R. P. DOM ETIENNE RICHARD
TIENNE Richard naquit à Lyon de parents honorables, en 1667. Appelé par Dieu à un genre de vie plus parfait, il abandonna le monde, vint frapper à la porte de la Grande Chartreuse et fit Profession dans ce Monastère, vers 1696. Quelques années plus tard, en 1700, il fut envoyé pour diriger la Chartreuse de Vaucluse,
' Archives cit. — De Tracy, op. cit. Remarques sur les Prieurs de la Grande Chartreuse, p. 3oi.
dans le Jura. Il resta peu de temps dans ce poste-, le Révérend Père Dom Antoine de MontgefFond, qui avait reconnu le mérite de cet éminent Religieux, voulut profiter de son expérience et l'envoya dans plusieurs Maisons de l'Ordre, entre autres à la Chartreuse de Castres pour rétablir la discipline et remettre les Statuts en vigueur. Le Chapitre Général le nomma ensuite Visiteur de la Province d'Aquitaine. Dans ces différentes charges, Dom Etienne Richard montra un zèle si éclairé et une entente si remarquable des affaires, qu'à la mort du Révérend Père Dom Ambroise Crollet, il fut élu Général de TOrdre, le 28 janvier 1732. Dom Etienne Richard s'endormit dans le Seigneur le 3 avril 1737, à Tâge de soixante-dix ans, après cinq ans et quelques mois deGénéralat ^
R. P. D. MICHEL BRUNIER de LARNAGE.
ICHEL Brunier de Larnage, né à Vienne, en 1688, était issu d'une des meilleures familles du Dauphiné. Ses talents et de puissantes protections lui présageaient un brillant avenir dans le monde ; son frère était influent à la Cour, il gouvernait la Martinique, pour le Roi, en qualité d'intendant général. Mais le jeune de Larnage, dé-
' Ibid. ut supra. — Le P. de Tracy, op. cit. pp. 3oi, 3o2.
daigneux des honneurs, voulut se donner entièrement à Dieu. Entré à vingt-deux ans à la Grande Chartreuse, Dom Michel y fit Profession en 171 1. Quelques années plus tard, il fut envoyé à la Chartreuse de Prémol pour remplir la charge de Procureur ; puis, le 12 janvier 1732, le Révérend Père Dom Ambroise Crollet le nomma Prieur de Saint-Hugon, en Savoie.
Dom de Larnage dut s'occuper des intérêts matériels de ce Couvent qui étaient en souffrance. Il s'opposa aux usurpations et aux rapines des habitants de la Chapelle du Bard, en Dauphiné, qui dévastaient toute la forêt de Saint-Hugon. Animé d'un vif désir de conciliation, Dom Michel fit de larges concessions, montra, par des titres irrécusables, qu'il allait beaucoup plus loin qu'on n'avait le droit de l'exiger et obtint la promesse qu'on cesserait de dévaster la forêt jusqu'à ce que la justice eût définitivement statué. Avec l'assentiment du Révérend Père Doj.n Etienne Richard, il ne voulut s'en rapporter à personne du soin des intérêts de sa Maison, et partit pour Paris, dans l'été de 1736, afin de soumettre le conflit à la maîtrise des eaux et forêts.
L'auteur du Mercure de France qui vit alors Dom Michel de Larnage, nous a laissé,, sur ce Religieux, l'anecdote suivante. «C'est un usage, que le corps de musique de l'église métropolitaine et plusieurs autres bons musiciens et sAmiphonistes de la ville, se rendent dans l'église des Chartreux un certain jour de l'été; et à l'issue des Vêpres des
R.eligieux, ils chantent en leur présence un motet en rhonneur du saint fondateur, et quelquefois Un psaume aussi en musique : c'est une manière d'exercice et de récréation pour les enfants de chœur. En sortant de l'église, tous ces musiciens trouvent une ample collation préparée dans une salle de la Maison. On chanta, le i6 août lySô, en contrepoint, l'antienne Laudandus Brutio et tout de suite le Te Deum^ à grand chœur. Il y eut une grande affluence de monde qui remplit toute l'église et une partie du Monastère. Cette musique fut exécutée par plus de quatre-vingts personnes, et avec grande symphonie de toutes sortes d'instruments,
tymbales, trompettes, hautbois Je me souviens
qu'étant placé dans une des hautes stalles, du côté opposé à celui du Père Dom Prieur, j'étois auprès d'un grand Religieux qui me parut plus occupé de quelques pieuses méditations, que des charmes de cette musique. Qui m'auroit dit que bientôt ce Vénérable Père seroit élu Prieur de la Grande Chartreuse, c'est-à-dire, Général de tout ce saint Ordre Depuis, les motets ont cessé à la Chartreuse de Paris. J'ignore les motifs et les circonstances de cette cessation. «
Le Religieux dont parle le Mercure de France était Dom Michel de Larnage. Après avoir réglé les affaires de son Couvent, il retournait à Saint- Hugon, lorsqu'il apprit la mort du Révérend Père Dom Etienne Richard. Comme il entrait à la Chartreuse de Sylve-Bénite, on lui annonça la nouvelle de son élection, faite le lo avril lySy. Cédant, mal-
gré son humilité, aux vœux de ses frères, au lieu de retourner à Saint-Hugon, il se rendit immédiatement à la Grande Chartreuse.
