‹ Saint Bruno et l'ordre des ChartreuxChapitre 9 sur 96 · NOMBREUX MIRACLES PRES DE SON TOMBEAU · texte numérisé non relu

NOMBREUX MIRACLES PRES DE SON TOMBEAU

ANS la pieuse et sainte solitude du Monastère de Sainte-Marie, Bruno était heureux de se donner entièrement aux âmes d'élite qui, dégoûtées du monde, étaient venues se mettre sous sa direction; il les entourait de la plus affectueuse sollicitude . Plus particulièrement occupé des Solitaires de Calabre, il n'oubliait cependant pas ses disciples de France. Souvent, sa pensée franchissait les Alpes et se reportait vers le Désert de Chartreuse, où il aurait vivement désiré finir sa carrière. Quoique éloigné, il était tou-

jours regardé par les Solitaires du Dauphiné comme leur supérieur et leur père, et rien d'important n'était décidé sans ses conseils. Il entretenait avec eux une correspondance suivie, les instruisait sur les pratiques de la vie érémitique, leur donnait de sages conseils et répondait avec simplicité et charité aux difficultés qu'ils lui soumettaient.

Ces correspondances ne purent cependant satisfaire ses disciples, et ils crurent devoir, pour mieux connaître les instructions du saint fondateur, lui députer Landuin, leur Prieur1. Bruno, en revoyant son ami, crut un instant avoir retrouvé son ancienne et chère solitude. Dans de tendres et pieux épanchements, il faisait revivre le passé et se voyait encore avec ses premiers disciples dans l'aride et sauvage Désert de Chartreuse. Après que Landuin lui eut rendu compte de son administration et de l'état spirituel de sa Communauté , saint Bruno posa, de concert avec le Prieur de l'Ermitage du Dauphiné, les bases des Constitutions qui devaient régir ceux qu'il appelait ses frères, et les former aux vertus de la vie monastique. Toutefois il n'écrivit rien, mais Landuin recueillit avec soin, dans des notes détaillées, les entretiens qu'il eut à ce sujet, avec son saint ami. Ces notes ont été reproduites en substance, quelques années plus tard, dans le travail de Dom Guiaues ier sur les Coutumes de l'Ordre.

Le Prieur du Désert de Chartreuse aurait désiré rester près de son père vénéré, qu'il ne comptait plus

1 Mabillon, op. cit., t. v. lib. i.xix. n. cix.

revoir sur la terre, mais comprenant que sa présence était nécessaire à ses Religieux, il obéit à son devoir et partit pour la France. En traversant l'Italie, de nouveau déchirée par le schisme de l'antipaps Guibert, il tomba entre les mains des partisans de l'intrus . Ceux-ci voulurent le forcer à reconnaître leur maître comme le chef légitime de l'Église; Landuin s'y étant énergiquement refusé, fut retenu prisonnier et jeté dans un cachot. L'année suivante, il fut délivré, par la mort de Guibert, et reçut l'hospitalité dans un Monastère voisin du lieu où il avait été enfermé. Affaibli par la souffrance de sa captivité, il mourut bientôt après, sans avoir pu arriver au terme de son voyage (i ioo) '. Ses notes, ses instructions sur la Règle, et une lettre que saint Bruno avait écrite à ses disciples de France, parvinrent en Dauphiné par le moyen d'un Frère Convers qui sut échapper aux émissaires de l'antipape. La lettre de saint Bruno est datée du 9 septembre 1099.

Dans cette lettre, inspirée par les sentiments de la plus tendre paternité, le patriarche des Chartreux redit à ses enfants bien-aimés, toute la joie qu'il a ressentie, en apprenant de Landuin quel était leur amour pour la discipline et leur zèle pour la vie contemplative ; il les félicite d'avoir su échapper aux nombreux dangers suscités par le démon, et

' Acta SS. n. 672-675. Sur Landuin Cf. ms. S. Remigii Rhcmensis, de Institut. Ord.Cctrtus., cité par Trombv. op. cit. — Labbe, Biblioth. t.i, p. 63. — Anonymus majoris Cartusia.% ap. Edmond Martène, Vêler. Scriptor. t. vi, p. 162. — Voir IV Partie, Généraux de l'Ordre.

les loue de leur fermeté à persévérer dans leur sainte vocation. S'adressant d'une manière toute particulière aux Frères Convers, il les félicite de leur piété envers le Seigneur, de leur soumission et de leur obéissance envers ceux qui les gouvernent, et s'efforce de les prémunir contre ce qui pourrait les éloigner de leur saint état.

Après avoir montré l'estime particulière qu'il ressent pour Landuin, Bruno donne quelques conseils à ses Frères. Il leur recommande de veiller sur la santé de leur Prieur et de s'opposer à des austérités au dessus de ses forces. Il termine en exprimant le désir qu'il éprouve de venir un jour les visiter dans leur solitude. Cette lettre de Bruno, la seule adressée à ses enfants spirituels qui soit parvenue jusqu'à nous, montre trop bien la bonté, l'affection et la sollicitude du saint Anachorète envers les Religieux du Désert de Chartreuse pour que nous ne la donnions pas intégralement.

