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de réglise était en feu , bientôt les cordes qui soutenaient les lampes du sanctuaire et du chœur furent brûlées et les lampes tombèrent avec bruit sur le pavé ; le Révérend Père comprit à ce signe qu'il était temps de partir : accompagné de tous ses Religieux il se rendit en procession à Notre- Dame-de-Casalibus pour y déposer la Sainte-Eucharistie. Lorsqu'il arriva au pré du Cernay, sur cette éminence qui domine tout le Monastère, Dom Jérôme se tourna vers la Chartreuse en flammes, la bénit avec le Très-Saint-Sacrement et prononça ces simples mais touchantes paroles : Sit nomen Domini benedictum in sœciila. Il passa toute la nuit en prière dans la chapelle de Casalibus, et répétait à chaque instant : Dieu a tout bien fait, Dieu a tout bien fait^ que son saint Nom soit béni !
« Les Religieux se logèrent comme ils purent à la Correrie et à Currière, mais le Père Général, Dom Procureur et Dom Sacristain, s'établirent au milieu des ruines : Dom Procureur pour être plus à même de travailler efficacement à réparer les désastres, le Révérend Père Général et Dom Sacristain pour représenter la Communauté ; ils disaient ensemble, aux heures ordinaires, tous les Offices de jour et de nuit, avec les leçons ex integi^o ; ils priaient au nom de toute la Maison et ne voulaient point , malgré l'absence forcée des Religieux, que les louanges du Seigneur fussent interrompues dans l'éghse de la Grande Chartreuse. »
Dom Jérôme Marchand, dans une lettre d'une touchante simplicité, fit connaître à FOrdre le malheur qui venait de détruire Tillustre Monastère. « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit! Cette (c Grande Chartreuse que vous aimez tant, cette « mère, commune de toutes nos Maisons, est ré- « duite en cendres, elle ne peut plus être habitée ! « Après vous avoir fait part de ce malheur, nous (c vous demandons avant tout, mes Vénérables « Pères, de vous soumettre à la volonté de Dieu et c( de baiser la main qui nous frappe; ensuite priez « pour nous, et, si vous le pouvez, venez génécc reusement à notre secours. Tous les Religieux, « dans chaque Maison, se réuniront au Chapitre, ce et, après avoir délibéré, nous enverront leur (c offrande d'après ce qui aura été décidé : Nous (c n'exigeons rien, n'en ayant pas le droit, c'est « une aumône que vous nous ferez en toute lice berté.
ce Donné en Chartreuse, à Currière qui nous sert ce de refuge, ce mardi 12 novembre 1592. »
La situation de la Grande Chartreuse était des plus précaires, les offrandes n'arrivaient que lentement, les travaux n'avançaient pas et pour comble de malheur, les troupes qui continuaient de garder les défilés du massif des montagnes de Chartreuse commettaient de continuelles exactions. Dans ces conditions, les Religieux se trouvaient réduits à la plus grande misère; ils mangeaient du pain d'avoine, étaient obligés d'aller mendier dans les villages voisins et ce c'est à peine s'ils avaient de quoi se vêtir ;
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beaucoup n'avaient pas même des vêtements de rechange. »
La grande foi du pieux Général le soutint toujours au milieu de ces adversités; il souffrait, plus pour ses Religieux que pour lui-même, des privations et des incommodités qui résultaient de l'état misérable où se trouvait le Monastère. Toutefois, malgré les malheurs qui accablaient la Grande Chartreuse, de nombreux Novices continuaient de venir frapper à la porte du Couvent en ruines, comptant pour rien toutes les privations ajoutées à la vie déjà si austère des Chartreux. Pendant le Généralat de Dom Jérôme et celui de son successeur, c'est-à-dire dans l'espace de treize années, le Livre des Professions enregistre le nom de cent quinze Novices. C'était pour Dom Marchand une bien douce consolation, au milieu de si grands malheurs.
La résignation et la patience du saint homme se montrèrent surtout dans tout leur éclat, lorsque Dieu l'éprouva par la souffrance et la maladie. Il accepta ces nouvelles épreuves en esprit de pénitence et sut trouver dans la prière et l'oraison la force nécessaire pour les supporter avec résignation. L'année qui précéda sa mort, quoique tourmenté de la goutte et pouvant à peine marcher, il voulut encore porter le Saint-Sacrement à la procession de la Fête-Dieu. Les mémoires manuscrits de la Chartreuse de Saint-Honoré d'Abbeville, qui furent communiqués au Père Délie, Religieux Dominicain, rapportent que deux ruisseaux de larmes cou-
lèrent de ses yeux, pendant toute la cérémonie. Ce fut la dernière fois quMl officia : depuis, ses souffrances l'obligèrent à garder la cellule.
Les douleurs que Dom Marchand supportait avec tant de courage et d'énergie, ne laissaient pas pressentir à ses Religieux que le moment de la séparation approchait: mais lui, éclairé sans doute par une grâce divine, voulut se préparer à paraître devant son Dieu. Il demanda le saint Viatique et quoique perclus de goutte il se leva et reçut à genoux la Sainte-Eucharistie. «A la fin — dit Chorier dans son Estât politique du Dauphiné — il désira, comme l'Apôtre, de mourir et d'être avec Jésus- Christ. Ce violent désir abattit ses forces. Il avait dit à ses amis, après le Chapitre Général de 1594, qu'ils ne le verraient plus, ni lui, d'autres Chapitres Le samedi, dix-septième jour du mois
de septembre, il se mit au lit et ne s'en releva plus. Néanmoins, ni les Religieux ni les médecins ne voyaient point en lui, de signe de maladie. On jugeait bien qu'il n'était pas malade, à moins que la haine de la vie ne fût sa maladie, et elle l'était. Dieu Técouta. Il entra en agonie sans que Ton reconnût qu'il fût malade et y demeura quarante heures. »
Le Révérend Père Dom Jérôme Marchand s'endormit dans le Seigneur, le 26 septembre 1694, à trois heures de l'après-midi, laissant, au milieu de ses frères, le souvenir impérissable de ses exemples et de ses vertus. On a conservé quelques traités sortis de sa plume, entre autres un ouvrage resté manuscrit qui a pour titre : Exhortation à la pratique