Jîdeliter Mi serviens, immortalitatis gloriâ coroneris. » — « Recevez cette couronne comme fiancée de Jésus-Christ et soyez-lui fidèle, afin de mériter d'être couronnée de la gloire de l'immortalité. »

Six semaines environ avant la fin de Tannée de Probation de la Novice , si le Père Vicaire et la Mère Prieure lui reconnaissent les qualités reauises pour être admise à la Profession, on l'au-

torise à présenter sa première demande d'admission. Le Vicaire recueille de nouveau les votes de la Communauté réunie au Chapitre, et si la Novice obtient la majorité des suffrages, elle peut renouveler sa demande . La cérémonie de la Profession d'une Moniale étant entièrement semblable à celle du Religieux Chartreux nous y renvoyons le lecteur1.

En dehors des voeux que font les Professes, il y a, comme dernier degré, la consécration de la vierge à Dieu ; l'Évêque diocésain seul a le pouvoir de donner cette consécration, et c'est au milieu de touchantes et pieuses cérémonies qu'il bénit l'union mystique de la vierge Chartreuse avec le céleste Époux.

Ce rit n'a pas une origine Cartusienne; les Religieuses de Prébayon, qui suivaient la Règle de saint Césaire d'Arles, avaient l'antique consécration des Vierges ou Diaconesses de la primitive Église. Lorsque, en 1 145, elles embrassèrent la Règle de saint Bruno, elles conservèrent cet usage qui s'est maintenu dans l'Ordre ; il remonte donc directement à saint Césaire et par lui à la primitive Église. Entrons dans quelques détails sur cette cérémonie.

Après Y Alléluia qui suit l'Épître de la messe, l'Évêque, tourné du côté du chœur des Religieuses, invite la Moniale à venir elle-même au-devant du divin Époux qui lui est destiné. Aussitôt la tille de

1 Voir p. 324.

saint Bruno, pénétrée de son indignité et de sa faiblesse, se prosterne ; mais confiante dans la bonté et la miséricorde du Seigneur, elle se relève et s'avance vers le Pontife. L'Archidiacre à genoux, s'adressant à l'Evêque, lui dit : « Très-Révérend Père, l'Église vous supplie d'agréer, comme épouse du Seigneur Jésus, la chaste vierge préparée pour les noces mystiques. » — «J'y consens, dit l'Evêque, mais nous ne pouvons accepter que des épouses sans souillures. » L'Archidiacre lui ayant assuré qu'elle est aussi pure que le permet l'infirmité de la nature humaine, le Prélat consécrateur dit qu'il l'accepte, et il chante l'antienne « Venite » pour marquer que, dès le moment où Notre-Seigneur Jésus-Christ trouve un cœur dignement préparé par sa grâce, il veut concourir à la réalisation des saints désirs qu'il lui inspire.

A l'appel touchant de l'Evêque, la vierge s'avance de quelques pas, et se met à genoux en chantant « et mine sequimur » — « Nous vous suivons. » — « Venez, » répète le Prélat ; elle se lève pour chanter de nouveau : « Nous vous suivons de tout cœur » — « Et nunc sequimur in toto corde. » — Mais, dans ■ son humilité, elle considère sa faiblesse, et s'agenouille de nouveau. Pour la troisième fois, l'Evêque dit : « Venez, ma fille, je vous enseignerai le commencement de la sagesse, la crainte du Seigneur. » — « Venite, Jïlia, audite me, timorem Domini docebo vos. » — Alors la Moniale se lève et après avoir chanté une antienne, dans laquelle elle demande au Seigneur de la rece-

voir dans sa bonté et sa miséricorde, elle se prosterne pour la troisième fois.

Le Prélat, après, avoir rappelé à la Moniale les devoirs de l'épouse mystique, l'interpelle pour lui demander si elle veut persévérer dans la virginité; et il s'établit, entre l'Evêque et la fiancée du Christ, un dialogue chanté, une série de demandes et de réponses qui confirment la sincérité des vœux de celle qui veut s'unir au céleste Époux.