« A ses frères tant aimés dans le Christ, frère « Bruno, salut dans le Seigneur.

« J'ai appris, dans nos fréquents et affectueux « entretiens avec notre bienheureux frère Landuin, « que vous aviez une juste et inflexible rigueur pour « la discipline, un saint amour et un zèle cons- « tant pour la perfection; mon âme en a tressailli « de joie; je me suis réjoui, j'ai béni le Seigneur « et je lui ai rendu des actions de grâces, tout en « soupirant amèrement ; je me suis félicité, comme « il était juste, en vous voyant accumuler vos mé- « rites, et je me suis affligé sur moi-même ; j'ai rougi

« de rester sans force et sans énergie sous le poids « de mes péchés. Oui, réjouissez-vous, frères bie.i- « aimés, de votre sort heureux et des grâces que « Dieu répand sur vous avec tant de libéralité; ré- « jouissez-vous d'avoir échappé aux dangers, aux « naufrages si nombreux sur la mer toujours agitée » du monde; réjouissez-vous d'avoir trouvé une « demeure paisible et sûre au fond de votre re- « traite. Dans le monde, beaucoup désirent parvenir « à ce port et malgré leurs efforts, ne peuvent l'at- « teindre; beaucoup après y être parvenus en sont « rejetés parce que Dieu ne les avait pas appelés. « C'est pourquoi, mes frères, soyez persuadés que « celui qui est en possession de ce bien et vient à « le perdre, déplore cette perte jusqu'à la mort, <f s'il a quelque soin ou quelque souci du salut de « son âme.

« A vous, Frères Convers, mes enfants bien ai- « mes, je suis heureux de vous dire que mon âme « glorifie le Seigneur, en voyant la grandeur de ses « miséricordes envers vous . D'après ce que m'a « appris votre Prieur et votre père qui vous est si <( cher, il se réjouit et fait l'éloge de votre conduite. « Réjouissons-nous donc, tous ensemble, de ce que « malgré votre ignorance des lettres, le doigt du Dieu « tout-puissant a gravé dans vos cœurs, non sente lement l'amour, mais encore la connaissance de « sa loi sainte. Vos œuvres prouvent que vous ai- « mez ce que vous connaissez; votre obéissance « montre que vous savez recueillir les fruits de sa- « lut produits par la Sainte Écriture. L'obéissance

« est l'accomplissement des volontés du Seigneur.

ft Elle est la clef et le sceau de toute règle spi-

« rituelle, et ne peut exister sans une grande humi-

« lité et une patience admirable, établies sur une

« véritable charité et sur un pur amour de Dieu. Mes

« frères, persévérez dans l'état où vous êtes parve-

<( nus et évitez comme des brebis très dangereuses,

a les moines laïques l, qui ne suivent aucune Rè-

« gle, parce qu'ils n'en comprennent pas la valeur.

« Paresseux et vagabonds, ils font grand tort aux

(( hommes bons et religieux, et se croient dignes

« de louanges lorsqu'ils ont diffamé des personnes

« recommandables , eux qui haïssent toute obéis-

<( sance et toute discipline.

« J'ai voulu retenir, près de moi, notre frère

« Landuin, à cause de mes graves et nombreuses

« infirmités, mais il a refusé, parce qu'il pense ne

« pouvoir rien faire de bon, d'agréable à Dieu,

« rien d'essentiel et d'utile en restant loin de vous.

« Il proteste par ses soupirs et ses larmes com-

a bien il vous est dévoué et avec quelle immense

« charité il vous aime. Je n'ai voulu lui imposer

« aucune contrainte, de peur de lui causer de la

« peine, comme aussi à vous tous que j'aime à

« cause de vos vertus. C'est pourquoi j'avertis

« votre fraternité et je vous prie humblement et

4 Ces moines vagabonds connus sous le nom deGirovagi étaient considérés comme une plaie dans l'Église; ils se servaient de leur habit monacal pour mieux cacher leur paresse et leur astuce. — Cf. Dom Calmet. Comment, in RegaLvn S. Benedictù t. i.p. i et sq. t. 11, p. 229 et sq.

instamment de lui montrer par votre manière d'agir, comme autrefois vous l'avez fait envers votre Prieur et père bien-aimé, toute la charité que vous avez dans le cœur. Veillez à ce qu'on lui donne tous les soins que réclame sa santé. S'il ne veut pas accéder à ce que vous désirez par humanité, et s'il préfère voir péricliter sa santé et sa vie que d'omettre quelque chose des austérités de la Règle, il est nécessaire de le blâmer. Peut-être aurait-il honte, lui qui doit être le premier à donner l'exemple, de se trouver le dernier; peut-être craindrait-il qu'à cause de lui, un d'entre vous ne devînt moins courageux ou moins fervent ; ce que je ne redoute en aucune façon. Pour que vous ne soyez privé d'aucun moyen d'action sur lui, je vous autorise, en ce qui me concerne, à le forcer, avec respect toutefois, de se soumettre i à ce que vous aurez décidé pour le bien de ( sa santé.

