Capitula Sanctorum Patruin. Revue bénédictine, t. XXI
tions Hefele a eu raison de mettre Valence avant
Orange^ ».
Au commencement de juillet 029, arrivèrent donc à Orange quatorze évêques, Césaire en tête. La première chose qui frappa leurs regards en entrant dans la ville, ce fut l'arc de triomphe. Il demeurait intact, campé sur la voie antique et montrant sa face majestueuse aux trois portes d'ordre corinthien. Ce jovau de la Gaule, contemporain de l'ère chrétienne, avec sa mêlée de cavaliers romains et gaulois, ses victoires aux couronnes de bronze, ses trophées d'armes décorés de trompettes et de casques, pourrait être comparé aux plus beaux monuments de Rome.
Le mur du théâtre, qui n'a peut-être pas son pareil en Europe, dominant toute la ville comme une haute lourde castrum, attirait l'attention de tant de voya- S^eurs. Cet immense théâtre, d'ailleurs, adossé à la pente de la colline, touchait presque à la basihque. Libère, Préfet des Gaules, avait fait bâtir ce sanctuaire et en demandait la dédicace, suivant l'usage gallican. C'est à cette occasion que s'assemblèrent les Pères d'Orange.
Le prologue du concile s'exprime ainsi : « Etant venus à Orange pour la consécration de la basilique édifiée par Libère, notre fils très pieux, nous eûmes une conférence spirituelle entre nous sur les matières des règles ecclésiastiques. Il par\-int à notre connaissance qpie certaines gens, par simplicité, ont des opinions peu sûres et en désaccord avec la foi catholique, touchant la grâce et le libre arbitre. Aussi, suivant l'avis et l'autorité du siège apostolique, il
I . Revue d'histoire et de littérature religieuses, t . X, p. 247 , note.
nous a paru juste et raisonnable de publier et de souscrire un petit recueil de propositions h nous transmises par le Saint-Siège et tirées des Saintes Ecritures par les anciens Pères. Ces propositions serviront à instruire ceux qui ne pensent pas comme l'Eglise sur cette matière et à incliner vers elle, sans retard, leur esprit d'adhésion catholique ».
Le concile d'Orange a tait beaucoup de bruit dans le monde. Son importance vient de deux causes. C'est le premier en Gaule qui ait rendu une décision en matière de loi et sa valeur de créance, par le fait de la sanction papale, est celle d'un concile œcuménique. Il a tranché d'une façon définitive la grosse querelle de la grâce qui durait depuis plus d'un siècle.
En cette question si controversée, le tempérament delà miséricorde et non du fatalisme, la bonté première de Dieu et le stimulant de la grâce sur le vouloir personnel, voilà qui inclinait Césaire vers la vérité dogmatique.
Incontestablement il a été éclectique, prenant intelligemment de son maître Fauste, que les Africains ont attaqué avec fougue, de Fulgence, l'éloquent évéque de Ruspe, de son auteur préféré, saint Augustin.
Comme les discussions ardentes, passionnées entre les Africains et les Gaulois se rouvraient malgré la direction romaine, et que la reviviscence des idées semipélagiennes entamait de nouveau la pacification de sa province, s'acharnait même contre sa personne, Césaire jugea prudent, de concert avec le Saint-Siège, d'arrêter ce mouvement dangereux.
Les évêques d'Aix, d'Avignon, de Carpentras, de Gap, de Toulon, de Cavaillon, d'Apt, d'Orange, de Vaison, de Saint-Paul-Trois-Châteaux, de Fréjus as-
sistèrent donc à la cérémonie religieuse et, l'église de Libère consacrée, prirent séance.
Ils n'eurent pas la peine de délibérer longtemps. La lecture finie, ils apposèrent leur signature sur le parchemin préparé, en ajoutant : « J'ai relu, je consens ».
A leur suite, Libère, Préfet des Gaules et patrice, (( signa les décrets avec sept officiers illustres », dont les noms terminent le document conciliaire. Quoique purement honorifique, la présence de ces laïcs puissants devait donner plus de prix à la réunion épiscopale. Citons-les dans l'ordre où ils figurent : Syagrius, Opilio, Pantagathus, Déodatus, Cariatto, Marcellus, >amatius.
Les canons du concile sont au nombre de vino^tcinq. Si on les compare avec les capitula de Césaire, on peut apprécier le rôle du Pape et celui de l'évêque . Ecartant ce rapport, tenons-nous-en à l'énoncé succinct de la doctrine.
Il y a d'abord huit sentences en forme de canons. Les deux premières confirment les principes catholiques sur le péché originel et la nécessité générale de la grâce. Passant immédiatement aux points spéciaux, les quatre suivants répondent aux semipélagiens. Dans le septième, on explique l'impuissance des forces naturelles pour parvenir au bien du salut; et le huitième condamne certaines théories du libre arbitre appliquées à la grâce du baptême.
Ces condamnations d'erreurs n'étant pas reconnues suffisantes à Rome, le Pape fit ajouter seize propositions du recueil formé par Prosper des Sententix de saint Augustin ^ Ces extraits ont pour titres :1e secours