R. P. DOM ROCH-MARIE BOUSSINET
OCH-Marie Boussinet, né d'une famille honorable et pieuse, à Poussan, département de l'Hérault, le 11 mai 1810, montra, dès son enfance, les dispositions les plus remarquables. En 1824, il entra au petit séminaire de Montpellier et s'y fit remarquer par son amour du travail et ses nombreux succès. Sa vocation l'appelant à l'état ecclésiastique, il fut ordonné prêtre le i5 mai 1834, et nommé vicaire de la paroisse où il était né : position délicate qu'il sut cependant, par sa vertu, rendre fructueuse pour le salut des âmes. Quelques années plus tard, ses supérieurs le nommèrent vicaire de la cathédrale de Montpellier. Dans ce nouveau poste, les appréhensions et les inquiétudes qui s'étaient emparées du Jeune prêtre à Poussan, s'accentuèrent et semblèrent devoir l'éloigner du ministère paroissial -, déjà peut-être, avait-il tourné ses regards vers la solitude. Toutefois s'étant trouvé, à cette époque, en rapport avec Mgr de Forbin- Janson, il s'attacha à ce prélat, devint son secrétaire intime et le compagnon de ses nombreux voyages. Sous les auspices de l'éminent Évêque de Nancy, l'abbé Boussinet créa et dirigea, pendant plusieurs années, les maisons de retraites ecclésiastiques de la Seyne et de Mortagne : excellente institution, ap-
prouvée par Grégoire XVI, mais qui ne put survivre à son protecteur ; Mgr de Forbin-Janson, rentré du Canada, en 1844, était mort, peu après, à Marseille. L'abbé Boussinet, âgé alors de trentecinq ans, vint à Paris pour remplir les dernières intentions de son protecteur, et remettre à l'Archevêque de riches ornements que lui léguait Mgr de Forbin. Dans cette circonstance, Mgr Affre reçut avec bonté l'abbé Boussinet, et, juste appréciateur du mérite, voulut attacher cet éminent ecclésiastique à son diocèse. Il lui confia, à titre provisoire, d'abord l'aumônerie des Quinze-Vingts et ensuite celle du collège Stanislas. Les grandes qualités et les nobles vertus du nouvel aumônier attirèrent bientôt sur lui l'attention du Gouvernement. On lui fit offrir l'évêché de Pamiers; mais l'humble prêtre, se considérant indigne d'une si haute dignité, refusa, et peu après, vint, le 5 juillet 1846, frapper à la porte de la Grande Chartreuse pour se donner entièrement à Dieu dans la solitude du cloître.
Aussitôt après sa Profession solennehe, Dom Roch-Marie fut envoyé en Italie ; il y remplit les charges de Vicaire, de Maître des Novices et de Procureur, De i85i à i863, les Monastères de Pavie et de la Padule admirèrent non seulement son aptitude comme organisateur, mais surtout sa grande piété et son zèle pour l'observance régulière. Ce saint Religieux montra aussi une sagesse et une expérience consommées, dans la direction des Moniales de Beauregard dont il fut Vicaire jusqu'en i86g. Après avoir été quelque temps Procureur
à la Chartreuse de Vauclair, il fut nommé, en 1871, Prieur de Mougères, et peu après Visiteur de la première Province de France. Il occupait encore ces deux postes importants, lorsqu'à la mort de Dom Charles-Marie, il fut élu Général de l'Ordre, le 26 avril 1877.
La nouvelle de son élection lui étant parvenue, au moment où il faisait la Visite de la Chartreuse de Sélignat, il en fut attéré. Effrayé de la responsabilité qui lui incombait, il se décida, après bien des résistances, à accepter le pouvoir jusqu'à la réunion du Chapitre Général. Celui-ci, par exception, fut convoqué, à cet effet, au mois de juin, mais D. Roch n'ayant pu, par ses prières et ses instances, fléchir le Défînitoire, se soumit humblement.
Un Chartreux écrivait à ce sujet : « La confiance que ses confrères lui témoignèrent en le nommant à la première place , le remplit d'effroi \ sa dignité lui fit horreur ; il ne se consola jamais d'avoir été tiré de l'heureuse obscurité dans laquelle il vivait, et si l'on nous disait qu'il en est mort de chagrin, cela ne nous surprendrait point. » D'une modestie profonde, d'une bonté douce et affectueuse, il faisait l'admiration de tous ceux qui l'approchaient.Ses Religieux trouvaient en lui le modèle parfait du Chartreux, et pour marcher sûrement dans la voie de la perfection, ils n'avaient qu'à suivre ses exemples. La mort devait enlever prématurément ce saint Gérerai à la respectueuse vénération de ses frères. Moins de deux années après son élection, Dom Boussinet fut frappé d'une maladie qui
— iSy —
le conduisit, en quelques jours, au tombeau. Plein d'espe'rance dans les promesses de son divin Maître, il s'endormit du sommeil des Justes, le samedi 22 février 1879, à l'âge de soixante-neuf ans, après avoir passé trente-deux ans dans l'Ordre.
R. P. DOM ANSELiME-MARIE BRUNIAUX.
NSELME-Marie Bruniaux, successeur de Dom Roch, n'appartient pas encore à l'histoire ; contentons-nous de rappeler que, né le 7 Juillet 1823, à Saint-Martin-sur-Écaillon, dans le département du Nord, il fut ordonné prêtre à Cambrai et professa pendant quelques années au collège ecclésiastique de Roubaix. Appelé par Dieu à la vie monastique, il prit Thabit à la Grande-Chartreuse, le 3r octobre 1859, fit Profession à la fête de la Toussaint de Tannée suivante, et fut successivement Maître des novices à la Grande Chartreuse et Vicaire de la Val-Sainte. Il était depuis dix ans. Prieur de Valbonne et convisiteur de la seconde Province de France, lorsqu'il fut élu Général de l'Ordre, le i" mars 1879.
Wl
^pB
^Mi
^/■■0^ laP