« Voulez-vous persévérer dans la résolution de la virginité ? »

« Voulez-vous garder perpétuellement la virginité ? »

« Voulez-vous être bénie et consacrée, et vous donner pleinement à Jésus-Christ, fils de Dieu ? »

« Oui, je le veux, je le promets, mon vœu le plus cher est l'union la plus parfaite avec mon Dieu. » Et elle baise la main du Pontife pour montrer sa soumission au divin Maître. Sur cette protestation de sa foi et de son amour, l'angélique fille de saint Bruno, comme le sous-diacre au jour de son ordination, fait le pas décisif et se prosterne devant l'autel. Aussitôt, pour appeler comme témoins de cette sainte union tous les Bienheureux de la Cour céleste, le chœur chante les litanies des Saints. L'Evêque demande au Seigneur de répandre la rosée de ses grâces sur sa « chaste servante », lui donne sa bénédiction, et appelle TEsprit-Saint à prendre possession de cette âme qui lui est toute dévouée.

Après le chant du « Vent creator, » l'Evêque

bénit les ornements nuptiaux : Panneau, les vdiles, la couronne, l'étole, le manipule et le bréviaire. A la nouvelle invitation du Prélat, la Vierge Chartreuse répond : « Je suis la servante du Seigneur. » Puis elle reçoit le voile noir, tandis que le chœur, dans un chant plein de suavité, redit le bonheur de la solitude et de l'isolement volontaire.

L'Évêque entonne le répons « Desponsain » : « Venez, dit-il, l'hiver est passé, la tourterelle soupire et la vigne fleurie répand sa bonne odeur. » Il semble dire à la jeune fiancée: vous n'avez plus que faire dans le monde stérile comme l'hiver; il vous faut maintenant vous retirer dans la solitude, vous consumer comme la tourterelle en des soupirs de tendresse et d'amour pour votre céleste Époux, et répandre comme une vigne fleurie le doux parfum d'une vie sainte et religieuse.

Comme signe de l'alliance qu'elle vient de contracter, l'épouse mystique reçoit l'anneau d'or et chante : « Je suis l'épouse de celui que servent les anges, et dont le soleil et la lune admirent la beauté. Je suis son épouse, le Seigneur m'a engagée à lui par son anneau et m'a décorée d'une couronne en qualité de son épouse. » — « Ipsi sum desponsata, cui angeli sèrviunt, cujus puîchritudinem sol et luna mirantur. — Annulo suo subarrhavit me Dominus meus Jesus-Christus, et tanquam sponsam decoravit me coronâ. »

Cependant l'Évêque a mis, sur la tête de la vierge consacrée, une couronne de fleurs, pour montrer le triomphe de la virginité, et il trouve les plus

poétiques accents des livres saints pour redire les joies et le bonheur des âmes qui s'attachent à Jésus- Christ.

L'Église a voulu, pour honorer les vierges consacrées qui sont les épouses mystiques du Christ, leur accorder quelques-uns des ornements qui sont réservés au sacerdoce ; c'est pourquoi TÉvêque leur donne l'étole, le manipule et la croix. En présentant le manipule à la Moniale Chartreuse, il lui dit : « Que votre bras droit — elle porte le manipule au bras droit, tandis que le prêtre le porte au bras gauche — orné du signe de la force, offre l'empreinte de cette force clans vos actions viriles et dans votre confiance invinciblement placée dans le Seigneur. » En lui remettant l'étole, il lui rappelle que le joug du Seigneur devra toujours être pour elle une joie et un bonheur. « C'est le joug du Seigneur, de celui qui nous a appris la douceur et l'humilité de cœur. » Enfin le Prélat place sur l'épaule droite de la Religieuse une petite croix de bois, en signe du renoncement quotidien qu'elle devra pratiquer à la suite du divin Sauveur.

