‹ Saint Bruno et l'ordre des chartreux [microform]Chapitre 151 sur 387 · MONASTERES · texte numérisé non relu

MONASTERES

DE

OUR donner une idée exacte du grand accroissement de l'Ordre des Chartreux et comprendre le développement extraordinaire de cet illustre Institut, surtout dans le Moyen- Age, il est nécessaire de présenter le tableau chronologique des nombreuses Fondations faites dans toutes les contrées de PEurope, à la demande des Rois, des princes, des Évêques et des seigneurs. Ces sages politiques, ces fervents chrétiens voulaient, par leurs pieuses largesses envers les enfants de saint Bruno, attirer les bénédictions du ciel sur leurs États, leurs diocèses ou leurs possessions .

Ces Fondations furent nombreuses et prospères, mais l'hérésie, les guerres, les révolutions et surtout la haine des ennemis de l'Église vin-

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rent, à diverses e'poques, arrêter cet essor et ruiner ces saintes demeures. La plupart de ces Monastères ont disparu du sol, il n'en reste plus pierre sur pierre ; seul, le souvenir de ces pieux et saints asiles est reste' vivace au milieu des populations. Il appartient à l'histoire de recueillir ces antiques et intéressants souvenirs qui, au milieu des préoccupations de l'heure présente, pourraient s'effacer de la mémoire des hommes de notre temps.

Avant de rappeler les noms des généreux bienfaiteurs qui élevèrent, à la gloire de Dieu, ces pieuses retraites, disons un mot sur leur type architectural. Les Chartreux, au premier siècle de leur existence, se préoccupèrent fort peu d'architecture et d'art dans la construction de leurs Monastères. Mais dès le XIP siècle, alors que le nouvel Institut prit une extension plus considérable, ils donnèrent plus d'attention à l'ensemble architectural de leurs constructions, et on trouve encore, dans quelques-unes de leurs anciennes Maisons, des restes remarquables de l'art roman. Toutefois, ce fut seulement au XIIP siècle, l'Ordre s'étant enrichi par les nombreuses et généreuses dotations de puissants bienfaiteurs, que l'architecture prit dans les Monastères Chartreux un caractère particulier.

L'expérience était faite, et il n'avait pas été difficile aux disciples de saint Bruno de reconnaître quelles dispositions devaient le mieux s'harmoniser avec leur genre de vie. A peu de différences près.

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ils copièrent le monastère tracé par leur fondateur, dans les montagnes du Dauphiné ; et depuis lors, ces données principales ont toujours été conservées dans les constructions des Chartreuses.

L'église, placée au centre du Monastère^ domine les bâtiments qui l'entourent, et semble, en même temps, faire la démarcation entre les parties réservées aux Frères, aux étrangers, aux hôtes du Couvent, et celles consacrées aux Religieux de chœur. Le grand cloître , autour duquel s'élèvent les demeures particulières des Solitaires, est ordinairement placé derrière le sanctuaire, tandis que le petit cloître qui donne entrée à l'église, au Chapitre et au réfectoire longe le côté sud de l'église. En avant, et prenant accès dans la cour d'entrée se trouvent le quartier des hôtes et des étrangers, ainsi que les diverses obédiences du Monastère. En un mot, tous les services matériels remplis par les Frères, oupar les domestiques de la Maison, sont toujours placés près de la porte d'entrée, et tout ce qui tient à la vie monastique se rapproche du chœur de l'égHse.

Les constructions des Chartreux, quoique simples et sévères, n'étaient pas dépourvues de grâce et d'élégance. Le voyageur, l'artiste et l'archéologue admirent encore, au milieu des ruines accumulées par la haine ou la folie des hommes, de précieux spécimens qui portent le cachet des différentes périodes de l'art gothique et dénotent une pureté de style des plus remarquables. Aussi avons -nous lu avec étonnement cette assertion

d'un des plus savants architectes de notre époque : « Tarchitecture des Chartreux se ressent de l'excessive sévérité de la Règle ; elle est toujours d'une simplicité qui exclut toute idée d'art ^ » Certainement, les Monastères cartusiens, ne devant renfermer, d'après les Statuts, que quatorze Moines et quelques Frères, ne pouvaient représenter les grandioses et puissantes masses des Abbayes de l'Ordre de Cluny et de Citeaux, mais dans leur ensemble, ces Couvents avaient un caractère particulier et original. On peut s'en convaincre en visitant les anciennes Chartreuses qui existent encore en France, en Italie, en Allemagne et en Belgique.

M. Violet-Le-Duc est dans l'erreur, lorsqu'il avance que vers le XV^ siècle seulement « les arts pénétrèrent dans ces établissements. » Alors, ajoutet-il, les cloîtres et les églises « devinrent moins nus, moins dépouillés. » Il est vrai que l'auteur est obligé, quelques lignes plus bas, d'avouer que « dès le XIIP siècle, les Chartreuses présentaient, comparativement à ce qu'elles étaient un siècle auparavant, des dispositions presque confortables-. » Il semble oublier que les Chartreux ne prirent une réelle extension qu'à cette époque. L'Ordre n'avait guère, alors, plus d'un siècle d'existence, puisqu'à la mort de saint Bruno, dans le commencement du XIP siècle, il ne possédait que deux Mo-

< Viollet-Le-Duc, Dictionnau-e raisonné de V architecture française du XI^ au XVIe siècle, tome I, p. Soy. ^ Jbid.

