Sirmundus, p
2. L'arc de Carpentras est aujourd'hui enclave' dans la cour de Tancien palais t'piscopal qui touche la cathédrale Saint-Siffrein. II est probablement de la même e'poque que celui d'Orange.
Siffrein, assise sur des ruines, eût l'avantage d'être fouillée jusqu'au sol antique. On ne la visite pas sans émotion pour y découvrir les traces de l'assemblée de 527, sous le consulat de Mavortius. En dehors des murs de la nef droite, côté de l'Évangile, la porte latérale franchie, on aperçoit comme la signature archéologique du haut moyen âge. Rien de plus vénérable que l'emplacement de ce cloître disparu, rien de plus sacré que le petit passage séparant les prisons actuelles de l'église primitive ! C'est là que Julien, évèque de Carpentras, a conduit ses hôtes, là qu'ils ont tous prié, délibéré, statué de se réunir à Vaison, le 6 novembre de l'année suivante.
L'homme propose, Dieu et les événements disposent. Ce n'est pas à Vaison que le concile projeté se tint, mais à Orange; ce ne fut pas l'an 028, mais l'an 629 ; enfin on n'y traita pas de questions disciplinaires, mais du dogme.
Depuis longtemps Césaire était préparé à ce combat. Ses lectures quotidiennes de la Sainte Ecriture et de saint Augustin lui avaient rendu familière la doctrine de la foi. Pomérius et ses relations avec les Papes complétèrent son fonds sur la question de la grâce.
A la mort de saint Avitus de Vienne, survenue le 5 février 5 18, Jean, qui lui succéda, chercha à reprendre sur l'adversaire une partie du terrain conquis.
C'est alors que Césaire multiplia son activité con-
I. a Placuit custodiri, ut sequenti anno^ in vico J^asensi. octavo idus novembres debecit concilium congregari. « Concilium Carpentoractense.
ciliaire précisément sur la partie de la province de Vienne détachée du royaume des Burgondes, au nord de la Durance.
S'il ne fallait songer à combattre directement les décrétales de Symmaque, n'était-il pas, du moins, possible d'essayer une diversion sur les vieilles querelles de la grâce et d'infliger au primat une condamnation d'hérésie? Par un renversement des rôles qu'expliquent le moment et les changements de situation, Vienne, dit M. Lejay, allait, sans le nommer, reprendre la cause de Fauste. Pensant qu'un concile tenu à Valence lui serait favorable, Jean n'hésita pas à l'y convoquer ^. C'était une illusion et une maladresse.
Chose curieuse, les biographes primitifs, qui ont passé sous silence tous les conciles présidés par Césaire, racontent les détails de celui de Valence où leur maître ne vint pas.
Le récit est tellement suggestif qu'il est impossible de l'omettre, malgré ses imprécisions. « Beaucoup de rivaux, disent-ils, s'élevèrent contre lui pour résister à sa doctrine de la grâce -. Heureuse émulation ! Des murmures et des mauvais propos de certaines gens répandent en Gaule une sinistre suspicion à l'égard de la prédication de l'homme de Dieu. C'est pourquoi les évêques du Christ situés au delà de l'Isère, unis par les liens de la charité, s'assemblent dans la cité de Valence. A cette réunion le bienheureux Césaire se disposait à venir, lorsque son infirmité habituelle l'empêcha. Cependant il
1. Revue d'histoire et de littérature religieuses, année et t. X, p. 345, 25o.
2. Ces personnalités n'étaient pas anonymes, Boni face nous dit que ce furent des e'vêques — aliqui episcopi Galliaruni...
envoya les plus éminents des évêques avec des prêtres et des diacres. Parmi eux, brilla saint Cyprien de Toulon, évêque remarquable et illustre. Dans les discussions, sa parole, s'appuvant sur les divines Ecritures et les antiques institutions des Pères, prouva que personne ne peut de soi-même faire aucun progrès dans la divine perfection s'il n'a d'abord été appelé par la grâce prévenante de Dieu. Il ajouta que l'homme ne retrouvera une volonté vraiment libre que s'il est racheté par l'action libératrice du Christ. C'est ce qui lui fera atteindre l'effet de la perfection. Dieu a dit : Sans moi vous ne pouvez rien faire. C'est moi qui vous ai choisis et non vous. Tout bien vient de Dieu. Je suis ce que je suis par la grâce de Dieu. C'est Dieu qui donne la grâce et la gloire.
« De ces propositions l'homme de Dieu rendit un compte vrai et évident, fondé sur la tradition apostolique. x\u surplus, Boniface d'heureuse mémoire. Pape de l'Eglise romaine, informé de ce conflit, réprima énergiquement les accusateurs et confirma de son autorité apostolique la sentence de Gésaire.
(( Ainsi, grâce au Christ, les chefs des églises acceptèrent peu à peu ce que le diable avait souhaité de détruire par une soudaine animosité K ))
Toute cette affaire est confusément présentée par les hagiographes. Un peu de critique nous amène à conclure que l'évêque d'Arles ne dut pas sortir entièrement victorieux de la discussion. Il en rendit compte à Rome.
Ace moment, Félix IV gouvernait l'Eglise. Il était bien éloigné de se ranger aux idées de Fauste,