‹ Saint Césaire (470-543)Chapitre 107 sur 153 · Maassen, Concil., p. 45-46. — Rexue bénédictine. XXJ · texte numérisé non relu

Maassen, Concil., p. 45-46. — Rexue bénédictine. XXJ

naître, en un coin de la sacristie de la cathédrale, quelque chose d'authentique rappelant ce lointain passé; toutefois une inscription commémorative du concile de la grâce a été posée vers le milieu du siècle dernier sur le fronton du portail occidental de Notre-Dame.

Vaison, où Césaire réunit ses coprovinciaux, quelques mois après, c'est-à-dire en novembre 52C), est bâtie sur l'Ouvèze. Florissante depuis la période massaliote, cette ville prospéra davantage avec les Gallo-Romains. Rien ne manque aux beaux spécimens de la civilisation de Rome : depuis le théâtre jusqu'aux carrefours ornés de statues, fréquentés par les collèges d'artistes ou les familles sénatoriales, tout y parle de splendeur i. Mais c'est vers l'église de Notre- Dame, par-dessus le cirque, les temples, le musée en plein air de ce i^icuSy que nous appellent les onze évêques conduits par Vindemiale et présidés par Césaire.

Ici le ravage des siècles et la main criminelle des hommes ont fait moins de mal qu'à Carpentras, Arles, Orange, Agde, d'où nous venons. Malgré le mystère troublant qui plane presque toujours sur l'attribution d'édifices datant de si loin, alors qu'ils ont été remaniés plusieurs fois, il semble que certaines colonnes de l'abside sont mérovingiennes. Vues de près et prises à part, il y a là des pièces, du moins, qui accusent une époque contemporaine du concile. Et ce n'est pas, nous l'avouons, une desmoindres curiosités pieuses que celle de palper la

:. Mosaïques, bains, inscriptions, bas-reliefs de divinite's très libre époque.

nombreux nous démontrent la grandeur de Vaison à cette

table d'autel de la chapelle de la Vierge, ornée de pampres qui sortent d'un vase et montrant le chrisme accosté de Vy. et de l'oj. L'attrait de ces vestiges respectables et de leur étude intéressante doit pourtant céder la place au document conciliaire.

La préface nous apprend qu'on fit la lecture des antiques règles des Pères et qu'on ne se trouva en présence d'aucun manquement à ce sujet. En sorte que l'assemblée s'entretint de perfection spirituelle, de charité et, sous l'inspiration de Dieu, définit cinq canons.

Le premier est relatif au recrutement et à la formation du clergé. Nous avons vu que les paroisses étaient organisées et que les desservants avaient toute la svmpathie du zélé métropolitain. Pour eux, pour leur vie admirable et si méritoire dans leur isolement, Césaire s'était épris de libéralités et d'attentions de toutes sortes au point de vue surnaturel et matériel.

Maintenant, adaptant aux villages ce qui se passait près des cathédrales, il invite les curés à créer des écolespresbytérales. « Tous lesprêtres qui sont placés à la tête des paroisses, dit-il, imiteront l'usage italien, et prendront avec eux les jeunes lecteurs pour leur donner assidûment l'instruction. Ils se comporteront avec leurs élèves comme de bons pères spirituels, les nourrissant de la science divine, les préparant au chant des psaumes, les instruisant sur la loi de Dieu. De la sorte ils auront formé de dignes continuateurs et mérité la récompense éternelle. »

Ce moyen de susciter des vocations au sein du clergé paroissial, de conserver le niveau intellectuel, de préparer de loin un sacerdoce de choix était une idée très heureuse. Elle réussit encore même de

nos jours et produit des sujets aussi bons que nombreux.

Dans le second canon, Césaire mil fin au monopole de la prédication qui était exercée par les évêques seuls. Il attribue ce droit aux prêtres et, en cas d'empêchement de leur part, il autorise les diacres à faire aux fidèles la lecture d'une homélie. Puisqu'ils sont jugés dignes de lire l'Evangile, à plus forte raison peut-on leur permettre de lire les écrits des Pères.