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nastères, le Désert de Chartreuse et celui de Calafa re.

A toutes les époques, les Chartreux furent les protecteurs des artistes et se tinrent au courant de tout ce qui touchait à Fart, comme ils l'avaient fait pour l'agriculture et l'industrie. Nous en avons la preuve dans les nombreux tableaux de maîtres, qui enlevés de ces saintes Maisons, pendant la tourmente révolutionnaire, font actuellement l'ornement de nos musées^ de nos cathédrales et de nos églises.

Amis des arts, les Chartreux apportèrent toujours les plus grands soins dans la construction de leurs Monastères; quelques-uns sont des chefs-d'œuvre d'architecture très admirés par les artistes. Les Chartreuses d'Espagne, avec leur originale et gracieuse architecture gothico-mauresque, jouissent d'une réputation bien méritée, et les voyageurs ne peuvent quitter l'Italie sans admirer les Monastères de Florence, de Naples, de Pise, de la Padule, de Trisulti, si remarquables par la beauté des proportions et la pureté de style de leurs constructions. La Chartreuse de Rome est célèbre par son cloître, œuvre de Michel-Ange, tandis que celle de Pavie, à cause de la splendeur de ses marbres et la richesse de ses sculptures, est considérée comme une des merveilles du monde.

Notre pensée n'est pas de décrire l'architecture des diverses Chartreuses, nous avons un but plus élevé. Toutefois nous avons cru nécessaire de combattre l'opinion émise par M. Viollet Le Duc, que l'architecture des Chartreux « exclut toute idée

d'art. » En énumérant les différentes fondations qui eurent lieu dans toutes les contrées de l'Europe, nous voulons surtout rappeler l'œuvre pieuse des généreux bienfaiteurs des Chartreux, et sauver de l'oubli les noms de ceux qui, par leurs saintes largesses envers les disciples de saint Bruno, ont travaillé au salut des âmes, au bien de la société, au soulagement des pauvres et des malheureux.

Dans l'exécution de ce travail, nous avons compulsé de nombreux documents : entre autres, quelques manuscrits de la Grande Chartreuse ; la Carte des fondations^ imprimée à Paris, en 1772, et celle éditée en 1785; le Chronicon sacri Ordinis Cartusiensis^ par Dom Borland ; les Amiotationes sur cet ouvrage, par Dom Théodore Petreius ; le Theatrum chronologicum sacri Cartusiensis Ordinis^ par Charles-Joseph Morozzo ; la Storia critica chronologica diplomatica del Patriarca S. Brwione e del suo Ordine Cartusiano^ par Dom Benoît Tromby ; les Origines Cartusiarum Belgii^ par Arnold de Raysse ; la Storia di S. Brunone Patriarca del sacra Ordine Cartusiano, par Marie Zanotti ; le Chronicon Belgicum, par Ferry de Locres ; les Origines cœnobiorum Benedicti- Jiorum^ Cariusianorum, etc. , par Aubert le Mire ; le Monasticum Anglicanum sive pandectœ cœnobiorum Benedictiîiorum^ Cluniacensium^ Cartusianorum^ etc. a primordiis ad eorum usque dissolutionejn, par R. Dosworth et G. Dugdale.

Nous avons aussi compulsé un grand nombre de monographies et autres ouvrages de moindre

importance ; ils nous ont permis de recueillir quelques dates et différents faits historiques ^. Lorsque les auteurs que nous venons de citer ne se trouvent pas d'accord pour désigner la date d'une fondation, ce qui se présente souvent, nous avons cru devoir adopter les dates données par la carte de 1785. Ce document nous paraît être le plus exact, puisque cette carte a été exécutée à la Grande Chartreuse, sous les auspices du Révérend Père Général, Dom Hilarion Robinet.

Peu de Chartreuses ont été fondées dans les villes ; ces Monastères étaient, le plus ordinairement, établis, loin de tout bruit, dans des lieux arides, sauvages, déserts, sur des montagnes ou au milieu des bois ; cependant, ces Chartreuses portaient presque toujours le nom de la ville la plus proche. C'est pourquoi tout en donnant le nom particulier de la Chartreuse, c'est-à-dire le vocable sous lequel elle était placée, nous avons dû, pour qu'il n'y ait pas de confusion, nous conformer à l'usage reçu dans l'Ordre et rappeler les noms des villes près desquelles ces Monastères furent construits.

' Le Dictionnaire des Abbayes et Monastères publié par l'abbé Migne dans sa troisième Encyclopédie théologique^ et qui a pour auteur M. Maxime de Montrond, cite à peine une vingtaine de Chartreuses. Cet auteur se contente de dire dans son introduction : « On comprend, qu'à part quelquesunes d'entre elles, leurs noms d'ailleurs inconnus n'ont pu trouver place dans ce dictionnaire . » C'est un moyen simple et facile de supprimer une difficulté.

FONDATIONS

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