R. P. DOM GRÉGOIRE SOREL
RÉGOIRE Sorel, après avoir fait Profession à la Grande Chartreuse, fut successivement Sacristain, Maître des Novices, Vicaire et Procureur de ce Monastère. Plus tard, il fut envoyé comme Prieur à la Chartreuse de Seillon, et la Révolution française le trouva à la tête du Couvent de Vaucluse.
Lorsque les Religieux réunis à la Grande Chartreuse durent nommer un successeur à Dom Romuald Moissonnier, ils jetèrent les yeux sur Dom Grégoire Sorel qui, après la réouverture des églises avait pris du ministère, et dirigeait la paroisse de Saint-Jean de Bournay. Ses anciens confrères lui écrivirent pour l'engager à se joindre à eux, mais Dom Sorel, brisé par Tâge et les infirmités, leur répondit que ses soixante-dix-sept ans ne lui permettaient pas, malgré son désir, de retourner au Couvent de Chartreuse. Les Religieux le supplièrent alors.de venir au moins, au milieu d'eux, pour les assister de ses conseils et prendre part à l'élection, comme Confirmateur. Dom Grégoire ne put résister à leurs instances, il vint à la Grande Chartreuse et fut nommé Général, le 16 septembre 18 [6. Craignant de ne pas répondre à l'appel de Dieu qui se manisfestait d'une façon si inattendue, il accepta et reprit courageusement les Observances
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et les Règles de la vie Cartusienne. Son élection fut confirmée parle Pape Pie VII, le 17 décembre 1816.
Malgré son grand âge, Doni Grégoire Sorel travailla avec le plus grand zèle à réparer les ruines accumulées par les Révolutionnaires, et après eux par les Autrichiens qui, en 18 14, avaient saccagé Ife Monastère. Un témoin oculaire nous décrit en ces termes Tétat de délabrement de la Grande Chartreuse autrefois si florissante : « Vitraux brisés, portes enfoncées et sans serrures ; cloisons renversées, cellules dévastées, toits dégradés, murs souillés par des mains profanes ; Téglise et les chapelles, tout, à quelques exceptions près, offrait l'image de la spoliation : autels, chandeliers, lamp-;s, tableaux, cloches, horloge, stalles, parquet, boiserie des deux chœurs, tout avait disparu. »
On songea d'abord aux réparations les plus urgentes ; elles furent faites avec les quinze mille francs accordés par le gouvernement. Quelques personnes généreuses .vinrent aussi au secours des Chartreux et donnèrent entre autres choses, deux lampes pour Téglise et un maître-autel pour remplacer celui de marbre blanc transporté, en 1807, à la cathédrale de Grenoble. En 1820, Dom Sorel bénit une cloche donnée par M"" François de Ferrus, de Lyon, et M"'^ Françoise de la Barmondière. Les autres réparations eurent lieu peu à peu, à mesure que la Providence procurait de nouveaux secours au Monastère.
Les forces du Révérend Père trahirent bientôt son courage, et il fut obligé de demander un Coad-
juteur ; ce fut Dom Bonaventure Eymin, dont nous avons parlé plus haut. Ce saint Religieux n'aida que bien peu de temps le Père Général à supporter le poids de sa charge ; nommé le i6 septembre 1S22, il mourait le 18 décembre de la mêaie année'. Dès lors, Dom Sorel sentant les infirmités augmenter de plus en plus, supplia le Saint-Siège d'accepter sa démission et de permettre cà la Communauté de Chartreuse de lui choisir un successeur. Le Souverain Pontife Léon XII y consentit enfin, et l'élection, présidée par les Prieurs de Trisulti et de Turin délégués spécialement à cet effet par le Saint-Siège, eut lieu le 7 mai 1824.
Personne n'ayant obtenu, après quatre tours de scrutin le nombre de suffrages exigé par les Statuts , le délégué du Pape donna aussitôt lecture d'un décret apostolique qui nommait le Prieur de Turin, Dom Benoit Nizzatti, Général de l'Ordre. Le décret avait été préparé dans la prévision où la Communauténe pourrait réussir à faire l'élection.
Le Révérend Père Dom. Grégoire Sorel vécut encore environ une année, après l'élection de son successeur; il rendit sa belle àme au Seigneur, le 22 avril 1825, après avoir passé cinquante-sept ans dans l'Ordre. L'obituaire de la Grande Chartreuse fait ainsi son éloge : « Dom Sorel était un vieillard vénérable , qui s'est rendu remarquable par sa piété, sa science, sa douceur, sa patience et la sainteté de sa vie ~. »
' Voir la Notice de Dora Bonaventure Eymin p. 167.
- Notes mss. de la Grande Chartreuse. — Dom Bruno
LXIIÏ.
R. P. DOM BENOIT NIZZATTI.
ENOIT Nizzatti était profès de la Chartreuse de Turin et dirigeait ce Monastère comme Prieur, lorsque, le 7 mai 1824,11 fut nommé Général de l'Ordre par décret apostolique. Le nouveau Révérend Père continua l'œuvre de Dom Sorel et donna tous ses soins au rétablissement de la Grande Chartreuse. Huit années de travaux et de sévères économies n'avaient pu suffire à rendre le Monastère entièrement habitable.
Les infirmités de Dom Benoît Nizzatti ne lui permirent pas de faire un long séjour au Désert de Chartreuse; il était obligé de passer, chaque année, quelques mois à la petite Chartreuse de Currières, dont le climat était plus doux. De plus, il fut autorisé par le Souverain Pontife à faire lui-même les visites des Chartreuses d'Italie. Pendant ces absences, il se reposait, pour ce qui concernait la direction de sa principale Communauté, sur les soins, rinteliigence et la sagesse d\m jeune Religieux , Dom Jean-Baptiste Mortaize, qui remplissait TOffice de Vicaire et qui, plus tard,devait lui succéder dans le gouvernement de TOrdre.
En faisant la visite de la Chartreuse de Turin, le
Rambaud, Tableau historique cit. p. 68. et sq. — L'Ami de la Religion t. LXXXV, p. 291. — La Grande Chartreuse cit. p. 209 et sq.
Révérend Père Dom Benoît Nizzatti tomba dangereusement malade, et mourut dans ce Monastère, le jour de la fête du saint fondateur de TOrdre, le 6 octobre i83i ^.