‹ Saint Bruno et l'ordre des chartreux [microform]Chapitre 146 sur 387 · R. P. DOM ANTOINE VALLET · texte numérisé non relu

R. P. DOM ANTOINE VALLET

Vicaire Général.

NTOINE Vallet était né en 1726 ; Dieu frayant appelé à la vie solitaire, il abandonna le monde et fit Profession à la Grande Chartreuse, en 1746. Ses talents remarquables le firent nommer Scribe ou secrétaire de TOrdre. Il occupa cette place sous trois Généraux, les Révérends Pères Dom Etienne Biclet, Dom Hilarion Robinet et Dom Nicolas Albergati de Geoffroy. Dans toutes les circonstances difficiles, au milieu desquelles il se trouva, Dom Antoine sut déployer une grande énergie et une habileté remarquable. Dans TOrdre, on le considérait comme le futur successeur de Dom Albergati,

En vertu d'une Ordonnance du Chapitre Général tenu à Bologne, en 1793,- il avait été réglé que, en cas de décès du Révérend Père, son secrétaire hériterait de son autorité et Texercerait dans les mêmes conditions, jusqu'au prochain Chapitre Général. En conséquence, Dom Antoine Vallet, à la mort de Dom Nicolas Albergati, prit en main l'administration de rOrdre, avec le titre de Vicaire Général, et conserva le pouvoir avec ce simple titre, les

la Grande Chartreuse, p. log et sq. — La Grande Chartreuse par un Chartreux, p. 169 et sq

malheurs de cette époque néfaste ne lui ayant pas permis de réunir le Chapitre.

Dom Antoine Vallet résida, comme son prédécesseur, dans la Chartreuse de Rome, mais obligé de quitter cette ville, en 1810, il eut un instant la pensée de se retirer à la Chartreuse de La Part- Dieu, près de Fribourg, en Suisse. C'était à peu près la seule Maison régulière qui restait aux Chartreux. Les circonstances politiques ne lui ayant pas permis de réaUser son projet, il se retira à Romans, dans le département de la Drôme. Quelques Chartreux du Val-Sainte-Marie de Bouvantes étaient venus, pendant la Révolution, chercher un asile dans cette petite ville. L'un d'eux s'était rendu adjudicataire de l'ancien Couvent des Récollets, le 3i mars 1791, et tous ensemble reprirent, dans cet ancien Monastère, leur vie de Chartreux. Ils ne furent pas inquiétés et purent passer, dans le silence de la soHtude, les plus mauvais jours de la Terreur. En 18 lo, Dom Antoine Vallet vint s'établir dans cette Chartreuse fondée dans des circonstances si extraordinaires et y passa quelques années dans le calme le plus profond.

Le 25 juin 181 3, il y rendit sa belle âme à Dieu, à l'âge de quatre-vingt-huit ans, après avoir vécu soixante-sept ans dans l'Ordre, L'obituaire de la Grande Chartreus'e fait son éloge en quelques mots : « Obiit R. P. Domnus Antohiiis qui vîxit valdè laudabiliter in Ordi^ie. »

« Ses obsèques — nous dit VAmi de la Religion — furent célébrées suivant le rite cartusien ; son

corps était revêtu de l'habit de l'Ordre et exposé sur une si'mple planche au milieu de Téglise. Tous les Religieux portaient leur habit. Le respectable curé de Romans, M. Tabbé Antelme, prononça réloge du défunt, en présence des administrateurs des hospices et de plusieurs familles de distinction qui honoraient les Chartreux. Les restes de Dom Vallet furent inhumés, près de ceux de ses confrères morts avant lui, dans l'enceinte de l'église, près de la chapelle de la Mère des Douleurs ^ »

R. P. DOM ROMUALD MOISSONNIER.

Vicaire Général.

OMUALD Moissonnier, qui avait reçu au baptême les noms de Jean-Louis, naquit à Lyon, le 3i décembre' 1742. Porté, jeune encore, à la vocation de la vie religieuse, il se présenta au Couvent de la Grande Chartreuse, y fit son noviciat et prononça ses vœux, le i5 août 1762. Quelques années plus tard, en 1775, il fut envoyé comme Sacristain à la Chartreuse de Pomiers. Il 3^ resta peu de temps et fut nommé successivement Vicaire au Reposoir, Coadjuteur à Chalais, Procureur à la Sylve-Bénite, et en 1789, Prieur de cette

■• Notes manuscrites de la Grande Chartreuse. — Ami de la Religion, t. LXXXV p. 289. ap. La Gi-ande Chartreuse^ cit. p. 193 et sq.

même Maison. Obligé de fuir en 1792, il quitta la France, et, par une étrange coïncidence, arriva à la Chartreuse de Bologne le même jour que le Révérend Père Dom Nicolas Albergati de Geoffroy et Dom Antoine Vallet^ Scribe de TOrdre. Ce fut entre les mains de ces trois Religieux que reposa la suprême autorité pendant la Révolution et l'Empire.

Forcé de quitter Bologne pour échapper aux Français victorieux qui menaçaient la ville, Dom Romuald passa quelque temps à la Chartreuse de Ferrare, puis se réfugia dans le Monastère de Trieste et dans celui de Florence. Il habita cette dernière Chartreuse jusqu'au moment où le Révérend Père Vicaire Général le nomma Prieur de La Part- Dieu, en Suisse.