La solennité de la messe continue. A l'Offertoire, la Moniale consacrée, revêtue des insignes de sa dignité, offre à l'Évêque un cierge allumé et lui baise la main. C'est l'action de grâces de l'épouse ; elle donne à Jésus-Christ des gages de son amour et de la pureté de son intention, souhaitant que le feu de son sacrifice soit uni au sacrifice eucharistique offert par son divin Époux. Enfin arrive le banquet des épousailles célestes, la sainte commu-

nion. Toute remplie d'amour divin l'épouse du Christ, qui vient de recevoir son Époux, chante cette délicieuse antienne : « J'ai pris de sa bouche le lait et le miel, et son sang a embelli mes joues. » — « Mel et lac ex e/us ore suscepi et sanguis ejus ornavit gênas meas ' . »

Pour accomplir un dernier rite, le Pontife présente à la vierge consacrée le bréviaire, en lui disant : « Recevez ce livre, afin que vous lisiez l'Office dans l'église, au nom du Père, du Fils et du Saint- Esprit. La cérémonie se termine par le chant du « Te Deitm laudamus » et la remise de la Moniale entre les mains de la vénérable Mère Prieure.

Les Religieuses Chartreuses ne portent les ornements complets de la consécration que le jour de leur sacre, ainsi qu'au jubilé de leur cinquantième année de Profession, et au jour de leurs funérailles. Il est dans les usages des filles de saint Bruno d'enterrer avec ses insignes la vierge consacrée : l'étole, le manipule et la couronne virginale2.

Aux messes conventuelles, une Religieuse consacrée chante l'Épître, mais elle ne prend pas le manipule. C'est là sa seule immixtion dans les prières et les cérémonies du saint sacrifice, « Ceux qui croyent, « dit le Père de Tracy 7, que les Chartreuses chance tent l'Évangile à la grande-messe se trompent. « Elles ne chantent que l'Épître'; mais à Matines, « s'il n'y avait pas de Religieux, celle qui chante-

1 Cf. Pontificale romanum.

2 Cf. Cérémonial, cit. p. 338.

:t Op. cit. p. 365.

« roit TÉvangile, à l'Office de la nuit, prendroit « l'étole. »

Il en est de même de la Religieuse qui, le Jeudi- Saint, chante TÉvangile du lavement des pieds, ou le Mandat um. En dehors de ces circonstances exceptionnelles, la Moniale consacrée n'a rien qui la distingue des autres Professes, si ce n'est le voile noir et l'anneau.

De même que les Couvents de Chartreux ont des Frères Convers et des Frères Donnés, les Moniales Chartreuses ont des Sœurs Converses, des Sœurs Données et des Sœurs Tourières qui s'occupent des travaux de la Maison, sous la surveillance de la Cellérière.

Le costume des Sœurs Converses consiste en une robe longue de laine blanche, un scapulaire de même étoffe qui ne descend que jusqu'aux genoux, et une guimpe avec bandeau recouvert d'un voile blanc. Les Sœurs Données portent le même costume, seulement leur robe est brune, ainsi que leur scapulaire; celui-ci cependant est moins grand que celui des Converses. Les dimanches et les fêtes, et lorsqu'elles assistent aux Offices conventuels, on les autorise à porter la robe et le scapulaire blancs avec ceinture, mais sans chapelet. Les Sœurs Tourières sont toujours en brun.

L'Office des Sœurs Converses se compose, comme nous l'avons vu pour les Frères Convers, d'un certain nombre de Pater et &Ave Maria pour chaque Heure canoniale. La brièveté de ces prières est compensée par les travaux manuels de chaque

jour. Les dimanches et les jours de fêtes, les Sœurs Converses assistent à tous les exercices conventuels, même à l'Office de la nuit.

Les Statuts exigent cinq ans de Donation avant de faire le Noviciat de Converse. Ce" Noviciat doit durer au moins un an, et ce n'est qu'après ce temps d'épreuves, qu'il est permis aux Sœurs de faire des vœux simples. Cependant, sur la demande ou du consentement de la Mère Prieure, le Père Vicaire peut permettre aux Sœurs Données et aux Sœurs Tourières qui donneraient l'exemple de la régularité et de la ferveur, de faire en particulier les vœux de Religion pendant un temps qui ne doit pas dépasser six mois; mais on peut leur permettre de les renouveler.