« Sachez, mes frères, que mon unique désir, après Dieu, est d'aller vers vous et de vous voir. Avec l'aide du Seigneur, j'irai dès que je le pourrai. Adieu1. »

Dieu en avait décidé autrement. L'heure de la récompense approchait pour Bruno. La mort successive de ceux qui lui étaient les plus chers, Lan-

1 Cette lettre, écrite dans un latin très pur.se trouve dans l'édition des œuvres dé saint Bruno, de iôii et 1640. Elle a été reproduite par les Bollandistes, 11.67g. — Tromby, t. 11, app. n. p. i.xxxv. — Pièces justificatives, n. i5.

duin, Urbain II, le comte Roger, lui semblait être un avertissement pour se préparer à paraître devant le souverain Juge.

Urbain II, brisé par les luttes incessantes qu'il dut soutenir pendant son pontificat, n'eut même pas la consolation, avant de mourir, de voir la paix régner dans l'Eglise. Une des grandes pensées de son règne, son œuvre de prédilection, l'importante entreprise de la croisade, il ne put en connaître le dénouement. Lorsque les messagers de Godefroy de Bouillon arrivèrent à Rome pour apprendre au Pape les victoires des croisés et la prise de Jérusalem, celui-ci était entré dans la paix éternelle. Urbain de Chàtillon était mort le 29 Juillet 1099, quatorze jours après la prise de la ville sainte. Plus heureux que son ami, Bruno put se répandre en actions de grâces devant Dieu, en apprenant que les armes des chrétiens triomphaient partout dans la Palestine et que le fils du comte de Boulogne venait d'être proclamé, par les princes, roi de Jérusalem. Bruno regretta vivement la mort d'Urbain II. Avec ce Pontife, il avait combattu pour l'indépendance de l'Eglise et avait continué, avec autant d'énergie que de gloire, la grande œuvre de Grégoire VII.

Aussitôt que l'illustre fondateur des Chartreux connut l'exaltation, sur le trône pontifical, de Rainier, ancien Moine de Cluny, Cardinal-prêtre du titre de Saint-Clément, sacré le 14 Août 1099, sous le nom de Pascal II, il lui écrivit pour faire acte de soumission et de respect. Le nouveau Pape était à la hauteur des circonstances difficiles au

milieu desquelles le Saint-Siège se trouvait enveloppé. Appelé à la Cour de Rome par Grégoire VII, Rainier avait été mêlé à toutes les luttes de cette époque mémorable, et sous Urbain II, il avait travaillé, de concert avec le patriarche des Chartreux, à la défense des privilèges et de la liberté de l'Église.

Ami de Bruno, le nouveau Pape avait en haute estime les talents, les mérites et les vertus du pieux Anachorète; il admirait la vie sainte et mortifiée que ses disciples menaient dans leur Monastère de Calabre. C'est pourquoi il voulut les combler de faveurs et prendre le Monastère sous sa protection. Pendant son séjour à Mileto,il se fit un devoir d'approuver les donations qui leur avaient été faites par le comte Roger, et confirma la Bulle que son prédécesseur avait accordée aux Chartreux1.

La mort de Landuin et celle du comte Roger affligèrent aussi très douloureusement le vénérable Bruno'2. Landuin avait été son disciple, son fils spirituel, le confident de toutes ses peines, de ses desseins et de ses vœux; il avait eu toute sa confiance, et lorsqu'il fut appelé à Rome par le Souverain Pontife, c'est à lui q u " i 1 avait remis le soin de son Monastère et la direction de ses Religieux. Le comte Roger, de son côté, avait été l'ami fidèle et constant, le protecteur et le fondateur des deux Monastères de Calabrc.

Ces deux hommes étaient attachés au patriarche

1 Bulle de Pascal II. Pièces justificatives, n. 16. - Landuin mourut en 1 100, et le comte Roger, au mois de Juillet i ioi.

des Chartreux par l'affection, et le dévouement le plus inviolable. Aussi Bruno pleura-t-il d'autant plus amèrement leur mort que ses infirmités ne lui permirent pas de leur rendre les derniers honneurs funèbres. Rien ne semblait le rattacher encore à la terre, et il ne trouvait plus de consolations que dans de pieuses communications avec Dieu qui bientôt allait Tappeler à lui.

Dès lors, il s'adonna, avec plus de ferveur que jamais, aux exercices de la vie intérieure et spirituelle. Son austérité, sa mortification et son détachement des choses d'ici-bas étaient tels'qu'il ne semblait plus appartenir à la terre. Sa conversation était toute céleste, la paix et la tranquillité de son àme était si parfaite qu'il paraissait goûter déjà par avance le repos et les douceurs de l'éternité.