Cette question de la prédication ainsi établie demande quelques rapprochements pour l'éclairer. En Gaule, l'usage, l'ordre même était d'interdire la chaire aux prêtres. Rome, préoccupée de la sûreté de la doctrine, ne voulait pas qu'on portât, sans préparation, des opinions hasardées sur le dogme et en particulier sur la grâce. De ce chef, l'ignorance menaçait de gagner les fidèles. Car, d'une part, les bons évêques ne pouvaient suffire à évangéliser tout un diocèse, surtout quand il était immense comme celui d'Arles, et d'autre part certains prélats s'occupèrent plus de leurs terres que de leurs ouailles ^ . Les petites circonscriptions épiscopales d'Italie ou d'Afrique, très multipliées, souffraient moins de cette mesure, mais l'intérêt des diocèses gaulois exigeait plus d'indépendance. A Césaire revient l'honneur, la hardiesse, l'initiative pieuse d'avoir vulgarisé la prédication et dissipé l'ignorance qui tendait à s'accumuler, soit parmi les fidèles, soit parmi les prêtres, soit parmi les évêques.

Le chapitre suivant achèvera de nous renseigner

1. «... Pontificesqui agros possunt ordinare vel colère multl inveniuntur; qui vero animarum pabulum providerevalde pauci et rari. » Admonition de saint Césaire, publie'e parM.Malnory, Appendice.

sur le devoir et la pratique de l'instruction chrétienne, trop négligée par les dignitaires de l'Église.

Parle quatrième canon, il est prescrit de faire mémoire à la messe du Pape régnant, et ceci nous prouve bien les dispositions dontCésaire était animé à l'égard du Saint-Siège.

Enfin, le cinquième canon, visant les ariens, est ainsi conçu : « D'accord avec Rome, l'Orient, toute l'Afrique et l'Italie, on récitera le Gloria Patri et le Sicut erat à la fin de chaque psaume, cantique ou verset ».

Le dernier des conciles provinciaux de Césaire regarde une affaire de mœurs. Il se tint à Marseille le 26 mai 533. Depuis très peu de temps Auxanius était évêque de cette grande ville, sur laquelle s'étendait la juridiction métropolitaine d'Arles.

Sans doute, le primat profita de l'installation récente d'x\uxanius pour nouer des relations amicales avec lui, et imprimer à ce diocèse la direction donnée précédemment aux autres parties de sa province.

Un fait miraculeux de la Fita trouve ici sa place. Il eut lieu à Marseille « à l'occasion d'un voyage du saint », peut-être pendant le cours de cette visite synodale, sans qu'on puisse l'affirmer. La dame riche et pieuse qui en fut l'objet souffrait d'une luxation ancienne au pied. C'est avec peine que ses serviteurs la portaient à l'église pour y rendre ses devoirs à Dieu. Mais la miséricorde du ciel est infinie. Apprenant que le saint évêque était a Marseille, la malade se rendit près de lui pour le saluer. Lui ayant demandé le secours de ses prières et sa bénédiction, elle se retira sans oser exprimer son désir. Cependant, mue par sa foi profonde, elle demanda la permission de s'approcher du cheval de Césaire et, prenant la

couverture de la selle, en enveloppa relig^ieusement son pied luxé. La guérison fut instantanée et l'heureuse dame, sans Faide d'aucun de ses domestiques, retourna dans sa demeure glorifiant la puissance de Dieu^

Marseille, que l'épigraphie et l'archéologie nous montrent évangélisée aux premiers âges, était peuplée de chrétiens illustres au moment où Césaire y réunit quatorze de ses suffragants et Yalentin, abbé, délégué de Fylagrius.

Certes, écrit Prosper d'Aquitaine, « les serviteurs de Dieu résidant en cette ville sont des gens très considérés et très distingués dans l'exercice de toutes les vertus ». Plusieurs de ses ascètes, en effet, brillent au premier rang à l'abbaye de Saint-Victor ; l'humble Cannât vient de laisser sur son siège épiscopal l'exemple de la plus haute sainteté ; les inscriptions des cimetières du Carénage, du Lazaret, de l'îlot de la ^lajor, témoignent de l'importance sociale du christianisme aux v" et vi^ siècles.

jNlais de ce concile, tenu probablement à la cathédrale si vénérable de Notre-Dame de la Major, où tout nous parle encore d'antiquités ~, où tout nous proclame la marche en avant du christianisme et son triomphe dans la lutte religieuse, quel était le formulaire? On l'a ignoré durant des siècles. Il ne figure pas dans les vieilles collections et, jusqu'à ces derniers temps, on ne connaissait que les actes, d'ailleurs copieux, postérieurs à l'assemblée synodale de Marseille.

La bonne fortune qui élargit toujours davantage

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