En 1810, le Vicaire Général, Dom Antoine Vallet, qui, quelques années auparavant avait donné la charge de Scribe à Dom Raphaël Paris, crut devoir remplacer ce Religieux et nomma Dom Romuald Moissonnier. A cet effet, il^ lui envoya Tobédience de Scribe qui fut confirmée par le Nonce apostolique à Lucerne, le 20 juillet i8i3. A la mort de Dom Antoine Vallet, Dom Romuald Moissonnier, en vertu de TOrdonnance du Chapitre Général de 1793 , devint Vicaire Général. Son titre et ses pouvoirs furent confirmés par le Saint-Siège.

Ce vénérable Religieux fit les plus honorables efforts, en 1814 et en i8i5,pour obtenir du gouvernement français le rétablissement de la Grande Chartreuse. « Rien — • dit un Chartreux contem-

porain — Rien ne lui tenait plus à cœur, et l'espérance qu'il en avait toujours conservée, semblait être chez ce bon Religieux comme une inspiration qui lui servait d'encouragement pour arriver au terme de ses désirs. » Dom Romuald se mit en rapport avec quelques Chartreux résidant en France, particulièrement avec Dom Emmanuel du Creux, chapelain de THôtel-Dieu de Rouen, ancien Prieur de la Chartreuse de Gaillon, et Dom Ephrem Coutarel, curé de Vilette près de Saint-Laurent-du-Pont.

Dieu bénit les démarches de Dom Moissonnier, et le 27 avril 1816, une ordonnance roj'^ale autorisait le retour des enfants de saint Bruno dans leur Couvent du Désert de Chartreuse. Un instant, le vénérable Vicaire Général crut qu'il ne lui serait pas donné de revoir la Grande Chartreuse, il venait de tomber dangereusement malade, mais Dieu voulant donner cette consolation à son serviteur, lui rendit la santé. Dès lors, au comble de ses vœux Dom Moissonnier hâta le départ. « Le 25 juin, n'écoutant ni son grand âge ni son état d'infirmité, sans autre précaution que celle de voyager en litière et à petites journées, bien qu'il fût encore convalescent, il quitta la Part-Dieu, au risque de mourir en route, traversa le canton de Vaud, Genève, la Savoie et arriva à Grenoble le jeudi 4 juillet. » Dom Romuald prit possession de la Grande Chartreuse, le 8 juillet 18 16, accueilli avec le plus vif enthousiasme par toutes les populations voisines, heureuses de revoir leurs anciens bienfaiteurs.

« Ainsi — dit un des historiens de la Grande

Chartreuse — le vénérable Vicaire Général qui avait été rinstrument de la Providence pour la restauration de son Ordre en France, dans le lieu même où saint Bruno Tavait fondé, rentra au Couvent où il avait été enfanté à la vie religieuse, comme un exilé rentre dans la maison de ses Pères. »

Le lendemain, on chanta une messe d'actions de grâces, dans la chapelle des morts, la seule où Ton pût célébrer avec décence les saints mystères : huit à dix Religieux y assistaient. Rien ne manquait plus au bonheur de Dom Romuald Moissonnier; il se retrouvait au berceau de son Ordre, sur cette terre sanctifiée par son illustre fondateur. Onze jours après son arrivée, le 19 juillet 18 16, le Révérend Père s'éteignait sans souffrances, àTâgede soixantequatorze ans, après avoir vécu dans FOrdre cinquante-quatre ans K

R. P. DOM BONAVENTURE EYMIN.

Vicaire Général.

ONAVENTURE Eymin avait fait Profession à la Chartreuse de Vàlbonne et était Prieur de Durbon lorsqu'éclata la Révolution. S'étant retiré au Monastère de la Part-Dieu, il entra

< Notes mss. de la Grande Chartreuse. — Dom Bruno Rambeaud, Tableau historique de la Grande Chartreuse^ p. 94 et sq. — Rentrée des Solitaires de la Grande Chartreuse. — A. Pascal. Le Désert de la Grande Chartreuse, p. 84 et

en rapport avec le Révérend Père Vicaire Général, Dom Romuald Moissonnier, qui sut apprécier sa science, sa vertu et sa prudence.

Au moment de partir pour la Grande Chartreuse, en 1816, Dom Romuald ayant comme un pressentiment de sa mort prochaine, voulut nommer celui qui devait remplir, après lui, la charge de Vicaire Général ; il choisit Dom Bonaventure Eymin. Après . la mort de Dom Moissonnier, le nouveau Vicaire Général se rendit à la Grande Chartreuse pour présider à Télection d'un Général. Le 16 septembre 18 16, Dom Grégoire Sorel fut nommé Prieur de Chartreuse et Général de TOrdre. Les trois Vicaires Généraux, qui avaient été à la tête de TOrdre pendant la Révolution française, cessaient alors le rôle qu'ils avaient si dignement rempli.

Dom Eymin fut, dans la suite, avec l'assentiment du Saint-Siège, nommé Goadjuteur du Général, 16 septembre 1822 ; mais il ne put rendre aucun service au Révérend Père Sorel. Le jour même où il devait commencer à exercer sa nouvelle charge, il tomba malcide et mourut quelques mois après, le 18 décembre 1822, ayant édifié ses frères par son humilité et sa piété. Dom Bonaventure Eymin avait vécu cinquante-sept ans dans l'Ordre des Chartreux K

sq. — L'Ami de la Religion, t. LXXXV, p. 291. — Du Boys. Grande Chartreuse, p. 76. — La Grande Chartreuse, cit. p. 195. et sq.

1 Notes mss. de la Grande Chartreuse. — Dom Bruno Rambaud, Tableau historique cit. p. 69. La Grande Chartreuse, cit. p. 198 et 210.

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