Lorsque, ses forces diminuant, Bruno sentit les premières atteintes de la mort et vit arriver le moment suprême qui allait le réunir à l'unique objet de toutes les affections de son cœur, il fit rassembler, autour de lui, les Solitaires qui l'avaient pris pour guide dans la voix de la perfection. Ces Religieux s'agenouillèrent émus et recueillis autour du lit de planches, couvert de cendres, où leur père était étendu. Son corps s'affaiblissait graduellement, mais son esprit restait plein de vigueur et de lucidité, et il trouvait encore des paroles éloquentes pour redire ses sentiments d'amour de Dieu et ses pensées sur la grandeur de la vocation monastique.

Tantôt son esprit s'arrêtait à la contemplation des choses divines, et ses aspirations célestes faisaient

briller sur son visage toujours si calme et si doux, comme un rayon de la gloire éternelle : tantôt il animait ses frères, par de pieuses exhortations, les engageant à persévérer dans leur sainte vocation, et à se donner entièrement à Dieu, dans l'attente de la récompense suprême.

Un moment, ses forces semblèrent l'abandonner; mais se ranimant il fit en présence de tous ses Religieux, une confession publique des fautes de sa vie. Puis il demanda, avec humilité, à ses disciples s'ils le croyaient digne de recevoir la Sainte Eucharistie, couronnant ainsi son passé si glorieux par des actes d'une simplicité sublime. Profondément émus, ils ne surent répondre que par des sanglots.

Après qu'on lui eut administré les derniers sacrements, le vénérable fondateur des Chartreux recommanda à ses enfants spirituels de persévérer dans la charité fraternelle et leur donna pour legs suprême son amour, son attachement à l'Eglise Romaine et à son auguste chef. Enfin il fit sa profession de foi sur les principaux dogmes de la religion, et en particulier sur celui de la présence réelle de Jésus-Christ dans la Sainte Eucharistie. « Je « crois, ajouta-t-il, aux sacrements que croit et révère « l'Église Catholique et notamment que le pain et « le vin consacrés sur l'autel sont le vrai corps, la « vraie chair et le vrai sang de Notre Seigneur « Jésus-Christ, que nous recevons pour la rémission « de nos péchés, dans l'espérance du salut éternel. » Il déclara ensuite que les trois personnes de la Sainte- Trinité sont d'une seule et même substance, d'une

même nature, d'une même majesté et même puissance; que le Père, étant l'origine de toute la divinité, ne tire son être de personne; qu'il n'est ni engendré ni créé; qu'il a engendré son Fils de sa substance d'une manière ineffable, et que le Fils n'est pas différent du Père, parce qu'il est Dieu de Dieu, lumière de lumière1. Ce fut dans ces sentiments de foi vive que saint Bruno s'endormit paisiblement dans le Seigneur, au milieu de la douleur et des larmes de ses enfants spirituels, le 6 octobre iioi, à l'âge de soixante-huit ans. Il avait été le restaurateur de la vie solitaire dans l'Occident, le plus énergique instrument de la réforme commencée par l'illustre Grégoire VII, et le fondateur d'une nouvelle famille monastique, dont la puissance de vitalité a été si grande que, depuis huit siècles, elle n'a cessé d'être, par ses mortifications, la sauvegarde de la société, et, par ses vertus, la gloire de l'Eglise.

Bien des années se sont écoulées depuis que cet astre lumineux a disparu de l'horizon de l'Eglise, et notre âge en contemple encore, avec bonheur, les douces clartés. Ce puissant génie s'est évanoui, mais son œuvre, restée vivante au milieu de nous, suffirait pour lui assurer l'immortalité, si Dieu n'avait pas placé, autour de son nom, l'auréole de la sainteté.

La nouvelle de la mort du saint Anachorète se répandit bientôt au dehors du Monastère. De toutes les parties de la Calabre et du reste de l'Italie, riches et pauvres accoururent pour rendre les derniers

1 Voir la profession de foi de saint Bruno, aux pièces justificatives, n. 17.

honneurs au serviteur de D'eu. Chacun voulait considérer encore une fois le visage de Maître Bruno, prier près de sa dépouille mortelle et lui demander son intercession auprès de Dieu. Le concours fut si considérable que les Chartreux durent laisser le corps exposé pendant trois jours./ pour satisfaire la vénération de la foule qui se pressait dans l'enceinte du Monastère. Le peuple ne cessait de proclamer hautement les vertus et les mérites du vénérable Solitaire, et semblait, par les marques de pieux et profond respect dont il entourait son corps, vouloir anticiper sur le culte solennel que rÉglise devait lui rendre un jour.

Le corps de saint Bruno fut inhumé dans le cimetière du Monastère, au milieu des pleurs et des prières de ses disciples. Un grand nombre de prélats, de prêtres et de seigneurs, assistaient à ses funérailles et mêlaient leurs regrets à ceux des pieux Solitaires de Calabre. Tous avaient, dans de nombreuses circonstances, admiré les vertus et la sainteté du serviteur de Dieu, et ils s'étaient empressés de venir lui rendre les derniers devoirs, comme un suprême hommage de leur respect et de leur vénération. Les Religieux de la Tour élevèrent, à leur saint patriarche, dans l'intérieur de l'église Sainte-Marie, un magnifique tombeau en forme de pyramide.