« L'immolation de saint Bruno, dit l'auteur de la vie de sainte Roseline, s'applique aux deux sexes; mais peut-être sa plus haute merveille est celle qui se réalise dans la vierge Chartreuse. Nul apôtre de la continence et de la virginité ne l'a plus exaltée que saint Bruno, et il est beau de voir les chastes et sublimes élans de son âme se communiquer à des cœurs de jeunes vierges.

« Qui eût pensé que de faibles femmes pourraient trouver le bonheur dans une séquestration absolue, un silence presque perpétuel, dans des jeûnes multipliés, des macérations constantes, dans l'abstinence continuelle du gras, des aliments qui flattent les sens ou soutiennent la faiblesse? que des jeunes filles souriantes cacheraient leurs grâces sous les plis de la robe cartusienne, comme dans un nuage de mo-

deste chasteté ! qu'on les verrait subir les continuelles aspérités d'un vêtement grossier. . . . « Qui eût osé croire que Ton verrait ces délicates organisations triompher, chaque nuit, des douceurs du sommeil, au milieu des accablements de l'été ou des rigueurs de l'hiver, et, vierges pleines de courage, traverser les effrayantes horreurs des ténèbres, se réunir, pour chanter les louanges de Dieu, jusqu'à l'heure où le concert des oiseaux commence dans les champs ? Ce qui paraît si difficile aux plus mâles tempéraments est réalisé par la délicatesse féminine, et il sort de cet excès de sacrifice, vaillamment accepté, un tel contentement de la conscience, un sentiment constant de bonheur intérieur si inattendu, que Ton subit la séduisante ivresse de ces parfums de vertu, de paix et de joie céleste ! Les plus charmantes fleurs veulent donc éclore et s'épanouir au milieu des épines !

« Pour anéantir les prétentions d'infirmité de ce que l'on appelle les petites-maîtresses, voyez donc les Religieuses Chartreuses , voyez ces humbles femmes, d'un extérieur si frêle, et d'une âme si forte ! Ne puisent-elles pas une secrète et mystérieuse vigueur dans leurs austérités? La mollesse du régime du corps n'a plus d'excuse, quand on voit de tels effets de l'énergie de l'âme.

« Si la prière infuse de telles forces dans des corps si infirmes, quelle objection pourront alléguer les organisations viriles lorsqu'il s'agira d'exécuter les utiles préceptes de la morale ? Les mâles vertus des vierges Chartreuses sont plus persuasives que

toutes les déductions de la logique ; chacune de ces saintes filles est un miracle de la transfiguration de l'humanité par l'Évangile. Et des miracles pareils se renouvellent constamment depuis sept siècles

« La vierge Chartreuse est le trait d'union de la constitution religieuse et physique du temps passé avec les conditions du temps présent.

« La Sœur de charité a des épreuves toutes différentes de celles de la Chartreuse ; Tune a le mérite tout intérieur, tout spirituel de Marie, sœur de Lazare, l'autre a l'apanage extérieur de Marthe. A la Chartreuse, la grâce de la prière, de la méditation qui domine les sens, tandis qu'à la Sœur de charité appartient le mérite des bonnes œuvres et de l'exécution. La contemplation est le rare privilège de quelques esprits, les œuvres sont l'attribut le plus général. La Chartreuse a les grâces plus exquises et plus sublimes, la fille de Saint Vincent de Paul a les grâces les plus sensibles et les plus accessibles ; la loi du sacrifice est le fondement commun de ces vertus diverses. La Chartreuse est Jésus-Christ dans le désert ou dans l'immolation mystique de la Cène ; l'autre est Jésus-Christ dans l'œuvre de la prédication miraculeuse et de la Passion laborieuse !. »

1 Comte H. de Villeneuve- Flayosc, Histoire de Suinte Roseline de Villeneuve, Religieuse Chartreuse, p. 200 et sq.

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