‹ Saint Césaire (470-543)Chapitre 11 sur 153 · I. F'ita S. Cœsarii^ lib. I, cap. i · texte numérisé non relu

I. F'ita S. Cœsarii^ lib. I, cap. i

enfants; quand ils sortent, ce sont des Pères. Elle les reçoit à l'état de recrues, elle en fait des rois. A tous ses heureux habitants elle enseigne à voler vers les plus sublimes hauteurs, sur les ailes de riiumilité et de la charité.

a A moi aussi elle a ouvert ses bras, cette tendre et noble mère, cette nourrice des honnêtes gens ; mais, tandis que tant d'autres lui doivent d'avoir gagné le ciel, la dureté de mon cœur l'empêche d'accomplir en moi son œuvre. »

Nous ne savons comment était réglé le détail de l'emploi du temps, mais la richesse des œuvres littéraires sorties de Lérins égale la variété des productions, fleurs, arbres et fruits, que rapporte gracieusement Eucher. On n'a pas de peine à croire que Césaire eut en mains les livres de ses devanciers sur l'interprétation de la Sainte Écriture et sur l'ascétisme enflammé des héros du monachisme. Ce qui Irappera aussi dans ses œuvres, c'est qu'il fit une part au travail des mains et observa attentivement les manifestations de la nature. Il y avait en lui quelque chose de rustique et de spirituel en même temps. Le philosophe se plaisait à l'étude des mystères de la vie, le théologien lisait les Pères, l'ascète surtout s'environnait d'indiscrètes mortifications. Sa vie se passait en des exagérations de pénitence semblables à celles des premiers anachorètes orientaux. En lisant les quelques lignes consacrées par Cyprien à cette période, on croit revoir Paul, Antoine, Macaire, Pacôme sous la physionomie de Césaire. Cet adolescent courbait son corps si frêle et le brisait de macérations. Il voulait porter la croix comme le Maître, sans se soucier des exigences matérielles, qu'il dominait par l'esprit. Brisant toutes les résis-

tances, employant tous les instruments de supplice pour réduire son corps en servitude, selon le mot de l'Apôtre, il l'avait soumis à sa volonté : le régime alimentaire se simplifiait chez lui jusqu'à se contenter d'un peu d'herbe bouillie, qu'il se préparait le dimanche pour toute la semaine ^.

Tout ce qu'il perdit en force physique, il le gagna en vertus morales. Il était beau, ce religieux, jeune par l'âge et déjà grand par les mérites. Il buvait largement, sans compter, aux sources du plus ardent ascétisme ; il se délectait des livres de Cassien, des légendes des anciens moines, du mysticisme si prenant de la liturgie antique.

A Lérins, quand Césaire y parut, on cultivait le chant avec beaucoup de succès. Dans son ouvrage de la Prière antique^ dom Cabrol affirme, en effet, que certaines hymnes datent du v° siècle et, selon plusieurs de ses confrères, l'île de Saint-Honorat les fit répandre dans la Gaule.

On voit dans l'harmonie de ses sermons que Césaire était musicien. Personne mieux que lui ne donna ses soins au chant divin. Il aimait la mélodie des voix qui s'élevaient en chœur dans sa basilique lérinienne, et confessait que les cantiques en commun étaient féconds pour les âmes comme la contemplation, le silence, l'extase solitaire.

Les hymnes de Lérins, exécutées ou créées à Lérins, eurent une grande influence sur Césaire, sur sa piété, sur ses institutions. On peut dire que par la suite, à certaines périodes, les chants d'église l'inspirèrent plus que les écrits. Nous le verrons à Arles lorsqu'il organisa les cérémonies si vivantes pour le

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