Surius, dans sa vie de saint Bruno, nous a conservé les quatre distiques que Ton dit avoir été gravés sur le marbre de ce tombeau:

Primus in hoc eremo Christi fundator ovilis Promerui fieri qui tegor hoc lapide.

Bruno mihi nomen, genitrix Alemania, meque Transtulit ad Calabros grata quies eremi. Doctor eram, prœco Christi, vir notus in orbe, Desuper illud erat gratia non meritum .

Carnis vincla dies octobris sexta resolvit, Spiritui requiem qui legis ista, pete '.

« J'ai mérité, moi qui gis sous cette pierre, de devenir le premier fondateur de cet Ermitage, bercail du Christ.

« Bruno est mon nom et l'Allemagne est ma patrie. La douce tranquillité de cet Ermitage m'a amené dans la Calabre.

« J'étais docteur et prédicateur célèbre dans le monde, non par mon mérite, mais par la grâce du Christ.

« Le six octobre a brisé les liens de la chair. Toi qui lis ces vers, demande le repos de mon âme.

Un auteur anonyme, cité par Dom du Creux', donne une autre épitaphe d'une grande simplicité :

Hic jacet magister Bruno Primus Cartusiœ Prior, Et hujus eremi Fundator et Praelatus.

1 Pour rectifier la quantité, divers changements ont été apportés à cette épitaphe. L'auteur de ces rectifications paraît être Surius lui-même. Au lieu du premier vers, on lit:

Primus in hac Christi fundator ovilis eremo. Au quatrième vers, on a remplacé eremi par nemoris. Enfin depuis que l'Église a autorisé le culte solennel de saint Bruno, on a changé le dernier vers et on a mis:

Ossa manent tumulo, spiritus astra petit. Cf. Baronius. Annales, ann. iioi. — Bollandistes. n. 734.

2 Op. cit. p. 274.

Le Seigneur fit éclater la sainteté de son serviteur en accordant des grâces signalées à ceux qui venaient prier près de son tombeau et recouraient à son intercession. Les nombreux miracles qui s'opérèrent après sa mort accrurent la vénération des fidèles pour le fondateur des Qhartreux; et la foi en sa puissance, auprès de Dieu, prit, de jour en jour, de plus profondes racines dans les âmes religieuses, admiratrices de la vie si austère, si charitable et si mortifiée du pieux Anachorète.

Les travaux, les vertus, les écrits du serviteur de Dieu ; sa fermeté inébranlable dans la défense de l'Église; sa lutte opiniâtre, d'une part contre la simonie et l'incontinence du clergé, et d'autre part contre les scandales et les infamies des investitures ; enfin la fondation d'un Ordre qui par ses prières, ses jeûnes, et ses macérations jetait un si vif éclat sur L'Institut Monastique, avaient conquis au vénérable Bruno la renommée d'une éminente sainteté, et amenaient au Monastère de Sainte-Marie un grand concours d'infirmes et de malheureux.

On rapporte qu'après les funérailles de notre Saint , une source jaillit près de l'endroit où on avait déposé son corps. Les malades qui buvaient de cette eau, en invoquant le bienheureux Anachorète, étaient miraculeusement guéris. Cette source, ajoute la légende, ne cessa pas découler pendant près d'un siècle, et elle ne tarit qu'au moment où la Chartreuse de Calabre passa entre les mains des Religieux de Citeaux1.

« Ibid. p. 248.

CH ATITT{E NEUVIÈME.

gloire posthume de saint bruno. lettre encyclique des

chartreux de calabre. — reponse des solitaires du désert

de chartreuse. — titres funebres. demarches tardives

des chartreux pour demander la canonisation de leur fondateur. — léon x proclame la sainteté de bruno par

un oracle de vive voix. lettre d'antoine cardinal de

pavie. grégoire xv étend le culte de saint bruno

a toute l'église — bref du pape accordant une indulgence pléniÈre a la fête du saint. — retour de l'er mitage de calabre aux chartreux. — invention des reliques de saint bruno. — translation solennelle de ces reliques dans l'église saint-étienne de calabre.

PRÈS la mort de leur saint fondateur, les Solitaires des deux Monastères de Calabre envoyèrent une lettre encyclique à un grand nombre d'Eglises, de Couvents et d'Abbayes de France, d'Italie et d'Angleterre, pour leur annoncer la mort de Maître Bruno et demander leurs suffrages en faveur de leur père vénéré. C'était la coutume d'en agir ainsi, afin d'obtenir des prières,

même pour les plus saints personnages, dans la persuasion où Ton était qu'il n'y a point de juste qui ne pèche '.