Le nouveau Général se rappelant, sans doute, la foule qui se trouvait à la Chartreuse de Paris pour entendre le motet des enfants de chœur de la cathédrale, défendit ces réunions . Les enfants de chœur continuèrent d'aller chanter chez les Chartreux de Paris, mais le grand appareil de musique fut supprimé. « Il n'est pas surprenant — dit le Père de Tracy — que Dom de Larnage ait éloigné, d'une église de Solitaires, ces musiques qui se font avec tant de tumulte et où la curiosité attire plus que la dévotion. » Le continateur du Père Helyot, qui rapporte aussi ce fait, ajoute : « Plut à Dieu que Dom de Larnage vint mettre un peu de réforme dans quelques églises de Paris, où aujourd'hui on l'attend en vain de ceux qui devraient prescrire une tenue décente aux musiciens. »
Dom Michel Brunier de Larnage était remarquable par la noblesse de son esprit et la bonté de son cœur. Il avait une taille élevée, des traits fortement accentués, le regard bienveillant, mais cette douceur qui prenait sa source dans la charité n'excluait en rien la fermeté. Après avoir saintement gouverné pendant vingt et un ans, il mourut regretté de ses Religieux, le i" octobre lyôS, à Tâge de soixante-dix ans.
^ Mercure de France, décembre 1741, p. 2834. — Dict. des Ordres Religieux. — Eugène Burnier, La Chartreuse de Saint-Hugon^ p. 216. — De Tracy, op. cit. p. 3o2.
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R. P. DOM ETIENNE BICLET.
TIENNE Biclet, originaire de Lyon, naquit le 5 mars 1703. Ayant quitté le monde pour se consacrer à Dieu, il vint au Désert de Chartreuse et y fit Profession. Sa science et son entente des affaires engagèrent le Révérend Père Dom Michel de Larnage à le choisir pour Scribe ou secrétaire de rOrdre, en 1748. Il occupait encore ce poste à la mort de Dom Michel, quand les suffrages des Religieux de laGrande Chartreuse l'appelèrent à lui succéder, le 6 octobre 1758.
Le Père de Tracy, parlant de Dom Etienne Biclet, nous apprend que « la modestie, le bon exemple, la vigilance se manifestèrent dans sa conduite, avec la soumission à la Providence dans les épreuves, w En effet Dom Etienne eut à déplorer la suppression de trois Chartreuses importantes d'Italie : Païenne, en 1769 ; Padoue et Vedane, en 1770. Déjà l'Empereur Joseph II avait commencé à mettre à exécution ces dangereuses innovations en ce qui regarde les possessions ecclésiastiques et les Maisons Religieuses qu'il voulait séculariser. La mort devait cependant épargner au Vénérable Général la douleur de voir la suppression des nombreuses Chartreuses, établies dans les États de cet Empereur philosophe.
Les hommes les plus éminents de cette époque
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avaient Dom Etienne Biclet en grande estime. Dom Dorothée, Abbé de la Trappe de Sept-Fonts, qui était venu le visiter, conserva toujours une haute idée de sa piété, de sa science et de sa modestie. Le Père Mandar de TOratoire, qui le vit en lyyS, nous trace son portrait en quelques lignes : « J'ai vu Dom Biclet, c'est un grand vieillard de soixantequinze ans, de la plus haute vertu, du meilleur Jugement et d'une gaieté douce dans la conversation ; on le voit le premier à tous les exercices, autant que ses affaires le lui permettent. »
Dom Etienne Biclet venait de présider le Chapitre Général de 1778, lorsque trois jours après, il fut frappé d'une attaque d'apoplexie et rendit, le même jour, son âme à Dieu, le 27 mai, a l'âge de soixante-quinze ans.
L'obituaire de la Grande Chartreuse nous a transmis réloge" de ce Général. « La nature et la grâce, dit-il, s'étaient plues à le combler de leurs dons ; pendant les vingt années qu'il marcha à notre tête, sa sainte vie nous servit de modèle à tous ; son commandement était si empreint de douceur qu'il gagnait tous les cœurs. Homme au-dessus de toute louange, le plus célèbre entre ceux qui ont rempli la charge de Scribe, on disait de lui, quand il y avait une affaire difficile à élucider : allons consulter le Voyant, eamiis ad Videntem ; sa mémoire sera toujours en bénédiction parmi nous '.»
^ Le Père de Tracy, op. cit. Remarques cit. p. 3o et ^91. — Archives de la Grande Chartreuse. — La Grande Chartreuse par- un Chartreux, p. i65.