Les Chartreux de Calabre envoyèrent donc un Frère Convers qui se présenta dans les Eglises cathédrales, les Chapitres, les Abbayes,, les Collégiales et les Couvents, où le pieux et vénérable Serviteur de Dieu était connu. Il leur remitla lettre qui dénonçait l'obiit de Maître Bruno, et en même temps, leur présenta, selon l'usage duXIP siècle, de longs rouleaux de parchemin, Rotuli'2, sur lesquels les Évêques, les Moines et les Chanoines relatèrent, en prose ou ea vers, les qualités et les vertus du défunt, et inscrivirent les prières qu'ils s'engageaient à réciter pour le repos de son àme 3.

La plupart des éloges tracés sur le rôle des morts sont parvenus jusqu'à nous, sous le nom de tituli funèbres. Ces écrits forment le plus magnifique pa-

1 Lettre encyclique des Solitaires de Calabre. Pièces justificatives, n. 18.

2 Le porteur du Rouleau des morts était connu sous le nom deRolliger,Rotulifer,Rotuliger,Brevifer,ouencore Tomifer. Il portait ordinairement ce message suspendu à son cou, nous en avons la preuve dans les titres funèbres de S. Bruno.

Inde cutis colli teritur prœ pondère rolli. Rolligeri collum nequit ultra tollere rollum.

Cf. sur les Rouleaux des morts, le travail de M. Léopold Delisle dans la Bibl. de l'Ecole des Chartes, t. ni, u° série, p. 3yi et sq.

3 Les anciens Statuts font mention de ces Rôles et des Brèves ou Suffrages qu'on y inscrivait pour les défunts. «Participationemorationum concedimus et Brevibus et Rotulis mortuorum quipromortuisdeferuntur.o Antiq.Stat.,II. pars.c.xxxu. n.io.

négyrique qui ait jamais été composé en l'honneur d'un homme; ils exaltent les grandes et héroïques vertus du fondateur des Chartreux; ils démontrent, mieux que ne pourrait le faire l'historien, l'immense réputation de sainteté de Maître Bruno, et la place éminente qu'il occupait dans l'opinion de ses contemporains *.

On a recueilli cent soixante dix-huit de ces titres funèbres,\a plupart en vers. Pour ne pas fatiguer le lecteur, nous avons reporté ces éloges aux pièces justificatives; du moins, qu'il nous soit permis de constater que saint Bruno y est appelé : la lumière du clergé, cîericorum lumen; l'honneur du sacerdoce, sacerdotum splendor ; l'étoile du désert, Stella deserti ; le rempart de l'Église, Ecclesiœ munis; le docteur des docteurs, doctor doctorum; l'oracle des philosophes, fons philosophiœ ; l'interprète de l'Écriture , Religionis interpres ; le vainqueur du monde, mundi spretor ; le guide des saints, dux sanctoriwi ; etc. etc 2.

Dans leur douleur, les Solitaires du Désert de Chartreuse envoyèrent à leurs frères de Calabre ces quelques lignes pleines de cœur et de tristesse : « Nous, Frères de Chartreuse, qui, plus que tous « les autres, avons le grand malheur d'être privés « de la consolation de posséder encore notre bon

' Tituli funèbres. Pièces justificatives, n. 19.

3 Surius n'a donné qu'une partie de ces titres funèbres.

On trouve les autres à la suite de la vie de saint Bruno, imprimée à Bâle, en caractères gothiques, en i5i5. Les Bollandistes ont reproduit tous ces titres dans les Acta smctorum.

« père Bruno, que nous aimions si tendrement ; « nous prierons, sans limiter le nombre de nos suf- « frages, pour le repos de son âme qui nous est si « chère et dont nous révérons la sainteté. Les bien- « faits que nous avons reçus de celui que nous « pleurons, surpassent tout ce que nous devons et « pouvons faire. Maintenant et toujours nous prie- « rons pour cet unique père de nos âmes et notre « maître à tous. Les messes et les exercices spiri- « tuels qu'il est d'usage parmi nous d'appliquer « aux défunts nous les appliquerons sans cesse pour « le bien de son âme, ainsi que doivent le faire « des fils reconnaissants1.»

A la suite des éloges écrits sur le Rôle des morts, les Chartreux de Calabre tracèrent en quelques lignes le portrait de leur saint fondateur. Ils semblent avoir oublié les grandes qualités et les nobles vertus de leur père pour ne se souvenir que de sa bonté et de sa douceur. Ils disent : « Bruno « mérite d'être loué en beaucoup de choses, mais « particulièrement en un point. Sa vie était d'une « égalité parfaite ; ce fut sa vertu caractéristique, « toujours il avait le visage souriant, la parole « humble et modeste; à la rigueur d'un père, « il joignait les tendresses d'une mère. Personne «^ne le trouva hautain, mais doux comme un agneau; « c'est bien le véritable Israélite dont parle le « Seigneur. »

Aucun saint ne reçut de ses contemporains des

{ Tit. funeb. Eremi Cartusice. Pièces justificatives n. 19. 1.

éloges aussi nombreux et aussi remarquables. L'Église de Grenoble écrivait aux Chartreux deCalabre qu'elle mettrait le nom de Bruno dans le Catalogue de ses hommes illustres et célébrerait l'anniversaire de sa mort. La métropole de Reims, qui avait envoyé cinq éloges différents sur le saint patriarche des Chartreux, le reconnaît pour son élève et témoigne qu'il a quitté le monde, au moment où l'on voulait le combler d'honneurs et de richesses. La cathédrale de Paris constate que Bruno fut l'honneur des maîtres, le directeur des mœurs, le guide de la multitude des étudiants de Reims, et qu'il eut la plus grande considération à Rome, mais que méprisant le monde, il a trouvé son triomphe dans le ciel.

Parmi les Églises qui écrivirent sur le rôle des morts l'éloge de notre saint, on remarque en France les cathédrales de Lyon, de Rouen, de Soissons, d'Arras, d'Orléans, d'Auxerre, de Bayeux, de Caen, de Troyes, de Chartres, et les célèbres Abbayes de Cluny,de Saint-Dcnis,de Saint-Germain-des-Prés, de Saint-Germain d'Auxerre, de Saint-Médard de Soissons, de Saint-Vaast d'Arras, de Saint-Remi de Reims, de Molesme et de beaucoup d'autres Monastères.

La réputation de sainteté de Maître Bruno s'était répandue au loin, et le Rolliger, en présentant sa lettre, put se convaincre que partout, en France, en Italie, en Angleterre, en Allemagne, le fondateur des Chartreux était connu et vénéré. En tout lieu on faisait l'éloge de son profond savoir, de ses

hautes vertus et des éminents services qu'il avait rendus à l'Eglise.

Un auteur moderne, qui s'est inspiré des titres funèbres, a résumé en quelques lignes les vertus du patriarche des Chartreux: « Sa foi était restée vierge, puisqu'il avait protesté et contre le schisme de Guibert, et contre l'hérésie de Bérenger. Son espérance était restée ferme, puisqu'il avait sacrifie la terre pour mieux conquérir le ciel. Sa charité avait été ardente puisqu'elle avait fait de sa vie un dévouement et un sacrifice de toutes les heures. Son humilité avait été profonde : il avait fui les honneurs ecclésiastiques que tant d'autres acceptent avec empressement et même recherchent avec avidité. Son détachement avait été complet : il avait choisi la pauvreté pour sa fiancée. Son zèle avait été brûlant : il l'avait porté à évangéliser les peuples, à enseigner dans des cours publics une théologie saine et pure de tout alliage hétérodoxe, de tout mélange adultère, à rendre à l'Église de Reims sa gloire antique, un moment ternie par l'intrusion d'un simoniaque. Il avait pratiqué la mortification à tel point que le nom de Chartreux, qui semble être celui de l'austérité même, suffit n lui seul pour effrayer la sensualité et la mollesse. Il avait fait fleurir le désert, se vouant à des privations qui auraient illustré les solitudes del'Égypte, de la Syrie et de la Thébaïde. Il avait été le restaurateur de la vie solitaire dans l'Occident, le fondateur d'une nouvelle famille religieuse, d'une nouvelle milice, d'un des Ordres les plus illustres, les plus saints et

les plus édifiants, dont puisse s'enorgueillir l'Eglise, d'un Ordre qui par ses vertus fait la gloire de la religion chrétienne, et par ses austérités attire sans cesse sur la terre les bénédictions du ciel; d'un Ordre qui est l'un des plus beaux diamants du diadème du Christ; d'un Ordre enfin, dont on a dit qu'il compte autant de prédestinés qu'il compte de Religieux1.»

Le témoignage le plus frappant des vertus et de la sainteté du vénérable Bruno, fut l'immense concours de pèlerins qui se fit à son sépulcre. De partout, les malheureux, les malades et les infirmes accouraient à la Chartreuse de Sainte-Marie pour demander, au Saint, aide, salut et protection.

Malgré les nombreux miracles qui proclamèrent sa puissance auprès de Dieu, les Chartreux, dans leur humilité, ne demandèrent cependant pas au Souverain Pontife de l'inscrire sur les diptyques sacrés. Ils aimèrent mieux s'attacher à retracer sa vie si sainte et si cachée, et se contentèrent de lui rendre un culte privé.

L'Église, qui est toujours glorieuse de la splendeur de ses saints, ne pouvait pourtant pas laisser dans l'oubli un de ses plus illustres enfants . Pour répondre aux sentiments de profonde humilité du bienheureux Bruno, elle attendit plusieurs siècles à proclamer sa gloire. Le temps devait arriver où elle célébrerait, au grand jour, les louanges de ce Moine qui s'était arraché au monde,

* L'Abbé Berseaux. La Chartreuse de Bosserville. p. 83.

pour mieux le dominer des hauteurs de la contemplation; où elle glorifierait sa mémoire, placerait ses précieux restes sur les autels, les entourerait de soie, de pourpre et d'or, et convierait toutes les générations à lui donner le plus glorieux des titres, celui de Saint.

Le monde catholique s'étonnant, ajuste titre, de ce que les Chartreux ne demandaient pas la canonisation de leur fondateur, le Chapitre Général de l'Ordre décida, dans sa réunion de i5o5, qu'on ferait les démarches nécessaires à ce sujet. Toutefois ce fut seulement en Tannée 1 5 14 que le Cardinal de Pavie, protecteur de l'Ordre des Chartreux, et les Prieurs de Naples, de Bologne, de Mantoue et de Rome, députés par le Chapitre Général auprès du Souverain Pontife, lui présentèrent leur requête. Léon X les accueillit avec bonté et ne voulut pas, à cause de l'éminente vertu et de la sainteté reconnue de l'illustre Bruno, que dans cette circonstance, on s'astreignît à toutes les formes ordinaires de procédure. Le Pape autorisa donc le culte du saint fondateur des Chartreux, par ce qu'on appelle, en style de chancellerie romaine, un oracle de vive voix. (Cette déclaration de Léon X est constatée par une lettre d'Antoine, Cardinal de Pavie, datée de Rome, 19 juillet 1 5 14 !. )

Cette lettre ayant une grande importance, nous allons en donner la traduction.

« Antoine par la miséricorde divine Cardinal-prê-

1 Benoît XIV, <ie Bealificalione. lib. cap. 41. — Bollandistes, n. 764.

u tre de la Sainte Église romaine, du titre de Sainte te-Praxède et protecteur de l'Ordre des Charce treux, à tous et à chacun de ceux qui verront et « liront ces présentes, salut dans le Seigneur.

« Ayant, selon notre devoir de protecteur et à « cause de la bienveillance et de l'amour que nous « avons pour l'Ordre des Chartreux, présenté au- « jourd'hui, aux pieds de notre-Saint-Père, Léon X, « l'élu de la divine providence, les Vénérables Re- « ligieux, Dom Matthieu, Prieur de la Chartreuse « de Bologne; Dom Louis, Prieur de Mantoue; « Dom Jacques, Prieur de Naples, et Dom Hugon, « Prieur de la Chartreuse de Sainte-Croix à Rome; « nous avons, nous et les susdits Religieux, exposé « à sa Sainteté des faits nombreux sur la vie glo- « rieuse et très sainte du Bienheureux Confesseur « Bruno, premier fondateur et instituteur de l'Or- « dre des Chartreux.

« Le Bienheureux, au moment où la milice chré- « tienne se relâchait de son ardeur, où la charité « et l'amour de Dieu se refroidissaient au milieu des « iniquités du siècle, comme un vaillant général , « réunit et forma une armée nouvelle dans l'Eglise « pour résister à l'ennemi. Dans cette vigne que le « Seigneur avait plantée de sa droite et qui alors « était ensevelie au milieu des ronces et des épines « du vice, il mit, en intelligent père de famille, un « si grand nombre d'ouvriers fidèles, qu'elle donne « à la sainte Église des fruits, de jour en jour, plus « abondants, et exhale à nouveau le suave parfum « de la sainteté.

« Le multiple modèle de science et de vie réglée, « d'innocence et de pureté que réalisa ce Bienheu- « reux Confesseur a engendré et engendre encore « un grand nombre de disciples, enfants d'adop- « tion, qu'il soutient et sanctifie sans relâche; car si « ses mérites sont l'ornement de l'Ordre des Char- « treux, ses miracles en sont l'affermissement. Cet « Ordre, progressant sans cesse de vertu en vertu, « arrose en même temps de ses sublimes hauteurs « les montagnes elles-mêmes et rassasie la terre du « fruit de ses œuvres. C'est pourquoi, avec les Pri- « eurs sus-nommés et au nom du Révérend Père « François Du Pu y, actuellement Général de l'Or- « dre et des autres Vénérables Prieurs, Moines, Mo- « niales, Convers et autres membres du dit Ordre, « nous avons humblement supplié notre seigneur « Pape, pour la gloire du Dieu tout puissant qui se « réjouit des hommages que l'on rend aux saints, « dédaigner accorder, dans sa magnificence et sa bé- « nignité apostolique, en l'honneur du Bienheureux <c Confesseur Bruno, à cause de ses œuvres très « évidentes de sainteté et des prodiges de vertu qui « ont paru en lui pendant sa vie mortelle, vertus « qui le font briller dans les cieux d'un éclat perpé- « tuel, et qui sont un sujet de gloire pour l'Ordre « des Chartreux; nous avons, dis-je, supplié notre « seigneur Pape de daigner accorder qu'au six oc- « tobre, jour où le Bienheureux Bruno, déposant « son vêtement de chair mortelle, s'envola dans la « gloire sans fin, on puisse célébrer chaque année « une fête en sa mémoire et réciter un Office

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